Le monde de l’entre-deux – 6/6 … !!!

Le silence se fit pendant un court instant et Gaël continua.
– « Tu as vu, neuf lunes viennent de passer !! »

– « Non, je n’en ai aperçu que quatre »

A peine cette phrase prononcée, les deux amis se retrouvèrent libres au sommet de l’arbre gigantesque, assis côte à côte sur une branche maîtresse.
– « Au moins, on a une belle vue ! » dit Anne en ébouriffant sa blondeur. « Tu y comprends quelque chose, toi ? » 
– « Je commence à saisir : nous sommes dans « l’inconscient* »
– « Tu es certain que tu vas bien, Gaël ! »
– « Oui je vais bien. Ton père travaillait sur la matérialisation de l’esprit, sa possible atomisation et la force que cela peut engendrer. »
– « Mais enfin, Papa ne croyait pas aux esprits ! »
– « Il ne s’agit pas « d’esprits » tels que tu veux les comprendre, mais de la matérialité de la pensée.
– « Je ne savais pas que Papa était autant amateur de cinéma de science-fiction !! Ce n’est pas sérieux cette histoire ! Je vais me réveiller… »
– « Tu ne dors pas Anne, nous sommes dans ce monde-là, mais je ne sais pas comment il fonctionne… »
– « C’est malin ! »
– « Quelqu’un me nomme ? J’ai bien entendu MERLIN » dit une voix.

– « Vous êtes un peu dur de la feuille, j’ai dit : c’est malin, » répondit Anne, du tac au tac. « Retournez auprès de Viviane et de son petit peuple »
L’arbre se mit à éclater de rire !

– « Dur de la feuille » elle est bien bonne celle-là ! » Dit l’arbre en riant copieusement. La p’tite lui a bien cloué le bec à notre MERLIN. Ha, Ha, Ha ! »
– « Fais quelque chose, » supplia Gaël, nous allons tomber.
– « Neuf ! » cria Anne.

Le temps s’arrêta brusquement.

Anne et son ami se retrouvèrent nez à nez avec un tout petit œuf qui présentait ses salutations à nos deux amis, sur la branche de l’arbre qui continuait à rire …

– « Comment vas-tu vieille branche ?? » demanda l’œuf à son vieil ami l’arbre, dans un éclat de rire.
– «  Ils sont drôles, ces deux-là, non ?!! Ils ont enfin compris que le fait de prononcer un mot et de le penser avec force, ils le matérialisaient en le faisant apparaître aussitôt ! »
– « Oui ! Mais arrête de gesticuler de la sorte: ils vont mal le prendre et tu seras brouillé avec eux !!! Ha! Ha! Ha! Elle est bien bonne, hein !!! Un œuf brouillé ! Ha! Ha! Ha! »

L’arbre tressautait de plus en plus de rire, et menaçait d’envoyer à terre les deux jeunes gens.
– « Mais je rêveeuhhhh ! » fit Anne en écarquillant les yeux. « Les objets se mettent à parler !!! Mais au fait, l’œuf… Nous ne vous avons pas appelé, « Neuf » en pensant à la Lune, car Gaël a constaté tout à l’heure qu’il s’était passé déjà neuf lunes ! Et en disant « Neuf », nous voulions passer à « Dix », pour éviter la situation périlleuse dans laquelle nous nous trouvions quand l’arbre s’est mis à trembler. Histoire d’activer le temps et d’éviter la chute… »
– « Alors vous auriez dû crier « Dix » et non « Neuf » ! Et rajouter « Lune » ! Là, la lune se serait déplacée et vous auriez pu négocier de sauter un cycle ! Ha ! Ha ! Ha ! Il me semble que vous n’avez pas encore tout compris du fonctionnement de la matérialisation de vos pensées ! Hé ! Hé ! Faites attention de ne pas vous retrouver sur la lune !!!

En tous cas, vous m’avez dérangé pour rien ! Mais on ne le regrette pas, hein l’arbre, on a bien rigolé !! »

Anne jeta un regard noir à l’œuf qu’elle aurait bien voulu voir transformé en omelette au bas de l’arbre !

– « DIX LUNES! » Hurla Anne en faisant un clin d’œil à Gaël.

Revenus sur la terre ferme, un léger brouillard enroba les deux amis.
Lorsqu’il se dissipa, ils étaient devant la lourde porte ouvragée d’une bâtisse massive.

– « C’est le cloître de l’Abbatiale Notre Dame à côté de l’étang de Paimpont.
C’est Judicaël ! »
S’exclama Anne.

