Pour Evy – Défi N° 114 … !!!

Evy  ICI pour cette semaine nous propose le thème de

« La Fée »

Océandine, la Fée des mers !

Mon arrière-grand-mère était une Fée des mers !
— « Tu déconnes ? »
— « Non, j’vous l’jure, j’ai des photos à la maison. »
— « Et toi, pourquoi tu n’es pas une Fée ? »
— « C’est une longue histoire. Vous voulez que j’vous la raconte ? »
— « Nous aimerions bien. »

Il s’agit d’une histoire qui remonte comme on le sait, à la nuit des temps. Vous n’êtes pas obligés de croire tout ce qu’elle raconte. Tout cela paraît un peu surréaliste ! Par moment on peut même rester dubitatif devant certaines de ces affirmations.

Calée sur ma chaise, devant mon écran, je commence à pianoter sur les touches de mon clavier !

L’histoire débute au début du XIXe siècle.

On est encore au temps de la marine à voile, les Fées des mers avaient le temps de voir les voiliers passer, comme les vaches regardaient les premiers trains. Elles pouvaient venir rôder sur les goélettes et bricks sans que les équipages ne se doutent de rien. Jusque-là tout va bien. Chacun chez soi !

Un de mes aïeux, (comme on dit), était l’un de ces terre-neuvas bretons allant pêcher la morue au loin pendant de longues semaines pour gagner leur vie. Certains ne revenaient pas de ces campagnes dans les eaux froides, la brume. Des naufrages sont encore de nos jours inexpliqués. Tous ces malheureux ont leur nom inscrit sur des plaques de marbre dans les cimetières de la côte. Sur l’une d’elles, il est possible de découvrir le nom de mon arrière-arrière-grand-père disparu à bord de «  La Mascotte I » de Binic.

Malgré ce drame, son fils Toinon décida de suivre la même voie. Dès qu’il put naviguer on le prit comme mousse à bord de « La Louise ». Avec le temps et l’expérience le capitaine lui confia de nouvelles responsabilités. Toutes ces morues, il fallait les ouvrir, les nettoyer, les saler et les conserver jusqu’au retour. Ils allaient les vendre en Méditerranée, jusqu’à Marseille. Mon arrière-grand-père devint ainsi le second du capitaine, supervisant la pêche avec des lignes depuis la goélette. Il savait repérer où se trouvaient les bancs de poissons et donnait les consignes pour manœuvrer au plus près sans les effrayer. Il gagna pas mal d’argent, et put même prendre des parts dans un nouveau navire armé ici. Il avait donc intérêt à ramener le maximum de morues, quitte à prendre des risques.

Une nouvelle campagne s’annonçait. L’équipage était constitué, le départ fixé à la fin du mois de février après la bénédiction des hommes et des navires par le curé du coin lors du pardon annuel. Le voyage pour atteindre les rivages de Terre-Neuve durait une quinzaine de jours environ si les vents étaient favorables. La pêche pouvait alors débuter, une trentaine d’hommes à bord, de vaillants gaillards comme on n’en voit plus, qui n’avaient pas froid aux yeux.
La campagne se déroulait normalement, les cales se remplissaient du précieux poisson qui était abondant cette année-là. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Un soir, alors que le soleil venait de se coucher, le voilier encalminé,  il tirait tranquillement sur sa bouffarde, accoudé au bastingage, quand il entendit un murmure, une voix douce qui l’appelait par son prénom.
— « Toinon, Toinon … »

Il croyait divaguer, avoir abusé de la chopine et du calva. Il se frotta les yeux, se déboucha les oreilles un peu obstruées et écouta avec beaucoup plus d’attention. Toujours la même voix douce… Il alla chercher une paire de jumelles afin de voir d’où provenait cet appel. Il scruta tout autour du navire et finit par apercevoir quelque chose qui virevoltai lentement, à quelques encablures de la goélette.
— « Ce doit être encore l’un de ces bélougas qu’il nous arrive de croiser et qui nous suit parfois durant des heures, » se dit-il.

Peut-être, mais il avait bien entendu une nouvelle fois prononcer son prénom. Était-ce une blague concoctée par des matelots pour le faire tourner bourrique ? Il inspecta, fouilla, autour de lui. Personne ! Tous étaient au repos sur leur couchette, à part les hommes de quart au gouvernail.
Il retourna à bâbord, là où il avait aperçu le sillage au ras des flots. De nouveau les mêmes murmures.
— « Toinon, Toinon … »

Il devina alors une présence, s’approchant de lui.
Avec un visage de femme, mais des ailes transparentes collées dans le dos en forme de nageoire ! Il avait bien entendu raconter des histoires de monstres marins, d’histoires à dormir debout narrées par les anciens, pour effrayer les novices.

