« Les Oiseaux » – Atelier écriture N° 82 chez Ghislaine … !!!

Pour son atelier N° 82, Ghislaine, nous demande de composer un texte avec les mots :

«  Jeune, long, avenue, corps, visiter, presser, accentuer, dire. »
Et, ou
 Au moins 5 mots contenant « CEN »

Les oiseaux ! 

Nous étions jeunes à cette époque-là, le début de notre mariage !
 « Hrouin-rouin… huit-uithuit… huit-uithuit » !
— « Qu’est-ce que c’est ? »
Michel soudain figea tout son corps, l’oreille tendue.
— « Une caille des blés, lui répondis-je. Elle a dû se poser sur une branche d’arbre au-dessus de nous. »
— « Elle paraissait tellement près. »
Je lui caressai le dos…Nous reprîmes, avec décence tout de même, nos ébats amoureux.
Le printemps était arrivé depuis quelques jours, et j’avais réussi à convaincre mon poux-ronchon, (pas du tout rompu à ce genre d’exercice), de passer une nuit sous la tente, en forêt, dans un coin tranquille.
J’avais chargé le matériel dans sa petite 205 GTI et nous étions sortis de la ville par la grande avenue qui menait à Port Royal. Dans cette vallée de Chevreuse que je connais comme ma poche, j’avais ma petite idée pour retrouver l’endroit rêvé. Nous avions installé le campement sans se presser, dans une petite clairière. Ensuite, nous avions effectué un grand tour pour ramasser du bois sec et préparer une belle flambée pour notre nuit.
Les flammes dansaient à la tombée de la nuit et éclairaient magnifiquement son profil d’ange. Pour le souper, nous avions fait rôtir sur la braise incandescente deux petits pigeons bien dodus et innocents que j’avais plumés la veille. Avec des pommes de terre cuites dans la cendre c’est excellent, le tout arrosé d’un bon madiran. J’avais rangé la vaisselle et nos restes dans la voiture, excepté le restant des carcasses de pigeon que j’avais enfoui dans la terre, tandis que Mi préparait notre petit nid avec effervescence. Soudain, il avait sorti la tête par l’ouverture de la tente et m’adressa un clin d’œil fripon. Je l’avais rejoint toute émoustillée.
« Tchac-tchac-tchac ! Tchac-tchac-tchac ! »
— « Et ça ? » S’inquiéta-t-il. 
— « Une inoffensive grive litorne qui vient nous visiter. Il n’y a rien à craindre. Si tu veux, je sors et je la chasse. »
— « Surtout pas ! » Souffla-t-il en me tirant à lui.
Nous replongeâmes avec fougue dans le duvet.
« Ki-ouik… kvik kvik kvik ! Ki-ouik… kvik kvik kvik ! »
— « Ce n’est pas possible ! » Murmura Mi. « Ils se sont donné rendez-vous ! »
— « C’est juste une chouette hulotte. Une femelle. C’est un cri d’alarme… »
Je lui caressai l’épaule…
« T’lep-t’lep-t’lep… k’hôp… djedzje djedzje djedzje ! »
— « Enfin, ce n’est pas normal ! »
— « Un grand tétras… Allez, ce n’est pas important ! On ne va pas gâcher notre nuit pour quelques oiseaux de malheur. Pour une fois que nous nous sommes débarrassés de notre mutuelle descendance ! »
— « Hum… C’est bizarre tout de même. »
— « C’est à qui ça, mon doudou ? »
— « Arrête, tu me chatouilles ! »
« Khoork-ock, Khoork-ock… kat-at kat-at ! »
Il se redressa, vaguement agacé. Ces cris d’oiseaux se succédaient pour s’accentuer.
— « Un faisan de Colchide, mon lapin… »
— « Ils me fichent la trouille tous ces oiseaux. J’ai un mauvais pressentiment. »
Nous étions assis, le duvet remonté jusqu’au cou.
Il soupira, ne semblant pas du tout à l’aise.
— « Bon, je vais voir ce qui se passe. »
J’ouvris la fermeture éclair et sortis. L’air était frais, un mélange d’odeurs d’humus, de terre et de mousse. Je levai la tête et vis les cinq lascars perchés sur la branche au-dessus de la tente, côte à côte, éclairés par la lune évanescente.
Je poussai un cri de guerre puissant; aucun effet. Ils me scrutaient, stoïques.
— « Tu reviens, Jane ? » me lança Mi.
Je décidai d’oublier les piafs :
— « Me voilà Tarzan ! Tu vas voir ce que tu vas voir ! »
« Hii-huhuhu-huhuhu, Hii-huhuhu-huhuhu ! »
— « Un milan noir… »
— « Tu sais quoi ? Ils se vengent parce qu’on a mangé des pigeons… » Chuchota Mi. 
— « Hahaha ! Bien sûr ! Viens par ici toi que je te croque ! »
Le milan noir perça à nouveau le silence, comme un appel lancé à la forêt. Bientôt, une flopée d’oiseaux arriva, de toute part. Ils se mirent à tournoyer autour de la tente, poussant des cris stridents. Nous étions à genoux, enlacés, désarmés et complètement déconcentrés. Soudain, ils s’attaquèrent à la toile de tente qu’ils mirent en lambeaux en un rien de temps. Terrorisés, nous courûmes, nus comme un ver, jusqu’à la voiture, poursuivis par cette horde de forcenés. Nous nous réfugiâmes en hurlant dans la 205, claquant les portes. Sidérés, les mains collées aux oreilles, nous vîmes alors ces excentriques se désintéresser de nous pour fondre sur le campement dans un vacarme infernal. Le silence regagna enfin la forêt; ils étaient partis !
J’étais prostrée sur mon siège après cette poursuite. Que dire de plus, moi la meneuse, la courageuse ? J’avais eu vraiment les jetons.
— « Ça va aller p’tit bout ? »
Il mit le moteur en route en activant le chauffage à fond.
— « Je vais chercher nos fringues maintenant que le champ est libre. »
Prenant son courage à deux mains, il sortit de la voiture et se dirigea vers la tente, frigorifié, le corps meurtri. C’était un spectacle de désolation. Les vêtements avaient été mis en pièces, éparpillés sur tout le campement, mêlés à des plumes et des fientes. Dépité, il fit demi-tour en trébuchant alors dans un trou. Il se releva en jurant, couvert de plumes, se frottant tant bien que mal pour enlever la saleté. Il jeta un œil derrière lui et réalisa que c’était l’endroit où j’avais enfoui les petites carcasses. Elles avaient été déterrées et emportées…
Depuis cette aventure, nous ne campons plus et nous ne mangeons plus de pigeons !

