La bouteille à la mer … !!!

Surtout, ne me demandez rien ! Ne me posez pas de questions ! N’exigez rien de ma personne ! Je ne saurais vous répondre.

Je n’ai toujours pas compris ce qui s’est passé.

Ma pauvre mémoire s’est effacée, tout simplement effacée, accidentellement sans doute, volontairement peut-être …

Toujours est-il que je ne me rappelle plus ce que j’ai pu vivre dans la nuit de Dimanche à Lundi. Dimanche soir, je me suis couchée, normalement, naturellement, mais avec un grand vide dans le coeur, et en ce Lundi matin, il n’y avait plus rien.

Le désert, le chaos, le vide, l’absence !

Il n’y avait plus d’habitations, plus d’humains, plus d’animaux, plus de fleurs, plus de plantes, plus d’eau, aucun bruit. Je suis seule au monde, dans un monde qui ne ressemble en rien à celui que j’ai pu connaître.

  • Que s’est-il passé ?
  • Mais que s’est-il passé ?
  • Quelqu’un me donnera-t-il un jour la réponse à cette question ?

Il me faut une réponse. Alors depuis quatre jours je me traîne péniblement à la recherche d’un être vivant. Quatre jours d’une longue marche sous un soleil qui reste froid malgré les lueurs rouges qu’il balance à travers un ciel désarticulé. Voyez-vous, ce qui me semble le plus bizarre, c’est que durant ces quatre jours je n’ai pas croisé la nuit. Mais qu’importe, ce n’est pas la nuit que je cherche, juste quelqu’un à qui parler. Quelqu’un ou quelque chose d’ailleurs, je ne suis pas exigeante.

  • Un oiseau,
  • Un crabe,
  • Une fleur,
  • Un poisson,
  • N’importe quoi, du moment que ça bouge.

Du moment que ce ne soit pas du sable, de la pierre ou de la rocaille. Je n’en peux plus de tout ce désert qui m’entoure. Je veux de l’eau.

Le premier jour, l’espoir m’était revenu. J’avais trouvé une bouteille vide, malheureusement ! Mais quand même, sa présence m’a réconfortée. Je l’ai gardée et je me suis mise à espérer que je n’étais peut-être pas seule. J’ai continué à avancer.

Alors que ma montre m’indiquait que j’allais rentrer dans mon deuxième jour de marche, je trouvais, plaquée contre une grosse pierre par un vent de suroît, une feuille de papier, toute blanche, encore vierge de tout marquage, mais chiffonnée ! Je l’ai mise dans ma poche. Je me suis remise à penser que je n’étais peut-être pas seule. Et j’ai continué à avancer …

Hier, je pensais ne plus rien trouver quand j’ai aperçu un objet qui scintillait sur le sol. C’était un stylo bille. Je dus le frotter violemment contre la semelle de ma chaussure pour faire jaillir son contenu. Je ne pouvais le faire sur la feuille, j’avais trop peur de la déchirer. Quand j’ai vu le gribouillis rouge sur ma semelle grise, j’ai esquissé un léger sourire !

Je me suis remise à penser que je n’étais peut-être pas si seule. Je continuais d’avancer. Mais maintenant, je suis exténuée, fatiguée, usée, lessivée. Je me suis arrêtée près de ce pic rocheux qui défie le ciel, comme si la planète voulait adresser un doigt rageur envers son créateur. A mes pieds, il y avait un petit bouchon en liège.

  • Pourquoi ai-je commencé à écrire ces mots sur la feuille ?
  • Je ne sais pas ?
  • Peut-être pour continuer à vivre au-delà de mon existence vidée de son sens !

Vous ai-je dit que j’ai enfin trouvé de l’eau ?

Pour ne pas mentir, je devrais plutôt dire que c’est elle qui m’a trouvée ! Elle arrive de partout en même temps. Elle m’entoure, m’enlace, m’aspire. Inexorablement la mer monte à pas de géant. Elle arrive, elle se referme sur mes pieds, mes chevilles, mes genoux, mes cuisses, mon ventre, m’étouffe. Je lutte ! Elle va vite, très vite ! Il me reste à peine le temps de glisser la feuille dans la bouteille, d’y mettre tant bien que mal le crayon et de la fermer avec le bouchon.

Voilà ! C’est fait ! Merci à vous d’avoir lu ces derniers mots ! Mes derniers mots ! Vous serez la preuve vivante que finalement … je n’étais pas si seule !

Texte écrit dans mon île en septembre 2015, après le décès de ma maman !

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

43 pensées sur “La bouteille à la mer … !!!”

