Le monde de l’entre-deux – 2/6 … !!!

Un peu plus tard, elle s’arrêta faire de l’essence et remplir un bidon. Elle demanda au garagiste :– « Pardonnez-moi, mais je dois me rendre à Iffendic, je pense que c’est par là ? »
– « Connais pas de Iffendic… Peut-être derrière la lande, mais je suis pas ici depuis bien longtemps, demandez plus loin. »
Elle chercha longtemps, elle tourna et retourna dans les méandres de la campagne et de la lande.
La nuit devenait de plus en plus profonde.
– « Je n’aime pas les scénarios en boucle, je n’aime vraiment pas ça… »
Quelques kilomètres plus tard les lumières du tableau de bord clignotèrent et la voiture s’immobilisa.
– « Non, vraiment je n’aime pas ça. »
Plus loin sur la petite route elle remarqua une masse blanche, c’était sa propre voiture.
– « Oups ! Je n’aime pas ça du tout ! »
Elle se retourna et se mit à courir, à courir.
« Warning enclenché », elle courait, courait. « Ventilation des voies aériennes inférieures, diminution de l’amplitude cardiaque, augmentation du débit sanguin, régulation thermique. »
Elle courait. Anne entendait son sang battre dans ses tempes, elle entendait des pas, non !!! Une issue, je dois trouver une issue…, un fossé, bondir dans un fossé comme hier, ne plus bouger et attendre. « Urgence », elle courait, « Dilatation des voies aériennes inférieures, augmentation de l’amplitude cardiaque ». Elle sentait son souffle, là, si près, elle n’entendait que son sang dans ses tempes. Elle sauta et s’étala dans l’herbe.

Un corps s’affala sur le sien !
– « Bienvenue en bordure de forêt de Brocéliande, dans le pays de Montfort. »
–  « Gaël ? Gaël ? C’est bien toi ? Dis-moi que je ne rêve pas? »
– « Bien sûr que c’est moi ma pauvre Anne! »
– « Tu m’as foutu une sacrée trouille ! » Lui dit-elle en lui tapant sur l’épaule. « Je pensais que c’était l’autre ! Mais ? Dis-moi ! Qu’est-ce que tu fais ici ? »
– « Comment ça qu’est-ce que je fais ici ? Cela fait des heures que je te cherche ! »
– « Tu me cherches ? Mais pourquoi ? Comment ? J’ai été jusqu’à chez toi tu n’y étais pas ? »
– « Bien sûr que je n’y étais pas. Dès que j’ai entendu ton message sur mon répondeur j’ai sauté dans ma voiture de suite pour venir à ton secours. »
– « Mais ? Je n’ai jamais laissé de message ? Je n’ai même pas eu ton répondeur quand j’ai appelé, cela sonnait dans le vide! »
– « Alors c’était une femme qui imitait ta voix à la perfection ! »
– « Et que disait donc mon soi-disant message ? »
– « En gros tu disais : Gaël ! J’ai peur ! Il veut me tuer ! La Lettre ! La clé !

Je suis à Iffendic et ma voiture est en panne à quelques encablures de ce village !
Viens vite ! Il va me tuer ! Vite ! » Cria-t-il avant de rajouter. « Tu comprends bien que je suis venu aussi vite que j’ai pu ! »
– « Tu sais, tout a été si vite ! Je ne me souviens plus, j’ai eu si peur, vraiment peur… »
– « Surcharge d’adrénaline, c’est normal. Tu peux conduire ? »
– « Sans doute. On n’a pas l’air « con », là, dans l’herbe, n’est-ce-pas. Attends… »
– « Quoi ? »
– « L’herbe… »
– « Quoi l’herbe ? »
– « La clef… »
Elle fouilla fébrilement un carré à ses pieds.
– « J’étais là hier, là, juste ici, tu comprends ? »
– « Non. »
– « Hier, j’ai perdu la clef, la clef dans la lettre trouvée dans le bureau de mon père. »
– « C’est quoi cette histoire ? Attends, tu as besoin de dormir. »
– « Fais pas « chier », elle est importante cette clef, aide moi !! »
– « Ok, mais dans le calcul des probabilités, il y a peu de chance que l’endroit soit le bon. »
– « Écoute Gaël, ce n’est pas l’heure des calculs; je suis certaine que cette clef est ici. »
Ils fouillèrent de nouveau l’herbe à la recherche de la fameuse clef. Mais en vain.
– « Mais enfin, Gaël, c’est impossible ! » s’exclama Anne désespérée. « J’étais pourtant persuadée de l’avoir égarée ici… »
– « Qu’est-ce que cette clef a d’important à tes yeux, bon sang ? Cela peut être tout simplement une farce grotesque, je ne sais pas moi ! »
– « Non Gaël. Et ce monstre, et cette voix au téléphone. Non, non et non ! Cette clef, je ne sais à quel endroit elle nous amène, mais une chose est sûre: il se passe des choses bizarres autour d’elle, et je n’abandonnerai pas tant que je n’aurai pas résolu le mystère. »
– « Enfin, Anne, c’est de la folie ! Ce monstre, toutes ces choses que tu racontes…Tu ne peux pas continuer! »
– « Gaël, je me sens concernée. Quelqu’un a laissé une lettre dans le bureau de mon père il y a quatre jours. Cette clef contenue dans l’enveloppe me revient de droit. Et je dois absolument la retrouver, tu m’entends ? Même si je ne suis pas rassurée. »
Soulagée par la présence de Gaël à ses côtés, le cœur encore battant, elle se réfugia dans ses bras.