– « C’est qui celui-là ? »
– « Le roi de Bretagne en l’an 590**, à proximité de son château de Plélan-le-Grand, si mes souvenirs sont bons. »

La porte s’ouvrit sur un bel homme couronné, vêtu en blanc et portant autour du cou une cape de couleur bleu avec des broderies.

Il s’inclina devant ses hôtes.
– « Judicaël, pour vous servir… »

– « Vous n’avez pas la tête d’un roi né aux alentours de l’an 590, vous me paraissez bien jeune. » Répondit Gaël en s’avançant pendant qu’Anne restait là, bouche ouverte, à contempler le fils du roi Judhaël de Domnonée *** et de la reine Pritelle.
– « T’as vu comme il est beau »,  soupira-t-elle à Gaël.

Judicaël lui prit la main et poursuivit sans se soucier de Gaël, et lui remis un parchemin:
– « Damasoiselle, vous m’avez libéré du joug de mon frère Haëloc qui prit ma place sur le trône de Bretagne. J’ai dû vivre reclus dans ce cloitre. Chacune des aventures que vous avez pensé vivre, effacèrent, peu à peu, ses envoutements pour me résoudre aux vôtres et me rendre ma place dans l’histoire de Brocéliande.

Je me suis, je l’avoue humblement, servi des idées de votre père pour que vous puissiez venir jusqu’à moi et me rendre mon rang légitime de roi de Bretagne. Bien sûr, nous ne vivons pas dans la même dimension, mais quand il sera temps que vous appeliez la ONZIEME LUNE, je resterai dans mon monde et vous repartirez dans le vôtre. Gardez ce parchemin qui est le sésame de votre liberté et de votre longévité dans le monde que vous regagnerez.
Nous serons trois à savoir que dans la forêt de Brocéliandre, les charmes existent encore au détour d’un bosquet, d’une fontaine, d’un pont, d’un tombeau…
Je sais que de cette expérience, vous ne m’oublierez pas, tout comme votre père qui continuera à veiller sur vous ! »

Le moment était venu, et Anne Cria très fort « ONZIEME LUNE » !

D’un seul coup, ce ciel de lune se fit plus blanc. Au loin, sur le parking les feux de détresse de la Dodge de Gaël clignotaient.


Ils venaient de sortir du monde de l’entre-deux !
Tout en marchant pour sortir de la forêt et rejoindre la voiture, (il y avait une sacrée trotte pour y arriver),

Gaël planta son regard dans celui d’Anne :
– « Tu ne voudrais pas vivre avec moi ? » demanda-t-il.
– « Pour quoi faire ? Tu trouves que tu ne t’es pas assez payé ma tête ! »
– « Ce n’est pas une réponse, ça ! C’est vrai que t’es « chiante », ton père disait toujours que… »
Les deux amis, complices, tout en réglant leurs comptes, marchaient maintenant dans une lande, bavardant du passé, du présent.

« Pluuuiiiiitttttttttt » fit un oiseau sur sa branche. Anne leva la tête.
– « Écoute… » Dit-elle.
– « Que dois-je écouter ? Je n’y comprends rien … »
– « C’est normal, c’est mon histoire, la mienne, celle que m’a léguée mon père !! »
« Pluuuiiiittttttttttt » fit encore l’oiseau.
Anne sourit et pensa :
– « Il est là, « LUI » mais elle n’en souffla mot à Gaël, à quoi bon… »

En revenant à la vie dans son monde, Anne apprit à lire les signes de la vie, la vraie, sachant très bien que « LUI », son père veillerait toujours sur elle.

*   L’inconscient est l’ensemble des faits psychiques qui échappent à la conscience. Il possède, selon Freud, un mode de fonctionnement et des caractéristiques propres et se présente comme un ensemble dynamique de pulsions actives, séparées de la conscience par la censure.

**   Au risque de contrarier Anne, dans cette nouvelle, vers 605, à la mort de Judhaël, père de Judicaël, fils aîné et héritier du trône, il se retire au monastère Saint-Jean de Gaël que Saint Méen venait d’ériger à la suite de l’usurpation d’Haëloc, le frère cadet de Judicaël, poussé par son « gouverneur » (latin nutritius) nommé Rethwal. Il a bien fait, ce qui lui sauva la vie. Rethwal qui souhaite régner au nom de son pupille décide donc de le porter au trône et fait massacrer sept des quinze frères d’Haëloc. Sept autres réussissent à s’échapper dont Judicaël l’héritier du trône qui se réfugie dans le monastère précité. Il se fait moine sous la protection de l’abbé Méen.

