Le troisième œil – 4/8 … !!!

*-*-*-* Pendant ce temps, et ce dont je ne me doutais pas, à la sortie de Phoenix, en périphérie, dans un petit motel à l’enseigne criarde, se déroutait une drôle de scène !

Un homme sermonnait sévèrement un bambin qui pleurnichait assis sur un tas de sable, tout près du parking de l’hôtel.

– « Je t’ai déjà dit cent fois de garder ta casquette sur la tête ! Tu ne dois jamais l’enlever, sous aucun prétexte ! Tu vas écouter à la fin ce qu’on te dit ??!! »
Il secouait l’enfant qu’il avait attrapé par le bras.
– « Je te préviens…si tu l’enlèves encore une fois, je t’enferme pendant plusieurs jours dans ta chambre, comme la dernière fois ! »
L’homme fila une taloche à l’enfant, histoire d’appuyer ses dires.
– « Ze veux pas la casquette ! Elle me fait bobo là, sur le front ! Ça me brûle ! J’ai mââââl ! »
Le gamin, la morve au nez, le pouce planté dans la bouche, se mit à pleurer de plus belle lorsque l’homme, sans ménagement, tenta de lui enfoncer sur la tête, le couvre-chef jusqu’aux sourcils.
– « Carla ! Carlaaaaa ! » Hurla-t-il à une femme qui s’avançait sur le pas de la porte. « Occupe-toi du gosse ! Monte-le dans sa chambre ! Pas moyen de lui faire garder sa casquette et le motel est plein de clients aujourd’hui ! On pourrait le voir … Fais le taire avant que je ne lui flanque une rouste ! Faut que je retourne à la réception ! »
Il jeta un regard noir à l’enfant qui redoubla de pleurs.
– « Mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse de ce môme ? Il devient enragé à rester enfermé ! Faut qu’il prenne l’air de temps en temps ! C’est pas une vie pour un gamin de trois ans ! Et puis cette cicatrice qui suinte de nouveau, ça doit pas lui faire un mal de chien !… »

Elle inspecta la plaie sur le front, entre les deux yeux, une plaie rouge vif, aux contours bien dessinés, qui faisait à l’enfant comme un 3ème œil…
– « C’est le signe qui revient ! Tu sais bien ! Chaque trimestre, c’est pareil ! Il est temps de le conduire chez les indiens Navajos.
Faut plus tarder ! La vieille va le garder trois jours, le temps de faire le nécessaire. Ça nous fera des vacances pendant ce temps ! Tu prendras la route vers Chelly dès demain matin, de bonne heure ! »

L’homme tourna les talons et entra d’un pas lourd, dans le hall du motel en claquant la porte derrière lui.
Carla prit l’enfant dans ses bras et le berça pour calmer ses pleurs.
– « Chut…tout doux mon petit ! Dans trois jours, tu n’auras plus mal ! Mais il faudra toujours garder ta casquette quand tu reviendras ici ! Tu sais bien que Jack, il ne rigole pas avec ça. C’est pour ça, qu’il est en colère contre toi !
Demain, on ira se promener. On va voir le désert et ses cactus saguaro.

Et puis, plus loin, quand on commencera à apercevoir les agaves, ça voudra dire qu’on est arrivé au village des indiens … »

L’enfant calmé regarda la femme qui le berçait. Une lueur jaune alluma son regard.
La femme ressentit comme une décharge électrique qui se propagea dans tout son corps. Elle serra l’enfant contre elle et détourna les yeux, loin,  très loin, vers les premiers contreforts des Montagnes Rocheuses.

*-*-*-*

J’avais passé la nuit dans la cabine du camion en compagnie de Peg. Elle avait fait des cauchemars et avait crié plusieurs fois dans son sommeil. Comment pouvait-il en être autrement avec les terribles souvenirs que je lui avais fait revivre.

Au petit matin, une voiture avait fini par passer.