Il hochait la tête en signe de désapprobation. Mais il se taisait.
Quelques secondes s’écoulèrent, puis ils se relevèrent lentement, et Anne soupira.
– « Où est donc cette fichue clef ? Gaël, tu crois que ce monstre l’aurait trouvée avant moi ? » 
Ils se penchèrent alors curieusement sur leurs personnes et leurs passés.
Gaël était chercheur au CNRS, il avait été pendant longtemps « l’élève » du père
d’Anne. De cet enseignement il avait, à la fois, tiré une logique digne du maître, et fait la connaissance de sa fille.
Anne était, elle, une éternelle étudiante et ce depuis son bac qu’elle avait eu, il y a quelques années, « comme par miracle » selon les dires de son père.

Miracle ou pas, elle avait traîné ses fonds de jeans autant sur les bancs universitaires que sur ceux des écoles privées sans considérer « ce potentiel » dont lui parlait toujours son géniteur. Elle, aimait vivre et s’y employait.
La rencontre avec Gaël avait été fortuite, une histoire banale de bal de fin d’année pour fêter on ne sait quelle promotion.
C’était il y avait déjà longtemps, un souvenir. Le vague souvenir d’une danse, de confidences sur certains professeurs et cet éclat de rire commun lorsque Anne avoua que l’un d’eux était son père.
Quel âge avaient-ils ? Lui en passe d’être un homme, elle encore une adolescente. Avaient-ils vraiment changé ?
La conversation reprit d’un coup comme elle s’était interrompue.
  « Écoute, ma petite Anne, on va rentrer chez toi, sur Rennes. T’as une mine de papier mâché, on la cherchera demain cette clef !  Il faut que tu dormes. »
– « Non, je ne dormirai pas sans cette clef, elle est le testament de mon père, elle est ce qu’il m’a laissé de « LUI », on m’a volé sa mort, on ne me volera pas son souvenir !! Je reste là. Cette clef est ma clef, tu comprends, ma clef !! »
– « Elle n’était certainement pas pour toi… »
– « Et pour qui, alors ? T’es « chiant » avec tes idées, on dirait « LUI », toujours le dernier mot. Mais est-il le bon ? »
Anne se remit à quatre pattes pour essayer de retrouver la clé. Gaël resta en arrière, se demandant quelle attitude il devait adopter. Il n’eut pas à attendre bien longtemps car Anne se redressa, le visage grimaçant.
– « Il fait trop sombre ! Va allumer les phares de ma voiture ! »

Gaël hésita un moment. Finalement, devant l’air résolu d’Anne, il alla jusqu’à la voiture de la jeune femme qui était restée au même endroit et alluma les phares.
Anne se remit à chercher mais pas pour longtemps.
– « Anne », cria Gaël encore dans la voiture, « viens voir. »
Il éteignit les phares et alluma la lumière intérieure du véhicule. Anne vit ainsi qu’il tenait une clé à la main.
– « C’est ça que tu cherches ? »
Elle s’approcha, n’en croyant pas ses yeux.
– « C’est absurde, je ne l’ai pas perdue là. »
– « En effet, » fit Gaël, « Et d’ailleurs, je pense que tu n’as pas non plus laissé ce message à côté, n’est-ce pas ? »
Anne s’approcha et prit le bout de papier que lui tendait Gaël.
– « Il est primordial que vous gardiez cette clé avec vous. Soyez plus attentive à l’avenir. »
L’écriture ressemblait à une écriture de femme.
– « Je ne pense pas que ce soit l’écriture du monstre, » fit Anne en relevant ses yeux pour fixer ceux de Gaël.

À SUIVRE

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

32 réflexions sur « Le monde de l’entre-deux – 2/6 … !!! »

  1. Une suite qui tient tout autant en haleine et un couple très alléchant!
    Une atmosphère de thriller fantastique, on se régale ma Zaza,merci beaucoup!
    J’adore les histoires avec des clefs alors, j’en redemande…
    Gros bisous et bravo pour ce récit qui nous enveloppe de ses multiples rebondissements en titillant nos attentes de lecteurs
    Cendrine

  2. Ouf! Une histoire à dormir debout. Quelle trouille avec cette foutue clé. Que va t-il bien leur arriver à ces deux-là, hein? Bisous du Tarn où il pleut

  3. Bonjour Zaza.
    Je suis toujours en train de me dépatouiller avec mon frère pour trouver une autre HEPAD un peu moins chère pour notre maman car plus de 40 000 Euros par mois, on ne va pas suivre bien longtemps.
    Nous n’avons pas eu le choix car il fallait qu’elle quitte la clinique ou elle était.
    Je pense que nos dirigeants devraient s’inquiéter à ce sujet.
    C’est pour ça que je ne passe plus très souvent sur tous les blogs ami(e)s.
    J’espère que tu vas bien et je te souhaite un bon après midi.
    Bisous de nous deux.

  4. Oh incroyable cette histoire, je pensais arriver à l’énigme finale mais voilà que tu nous laisses sur notre faim hihi bravo et à demain pour la suite
    Bisous & douce soirée

  5. Bonsoir Zaza, mon Dieu quelle histoire!!! elle est prenante, je suis « Anne » , je cherche la clé… Super , vite la suite Bisous et bonne soirée MTH

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