  1. Quand survient un décès chacun ses façons de l’aborder, en silence, en mots, en prière etc… on ressent bien le vide laissé par ce départ, mon papa me manque tjs, parti en 2013… merci, bises

  2. Vraiment un temps de cochon hier , gris et pour finir pluie , je croise les doigts pour aujourd’hui !!!! Ma rue est déjà envahie par le ballet des voitures des producteurs qui viennent installer leur étal , Sans soleil la fête est moins folle !!!!!!!!!!!!!!
    Restons optimiste bisous ZAZA bon weekend , superbe ce que u as écrit comme d’habitude tes neurones à toi sont super connectées

  3. Ce n’était pas ton dernier mot Zaza !
    Je crois que l’eau est nourricière, une image qui abreuve, qui adoucit et qui protège, c’est un rêve qui porte le soin et l’espoir en lui… Beau texte en tout cas !
    Bisous ma Zaza

  4. Bonjour Zaza !
    Un seul être vous manque et tout est dépeuplé… Lamrtine

    L’isolement

    Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
    Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
    Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
    Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
    Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
    Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
    Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
    Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.
    Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
    Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
    Et le char vaporeux de la reine des ombres
    Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.
    Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
    Un son religieux se répand dans les airs :
    Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
    Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
    Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
    N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
    Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante
    Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.
    De colline en colline en vain portant ma vue,
    Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
    Je parcours tous les points de l’immense étendue,
    Et je dis :  » Nulle part le bonheur ne m’attend.  »
    Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
    Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
    Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
    Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
    Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
    D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
    En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
    Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.
    Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
    Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
    Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire;
    Je ne demande rien à l’immense univers.
    Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
    Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
    Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
    Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
    Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
    Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
    Et ce bien idéal que toute âme désire,
    Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !
    Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
    Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !
    Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
    Il n’est rien de commun entre la terre et moi.
    Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
    Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
    Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
    Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

    Bonne journée !

    Pierre
    https://rotpier27.wordpress.com/

  5. Très émouvantes tes lignes merci de nous les offrir en partage … çà fait réfléchir à pleins de choses ! Mais tu vois on est là nous ! bisous bon WE !

  6. Bonjour Zaza
    C’est un très beau texte, c’est souvent dans ces moments de profonde tristesse que l’on écrit le mieux, bravo.

    Le pont
    Tu ne m’as pas aidée à construire le pont
    Ce pont pour un futur de femme seule
    Sans toi je dois continuer le voyage
    Mais pour quelle destination autre que la tienne?
    Le voyage sera sans doute long
    Aussi long que les journées sans ta présence.
    Parfois j’ai l’impression que tu vas revenir
    D’autres fois je te demande ou tu te caches.
    Je vais devoir le bâtir seule ce pont, nous avons pourtant abordé
    pendant les dernières semaines ou journées de ta vie
    ce qui t’attendait, qui nous attendait
    Mais il était beaucoup trop douloureux pour toi d’envisager
    ma vie sans toi, par pudeur, sensibilité tu as pour toi gardé tes pensées.
    Je sais juste que tu aurais aimé que je réussisse à vivre bien sans toi, c’est tellement difficile tu sais!
    Ecrit 2 mois après le départ de B.

  7. Bonjour Zaza,
    Un texte émouvant et des lignes fortes qui rappel cet instant de solitude ….un vide après le départ de notre être cher ……qui nous a fait naitre .
    Bon weekend
    Amitiés

  8. Après le décès de ma maman j’étais un peu comme toi en déshérence, mais le temps passe et heureusement sa gomme nous aide à recommencer…autre chose!
    Un texte magnifique Zaza
    Bises et belle journée

  9. Tres émouvant ton texte et vraiment symbolique de notre impuissance face au départ d’un proche , le vide qui s’empare de nous et cette tristesse qui nous engloutit .
    Bon week – end
    Bisous

  10. Coucou Zaza

    Comment te dire comment te l’écrire sinon que dans les épreuves importantes de ma vie, j’ai vu le monde s’écroulé d’une manière inimaginable. Plus d’odeur, plus de sensation de froid ou de chaud, c’est comme si on était mort aussi…Donc je sais ce que tu as traversé et malheureusement on est pas les seules sur terre. Après il faut digérer et accepter les décès et ça prend énormément de temps. Seule la nature m’a apporté des réponses à mes questions comme « Pourquoi? » La vie m’a donné deux petits enfants de coeur comme tu le sais dont je m’occupe, et c’est ça qui donné l’envie de continuer à vivre. Les enfants, nos enfants, on nous les prêtes, rien ne nous appartient sur terre.
    Il faut les aimer du mieux qu’on peut…Voilà pour moi mon amie.
    Passe un bon samedi
    gros bisous

  11. j’aime tes écrits.. je les vis.
    Tu es sensible chère Zaza et ta plume reflète bien tes ressentis.
    Je vais partir un moment et je me désabonne de chez toi.. mais je serai heureuse de reprendre le fil de tes pensées.
    Je t’embrasse fort

  12. HOU LA LA MA ZAZA je me croyais perdu dans un film de Science-Fiction , c’ est toi qui a écrit ça ? mince alors ce que tu écris bien , ce que tu exprimes bien ce que la disparition de ta maman à fait sur toi , sur ton mental , je dis bravo et je ressent ainsi que tu as eu énormément de chagrin et de peine .

    C’ est beau de pouvoir exprimer ainsi ses sentiments profonds , je n’ ai jamais pu le faire et pourtant je ressent aujourd’hui encore après près de 15 ans déjà la disparition de celle que j’ ai aimé plus que tout .