C’était le pasteur local. Il nous avait accompagné jusqu’au restaurant routier le plus proche.
Pendant que Peg se rendait au garage situé en face pour résoudre son délicat problème, je prenais un copieux petit déjeuner riche en œufs, bacon, saucisses, toasts grillés, haricots,  salade et tomates grillées, sans oublier le grand verre de jus d’orange et le mug de café.
La serveuse, debout à son comptoir, me faisait de l’œil. Mais je ne la voyais pas vraiment, j’étais scotché devant le poste de télévision qui se trouvait au-dessus de sa tête.
– « Pourriez-vous monter le son, s’il vous plaît ? » Lui avais-je demandé.
A regrets, elle s’exécuta.
Le flash d’information était des plus surprenants.
A côté du présentateur, il y avait la photo d’un petit motel de Phoenix avec en-dessous le titre suivant :

« Recherche cadavre désespérément »

Le présentateur parlait à vive allure, entièrement dévoré par son sujet.
– « Incroyable série de découvertes, hier soir, dans un petit motel à la sortie de Phoenix. Sous le coup des 22h00, la police locale a reçu l’appel, pour le moins surprenant, de Madame Carla Raccioppi, gérante du motel « PHOENIX SUNRISE MOTEL ». Mme Raccioppi les informait avoir découvert dans une chambre le corps sans vie d’une jeune femme de race blanche qui avait été sauvagement poignardée à de nombreuses reprises. Le shériff, Manuel Lopez s’est immédiatement rendu sur les lieux et a constaté, avec surprise, que non seulement le cadavre avait disparu, mais que la chambre ensanglantée dans laquelle celui-ci était supposé être était absolument propre. »
L’interview du Shériff passa alors sur les ondes.

– « Constatant l’absence de cadavre j’ai d’abords cru à un mauvais canular. » Disait-il. « Même si cela m’étonnait un peu de la part de Carla que je connais de longue date. Mais, quand l’un de mes policiers a découvert le couteau. J’ai tout de suite changé d’avis. »
L’image revint sur le présentateur en studio.

– « En effet, la police a découvert sur les lieux une lame encore sanguinolente. Ce crime reste donc inexpliqué à ce jour, et la police recherche activement le cadavre de la jeune femme. Mais l’inexpliqué ne s’arrête pas là. Un orphelin de 31 mois, recueilli il y a environ deux ans par Carla et son mari, a été enlevé au cours de la même nuit. L’enfant souffre d’une maladie de peau génétique peu banale.  Cette anomalie génétique le rend particulièrement sensible aux rayons du soleil. »
Le speaker termina le sujet en donnant un numéro d’appel de la police pour les personnes pouvant communiquer des informations relatives à l’enfant.

Incroyable ! L’histoire se répétait.
Il fallait que je trouve une voiture rapidement pour me rendre à Phoenix.
– « Y-a-t-il un loueur de voiture dans ce patelin ? » Demandai-je à la serveuse.
– « Chez Jackson, au bout de la rue, boy. » Me lança-t-elle en souriant.
– « Merci. » Lui répondis-je.
Mais je ne pus lui rendre son sourire car soudain, je ressentis une vive douleur sur mon bras gauche, juste en-dessous de l’épaule.
Je me suis dirigé péniblement jusqu’au toilettes. J’étais seul. J’ai relevé lentement, à moitié, la manche de ma chemisette, et je me suis mis à inspecter la tâche brune de dix centimètres de diamètre que je portais à cet endroit depuis ma naissance.
C’est à ce moment précis, que dans le miroir, je vis un œil qui commençait à apparaître sur mon bras. Cela faisait bien vingt ans que je ne l’avais plus revu.