— « J’hallucine ou quoi », se demanda mon arrière-grand-père.  Ce qu’il prenait pour un monstre marin s’approcha et lui demanda:
— Tu me montres ton bateau ? Je m’appelle Océandine, tu n’as jamais entendu parler de moi ?
— Océandine, non franchement cela ne me dit rien ! Un rien dubitatif.
Océandine virevolta au-dessus d’un bout lancé par Toinon et franchit le bastingage avant de se retrouver sur le pont avant.
— Je suis heureuse de faire ta connaissance. Ce n’est pas la première fois que tu viens dans ces parages ?
— Non, non, bafouilla Toinon. On y vient tous les ans à peu près à la même époque. On n’est pas les seuls, il y a des gars de Paimpol, du Portrieux, de Dahouet, Cancale, Saint Malo aussi.
— Ça ne me dit rien, je n’ai pas voyagé aussi loin. Je ne m’éloigne pas trop de Terre-Neuve. Bon alors tu me fais visiter ! Je ne suis jamais montée sur un aussi beau bateau !

Subjugué, Toinon n’en menait pas large. Il n’avait jamais rencontré une créature d’une telle beauté, un visage fin, des yeux en amande, de beaux seins, des fesses comme celles de Beyonce, vous voyez un peu le genre, et une voix si douce …

Il prit les devants, l’invita à le suivre. Il lui montra le pont, les mâts, lui expliqua la voilure. Puis ils descendirent par un escalier de bois. La cambuse, les cales avec les réserves de nourriture, les barriques de cidre et de vin, les cales avec les tonnes de sel, de morues, les couchettes où se reposaient les marins, la plupart endormis à cette heure, l’espace un peu moins austère où le capitaine Paul Le Ker et lui-même disposaient d’une cabine plus spacieuse.
—  « Voilà, c’est là que je me repose quand je ne travaille pas », dit-il en ouvrant la porte doucement pour éviter de faire de bruit, ne pas réveiller le capitaine qui dormait de l’autre côté de la paroi.
Océandine pénétra dans ce petit gourbi qui sentait le renfermé, le poisson, l’odeur des cirés suspendus à un porte-manteau. Il y avait au mur un crucifix, quelques livres sur une étagère qu’elle feuilleta rapidement, notamment « Vingt mille lieues sous les mers » de Jules Verne qui sembla l’intéresser.

Puis elle se glissa sur le lit.
— « C’est un peu étroit », déclara-t-elle. « Il y a de la place pour deux ! Il faut se serrer. »
— « Il ne faut pas que tu te mettes là ! Non, non ! » Toinon commençait à s’énerver. Quelle idée, aussi, d’avoir amené cette Océandine en cet endroit. Si le capitaine se levait pour voir ce qui se passait, il n’aurait pas l’air malin…
— « Et pourquoi ? »
— « Il faut partir maintenant, tu as vu le bateau, il faut que tu t’en ailles ! »
— « Où vais-je m’en aller ? »
— « D’où tu viens, à la surface de l’océan ! »
— « Je suis bien ici, ça me plaît. On ne vit pas qu’au-dessus des eaux, nous les Fées des mers. On a aussi nos p’tits coins tranquilles pour se reposer. Je n’ai pas l’intention de partir de sitôt. Tiens, je vais essayer de dormir. »
Toinon ne voyait pas comment s’en débarrasser. Même si elle était frêle et gracile, il n’aurait pas pu la soulever et l’emporter dans ses bras, sans qu’elle risque de se débattre, de crier, d’ameuter tout l’équipage. Il était bien embêté. Quel empoté, quel idiot de céder à une Fée des mers ! Franchement il ne savait plus comment faire. La laisser dormir ? Pourquoi pas ! L’assommer, la traîner dehors et la basculer dans l’eau ?
—  « Viens près de moi ! Allez n’aie pas peur ! »
Toinon se résolut à s’allonger, après avoir eu l’assurance qu’Océandine quitterait les lieux dans une heure ou deux sans faire de bruit.