    MAMAN est un mot doux à mes oreilles et j’ aimerai tellement pouvoir les dire et les redire tous les jours en l’ appelant au téléphone puisque nous n’ étions plus proches l’ une de l’ autre , les kilomètres nous séparait , mais pas l’ amour mutuel .

    Merci , merci ma Zaza , bonne continuation , pour toi et moi nos mamans sont toujours dans nos cœurs et ce pour l’ éternité .

    Gros bisous marseillais sous le soleil et le vent légèrement frisquet .
    Renée (mamiekéké). A bientôt .

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  13. Il suffit d’un départ pour que l’on se ente seule au monde……Et celui-ci fut pour toi très éprouvant et l’est sans doute encore. Bisous Zaza merci pour ce partage qui nous montre ta confiance tant il est intime.

  14. J’aime beaucoup ce texte où tu exprimes ton désarroi , en laissant une petite place à l’espoir .
    Le décès de sa maman , c’est une dure épreuve surmonter.
    Bisous

  15. Terrible et magnifique…
    Le déracinement face à la perte des siens…
    Ma maman est partie en l’an 2000, j’avais 28 ans et elle me manque affreusement… alors je suis très sensible à la poésie forte de cette bouteille, cri d’alarme du coeur saignant…
    Gros bisous ma Zaza et un beau dimanche
    Cendrine

  16. j’espère qu’aujourd’hui tes pensées seront moins sombres…..regarde le soleil, il nous donne de la force…..de la joie, tout pour un bon bien être…..passe une agréable journée

  17. Très beau texte émouvant quand on connaît le contexte où il a été écrit mais sais tu que tu n’es pas seule l’absente t’entoure, te veille, elle est dans tes souvenirs elle est le vent qui effleure ta joue le rayon de soleil qui te réchauffe elle est ta force… et dans ton ile une nouvelle promesse plein de bises très bon dimanche Zaza

  18. Bonjour Zaza
    J’ai écrit aussi, je lui ai écrit et quand la petite qu’elle m’a laissée m’octroyait quelques moments je relisais et comme la mer qui t’entourait j’ai ouvert les vannes pour me laver dans l’intimité de mon chagrin. Pour ensuite offrir mon sourire au petit bouton de rose éclot au rosier de ma vie.
    Beau partage Zaza
    Bon dimanche
    Bisous

  19. Bonjour Zaza
    Ton texte est très émouvant et d’autant plus lorsque l’on sait pourquoi tu l’as écrit…
    Je te remercie de ta visite chez moi et je te souhaite un bon dimanche

  20. Bonjour,

    Un texte qui se lit comme le début d’un excellent roman, mais quand on arrive à la fin on voit que c’est à un moment difficile de ta vie que tu as jeté sur le papier ces mots…
    C’est d’une pure beauté, cela appartient à l’intime de ta vie, à ton moi le pus profond à ton ressenti. Comme si tu vouais t’en aller à ton tour en te glissant dans cette eau.
    Et pourtant malgré la difficulté qui t’as frappé au moment présent tu as réussis à nager et tu as atteint la rive.
    Ton écriture est forte et belle.

    Belle fin de journée et bisous d’EvaJoe

  21. Ma Zaza, cette bouteille à la mer m’a tout d’abord conduite vers des rivages inconnus, insondables… Je ne savais pas où ces mots allaient me mener… C’est vers une belle et triste histoire qui est la tienne et ta relation très puissante avec celle qui t’a donné la vie, ta chère maman, dont la disparition t’a plongée dans les eaux glacées de l’infini… Ce texte superbe et émouvant ma Zaza, cet éprouvant moment de ta vie, merci de le partager avec tes amis avec tant d’émotion. Je t’embrasse bien affectueusement, Kenavo Ar’ vechal Shuki

    1. Cela fera 2 ans le 23 aout prochain que je lui ai fermé les yeux ! Même si la peine s’estompe, le vide reste là. J’ai également fermé les yeux de mon papa en décembre 2002. Mon frère nous a quitté le 26 mai 1986 et ma petite sœur atteinte d’une sclérose en plaque depuis de décès de notre frère, vit difficilement !
      Quand à mes enfants, mes deux ainées ressemblent énormément à leur père de qui je suis divorcée depuis 31 ans, et ma petite dernière est certainement celle qui me ressemble le plus. Si tu as été visité les haïkus de cette semaine, j’ai pris beaucoup physiquement de ma grand-mère paternelle, notamment dans le regard. Elle est représentée sur la dernière photo.

      1. C’est une page qui m’émeut profondément… mais si je reste sans mots, ou presque, tu sais que mes pensées se bousculent.
        Je t’embrasse fort. Très fort.

  22. Bouleversant ton texte Zaza, je comprends ta douleur forte, qui fait mal. Maman est morte dans mes bras, juste avant de partir, de me quitter, je lui ai crié que je m’occuperai de mon papa malade, elle m’a regardé avec son regard comme sorti du coma, Je tenais sa main, elle a serré la mienne, puis, plus rien…. C’était fini….. Ce moment je ne l’oublierai jamais, j’avais envie d’hurler. Bises. FRANCOISE

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