Mais il fallait y aller, malgré la douleur qui me faisait grimacer.
Cet enfoiré de loueur de voiture m’avait vu arriver. J’avais dû débourser quatre fois plus que le prix normal, mais je n’avais pas le choix. Il fallait que je retrouve l’enfant au plus vite, avant les autres ! Je ne savais pas encore pourquoi. Je savais juste qu’il fallait absolument que je le retrouve.
Au volant du véhicule de location, je prenais la direction de Phoenix.
Des bribes de souvenirs me revenaient très lentement, un peu à la vitesse d’un livre dont on lit une page tous les soirs avant de s’endormir.
Cependant les images étaient encore confuses. Tout se mélangeait dans ma tête. Je n’arrivais pas à mettre les choses dans l’ordre chronologique. Ma mémoire n’était qu’une pièce sombre dont chacun des murs se faisait l’écho de mes interrogations.
Je me revoyais à différents moments de mon enfance : 10, 4, 12, puis 8, voire 6 ans peut-être. 
J’étais toujours dans le même lieu. Un endroit blanc, sec et froid.

Tous les murs étaient lisses et entièrement dépourvus de toute décoration. Un hôpital peut-être, à moins que ce ne soit un orphelinat ou pire encore, un nom auquel je n’osais penser : « un laboratoire ».
Ce dont je suis sûr, c’est qu’il y avait d’autres enfants, je les entendais, je voyais leurs silhouettes. Étions-nous tous du même âge ? Je ne saurais le dire tant les images se mélangeaient sans cesse.
Soudain, un monumental coup de klaxon me sortit de ma torpeur. Machinalement je tirai le volant sur ma droite.
Je l’ai échappé bel ! J’avais frôlé le camion d’en face de si près que mon rétroviseur se fit la malle, dans l’aventure.
Mes souvenirs s’étaient eux aussi envolés dans le choc. Pour l’heure, ce n’était pas plus mal, j’allais pouvoir me concentrer sur ma conduite.

Après deux heures de route, à avaler de la poussière, j’entrais dans la ville de Phoenix. Le motel était situé en dehors de la ville, à sa sortie. Avec les embouteillages, il me fallut encore une bonne heure de plus pour m’y rendre.

L’endroit était désert, la police avait posé les traditionnelles bandes jaunes « Line police do not cross » en guise de scellées sur toutes les portes.

Cela donnait au petit motel une allure surréaliste.
Je savais que l’enfant n’était plus dans la région, sinon je l’aurais immédiatement ressenti.
Une sorte de sixième sens nous liait à tout jamais. Je ne peux dire, ni pourquoi, ni comment, mais je sais que j’aurais certainement deviné, s’il avait été là.
Ma seule piste, était les patrons du Motel, Jack et Carla.

Ils l’avaient élevé plus de deux ans durant. Eux seuls étaient encore capables de m’en apprendre sur son compte et peut-être sur le mien par la même occasion. A cette heure, ils devaient certainement être interrogés dans les locaux de la police.
L’entreprise était risquée, mais je n’avais pas le choix. Il fallait que je leur parle au plus vite.

A SUIVRE

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

17 réflexions sur « Le troisième œil – 4/8 … !!! »

  1. Ça se corse… et je suis désolée de voir qu’il me faudra attendre pour la suite.
    Quelle imagination !
    Mais en tout cas, je suis captivée.
    Bravo !
    Bisous et douce journée.

  2. Whaouh , ça se corse dis donc , toujours aussi passionnante ton histoire . Suis vraiment curieuse de savoir s’il va réussir dans ce qu’il projette .
    Bonne journée
    Bisous

  3. au début avec le gosse je pensais à des espèce d’extra terrestres mais la manipulation…ouille et sur pas mal de gosse en plus dont un adulte mais c’est quoi…..sacré histoire et imagination non pas débordante mais galopante Zaza..Bravo. Bisous bisous

  4. Coucou Zaza
    Voilà, j’ai rattrapé mon retard… et je flippe !
    Tu as l’art de nous tenir en haleine… et j’aime ton écriture fluide et directe…
    Bravo, vraiment…
    A bientôt…. vite hein ! ne nous laisse pas dans le suspens lgtps…
    Bisous

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