***  Cette région appelée Domnonée était subdivisée en un certain nombre de pagi :

  • le pagus Achmensis ou pays d’Ach (correspondant à l’ouest du Bas Léon), la Kemenet-Ili3 entre la Flèche et l’Aber-Wrac’h,
  • le pagus Dourdur (entre l’Aber-Wrac’h et le Queffleut),
  • le pagus Castri ou Paou-Kaer, ou Poher (autour de Carhaix),
  • le pagus Castelli ou Poucastel (entre Queffleut et Douron),
  • le pagus Civitatis (entre le Douron et le Léguer, avec pour capitale Le Yaudet),
  • le pagus Trecher (entre le Léguer et le Leff),
  • le pagus Gouelou ou Goëlo entre le Trieux et le Gouët),
  • le pagus Penteur (entre la Baie de Saint-Brieuc et l’Arguenon),
  • le pagus Doudour ou pagus Paoudour (Poudouvre, entre l’Arguenon et la Rance),
  • le pagus Aleti (Aleth, à l’est de la Rance),
  • le pagus Racter (allant peut-être jusqu’à la Sélune),
  • le pagus trans sylvam (« d’Outre-Forêt » ou Porhoët, autour de Mûr-de-Bretagne),
  • le pagus Orcheus autour de Bécherel.

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

32 réflexions sur « Le monde de l’entre-deux – 6/6 … !!! »

  1. Un véritable plaisir de traverser ce monde de l’entre-deux avec Zaza la conteuse d’histoires chimériques!
    J’ai adoré l’arbre dur de la feuille hi hi hi…
    Le ‘tit oeuf
    Les lunes en myriade et la rencontre avec Judicaël
    Un récit plein de charme au sens littéral du terme et des explications passionnantes, merci ma Zaza!
    Ton inspiration est toujours un cadeau, gros bisous tendresse et amitié
    Cendrine

  2. mince pas le temps de lire ce matin toute ta page, atelier à préparer et cuisine à ranger, repas ce midi en famille….mais je trouverai peut-être le temps dans la soirée…..hihihi passe une bien agréable journée

  3. ..pas facile à comprendre l’inconscient mais ton histoire était fort agréable à suivre.
    Bises du jour
    Mireille du sablon

  4. Coucouma Zaza
    J’ai adoré surtout qu’à la magie de l’histoire se mêle l’ Histoire de Bretagne.
    J’ai eu le temps de lire la fin , chouette !
    Prends bien soin de toi !!!!!!!!!!!!!!!!
    Gros bisous 💙💙💙

  5. Bonjour Zaza.
    Merci pour tes visites.
    Chez nous, malgré la fraicheur du matin, nous avons de belles journées et j’espère que c’est pareil chez toi.
    J’espère que tu vas bien et je te souhaite une bonne journée.
    Bisous de nous deux.

  6. une très belle histoire-
    trop bien de pouvoir passer entre deux mondes—- si on en revient facilement ! lol
    quelle imagination- des détails historiques- une sacrée recherche-
    bravo c’est super !
    bisous-

  7. Voilà l’histoire qui fini comme dans un rêve où l’inconscient nous entraine à vivre des aventures de l’entre-deux
    Merci de m’avoir régalée de tes légendes et mystères
    Bisous

  8. J’ai adoré, même si, de temps à autre, tu nous as fichu la trouille, Zaza. Belle imagination qui nous a, le temps de lire le récit, transporté bien loin, dans la forêt de Brocéliandre où j’ai posé mes pas il y a quelques années…déjà. Gros bisous et encore merci pour cet envol.

  9. Bonsoir Zaza, merci pour ce voyage aux limites du surnaturel, de l’inconscient, ce fut très agréable de te lire. Bisous et bonne soirée MTH

  10. Bonsoir ma Zaza, moi aussi j’ai bien aimé l’arbre secoué de rire et dur de la feuille !! Quelle belle imagination tu as, doublé d’un super talent de conteuse, tu plonges tes lecteurs dans le monde fantastique et merveilleux de l’entre-deux qui fait rêver… Merci pour ces belles histoires et bonne semaine ma chère amie, plein de bises de Shuki, kenavo

  11. Merci beaucoup pour cette superbe histoire , j’ai vraiment adoré tant pour le surnaturel que pour le rythme de la nouvelle . Je ne sais si Bernard qui continue le blog de Marc te lit mais apres son stage à Paimpont , il se doit de lire cette histoire , je vais de ce pas le prévenir
    Bisous .

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