Toinon se réveilla vers 6 h 00, il faisait jour. Il était seul sur sa couchette. Plus d’Océandine ! Il regarda autour de lui, la porte était ouverte. Déjà l’équipage s’activait pour une des dernières journées de pêche avant de mettre cap au sud-est. Il se demanda comment elle avait réussi à s’éclipser sans le réveiller. Ou alors, est-ce que tout cela n’était qu’un rêve ? Pourtant non, il était sûr de l’avoir vue en chair et en os, de lui avoir parlé. Perdait-il la raison ? Il se rendit sur le pont prendre une bouffée d’air frais. Il regarda autour de lui, fit le tour de la goélette espérant repérer des traces d’Océandine. Il scruta les flots, rien pas la moindre vision …

La campagne de pêche s’acheva, la goélette se rendit à Marseille afin de vendre une grande partie des morues, puis regagna son port d’attache après une escale à Bordeaux, histoire de ramener quelques barriques de vin. Toinon rejoignit sa famille, se consacra à écrire le récit de son périple dans les eaux de Terre-Neuve. Régulièrement lui revenait cette nuit, cette rencontre avec Océandine. Il n’arrivait pas s’en détacher, elle s’incrustait dans sa mémoire.

La goélette fut mise en cale sèche, le capitaine s’absenta et chargea Toinon de suivre les travaux de réparation de la coque, des mâts et des voiles afin de la préparer à une nouvelle saison. Les matelots, en attendant de reprendre la mer, reprirent pour la plupart leurs activités dans la petite ferme tenue par leur épouse durant leur absence. Les femmes étaient contentes, les maris avaient rapporté pas mal d’argent grâce à un bon prix de la morue cette année-là.

Puis ce fut à nouveau le départ, au mois de février suivant avec le même cérémonial, le recrutement des matelots, la bénédiction. Ils arrivèrent sur la zone de pêche au début du mois de mars. Il faisait froid, on apercevait la neige sur le littoral. Toinon supervisait toujours les équipes de matelots qui se relayaient sur le pont avec leurs lignes et leurs hameçons pour capturer le maximum de poissons.

Et puis un soir de clair de lune au mois d’août, il entendit de nouveau cette voix douce qui l’appelait.
— « Toinon, Toinon, c’est toi ? Toinon, tu es de retour ? »
— « Ça ne va pas recommencer, » se dit-il en essayant de voir où se trouvait Océandine.
Elle apparut à tribord, et lui fit signe. Il la trouva toujours aussi belle. Il lui demanda comment elle avait fait pour quitter le bateau l’année dernière.
— « C’est mon secret ! »
— « Ah ! »
— « J’ai un cadeau pour toi ! »
— « Pour moi ? Qu’est-ce que c’est cette histoire ? » Se demanda-t-il.
— « Je vais aller le chercher… »

Quelques minutes plus tard, Océandine réapparut. Elle avait avec elle un bébé qui devait avoir quelques mois à peine.
— « Voilà, elle est pour toi, c’est une petite fille. Tu te souviens que nous avons fait l’amour ensemble ? Prends-la dans tes bras ! »
— « Qu’est-ce que c’est cette histoire. On a fait l’amour ensemble ? »
C’était du délire, ça le reprenait comme l’an passé. Un bébé qui n’avait rien d’une petite Fée des mers, mais d’une vraie fille !
— « Allez dépêche-toi de m’inviter à monter à bord, elle va attraper froid ! »

Complètement déstabilisé par ce qui lui arrivait, Toinon faillit se jeter à l’eau pour en finir une fois pour toute. En quelques minutes, il se serait noyé, personne ne l’aurait vu, ne serait venu le secourir ! Mais il se ressaisit et approcha un panier en osier pour qu’Océandine y dépose le bébé. Océandine  était à nouveau sur la goélette. Cette petite fille était sage, belle, un peu potelée, ressemblant à sa mère. Il remarqua qu’elle avait un grain de beauté du côté du sein droit. Ce n’était pas le moment de rester sur le pont. Ils se dirigèrent vers la cabine de Toinon. Là, ils déposèrent l’enfant sur le lit, l’enveloppèrent dans une couverture.
— « Elle est mignonne, hein ! Tu sauras t’en occuper ? »
— « Moi, mais je n’ai jamais eu d’enfant, je ne suis même pas marié ! »
— « Ce n’est pas si dur que cela, tu sauras t’en dépatouiller ! »
— « Je vais te laisser avec elle. Puis Océandine s’éclipsa en quelques secondes. Toinon essaya de la retenir, mais c’est comme si elle s’était évaporée.

Il se retrouva seul avec cette enfant. Qu’allait-il en faire ? La tuile ! Heureusement il ne restait que quelques jours à passer au large de Terre-Neuve avant de rentrer en France. La goélette quitta la baie, la veille du 15 août.

Toinon s’occupa de la petite fille avec amour jusqu’au débarquement à Binic. Il la prénomma comme sa maman et l’éleva comme un père doit le faire. Il se maria quelques mois plus tard et sa jeune épouse adopta Océandine comme si elle était sa fille. Puis Toinon cessa la pêche à la morue, se consacra jusqu’à sa retraite au cabotage le long des côtes françaises, allant chercher du vin à Bordeaux, du sel au Croisic, parfois jusqu’à Swansee livrer des poteaux pour les mines du Pays de Galles.

— « Voilà ! C’est une histoire que peu de gens connaissent. Moi-même je ne l’ai entendue qu’une seule fois, racontée par mon grand père maternel. Et encore je ne suis pas sûre que cela se soit véritablement passé comme je viens de le raconter ! »
— « Peu importe ! C’est une belle histoire … »
— « Je vous remercie, si elle vous a plu ! » 

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

20 pensées sur “Pour Evy – Défi N° 114 … !!!”

  1. ..comme c’est agréable à lire, tu as vraiment l’art et la manière de nous entraîner dans tes…délires?
    Bon w-end, gros bisous de Mireille du sablon

  2. ♥ A nouveau sur ton univers ♥

    Oui je suis de passage pour te souhaiter
    une bonne journée
    Le week end va être chaud
    mais bon nous sommes en saison estival
    Pour aujourd’hui moi ça va très bien
    alors je te dis à lundi pour les news
    Reçois toute mon amitiés sincère ♥

  3. toujours bien raconté….bravo, c’est un plaisir de bon matin, fenêtre ouverte, douceur du temps et chant des oiseaux pour accompagner ma lecture…de quoi rêver de plus….douce journée à toi

  4. J’aime les belles histoires bien que j’aie des difficultés à lire sur l’ordi … non c’est pas toi, ni l’ordi, c’est mon âge hihi !
    Bisous !

  5. Coucou Zaza
    Nos aînés avaient l’art et la mamière de nous conter de belles histoires devant le poêle à charbon, que c’étati agréable, même si parfois cela faisait un peu peur.
    Merci pour cette belle histoire…
    bisous

  6. Dans la tradition tu sais toi aussi raconter de belles histoires mêler le vrai de l’imaginaire et captiver (comme l’arrière-grand père le fut par Océandine ) ton auditoire enfin je veux dire tes lecteurs.
    Belle journée ensoleillée Zaza
    Bisous

  7. Bonjour Zaza,
    Mazette ! Tout le monde n’a pas une fée comme grand-mère, c’est un super beau conte, merci !
    Bises et belle après midi

  8. Quelle belle histoire !

    Avoir une fée pour mère, c’est original, mais toutes les mamans n’en sont-elles pas un peu ?

    Bravo en tout cas pour cette page que j’ai adorée.
    Bisous et douce journée.

  9. C’est une magnifique histoire!
    Je suis sous le charme d’Océandine et de cette histoire d’amour pleine de vitalité. Légendes et mystères aquatiques n’ont aucun secret pour toi, on sent que tu te régales et tu nous communiques ta passion alors un grand merci.
    Petite fille hybride, sang humain et sang de fée font un joli mélange plein de promesses.
    De grosses bises ma Zaza pour te souhaiter une très belle soirée
    Cendrine

  10. Passe un excellent dimanche Zaza, ici déjà très chaud…pas grand monde dans les bureaux de vote…moi c’est fait j’ai fait mon devoir de citoyenne… gros bisous

  11. Coucou Zaza,
    Très émouvant ce que tu m’as écrit sur ton papa… Je pense fort à toi et moi aussi j’aurais aimé pouvoir lui dire « bonne fête » de vive voix. Il me manque comme ma maman me manque. J’ai aussi hérité d’une partie de son caractère, son côté poète, « non rangé », ses difficultés à se sentir en phase avec le monde « classique ». Je n’arrive pas encore à parler de lui, de ce qui a marqué sa vie : tout jeune en Indochine, le seul rescapé de son unité, les fêlures émotionnelles ramenées de la guerre, sa gentillesse à fleur de peau…
    Nous aussi, toujours une propension aux bêtises, aux blagounettes, aux trucs qui tordent en deux de rire. Ces liens sont indéfectibles, rien, pas même l’Univers ne saurait nous prendre ce qui nous a unis… Je t’embrasse très fort, belle soirée et mes amitiés aux petits lutins de ton île, caresses pour Ursula et bisous pour Poux Ronchon qui te rejoindra peut-être…
    Cendrine

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