»

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

26 réflexions sur « « Les Oiseaux » – Atelier écriture N° 82 chez Ghislaine … !!! »

  1. Que la paix et la promesse de Noël TE remplisse le cœur de joie. Que l’esprit des Fêtes illumine ta demeure, et celle de tes proches!
    Joyeux Noël ZAZA

  2. Mdrrrr !
    Pour une fois que vous faisiez quelque chose qui sortait vraiment de l’ordinaire !!!
    Saloperie de zozios.
    Bon week end, toujours dans la douceur printanière.
    Et toujours beaucoup de mal pour écrire, d’où ce nouveau C/C.
    Bisoux humides et pluvieux.

  3. ..je suis mdr… les pôvres, quelle aventure!
    Je n’ai jamais dormi sous la tente et maintenant, c’est un peu tard…
    Bon w-end,
    Bises de Mireille du sablon

  4. Bonjour,

    J’ai toujours pensé que je ne serais pas capable d’imaginer un texte cohérent à partir de simples mots !
    Et là, c’est amusant parce que ça commence dans le bucolique et ensuite, on se croirait dans « Les Oiseaux » de Hitchcock.

    Juste une question (tu vas me dire que c’est un détail) : pourquoi dans les dialogues à la fois des guillemets + des tirets cadratins ? Tu ne te compliques pas un peu la vie, lol ?

    Bonne journée.

      1. Ah, d’accord ! Ne prends surtout pas mal ma remarque précédente, mais il se trouve que mon boulot consiste justement à corriger des manuscrits pour des éditeurs (ou parfois des auteurs), donc tous les détails ont tendance à me sauter aux yeux, lol.
        Et c’est vrai que désormais, on n’utilise quasiment plus que les tirets cadratins dans les dialogues. Les guillemets, j’en vois de moins en moins…

        Bises.

  5. wouah, quelle histoire, vous avez du fuir à poil devant des oiseau déchainés, vous avez du penser à Hitchcock !!! dommage c’était si bien parti !! fini les pigeons, pardon les oiseaux, bonne journée, bises

  6. Whaouh quelle histoire , est ce vraiment de l’authentique ou as – tu mêlé de la fiction ? En tout cas chapeau , j’imagine vraiment la scène avec l’attaque de tous ces oiseaux .
    Pour les guillemets je fais comme toi dans les dialogues je les utilise toujours .
    Bonne journée
    Bises

    1. Camper de façon spartiate, nous l’avons fait les premières années de notre mariage. Pas de matelas pneumatique pour se coucher, juste de la fougère sous la toile à pourrir en ayant pris le soin d’enlever les cailloux. Pas de confort, juste une toile cirée pour poser la vaisselle et le repas, tous assis en tailleur autour, le seul luxe, la glacière et le réchaud « camping gaz » que nous enterrions pour éviter que le vent n’éteigne les petites flammes.
      C’était le bon temps. Mais mon poux-ronchon habitué à son petit confort a vite déclaré forfait. Tu sais, je suis une baroudeuse dans l’âme, et fort heureusement, j’en ai bien profité.
      Par contre pas de mésaventure d’oiseaux vengeurs, dans ce texte c’est mon imagination débordante qui a fait le reste. Bises et bon weekend – Joyeux Noël

  7. Voilà que je te découvre un don dont tu n’as jamais parlé à personne ! Tu parles «  »oiseau  »
    Quel don de folie !!!!!! J’aimerai savoir ce que vient me dire tous les jours ce merle qui se pose sur la branche de l’arbre en face ma cuisinne ! Toujours le même chant mais comme je ne parle pas  »oiseau » je n’airien compris !! hi hi
    J’adore ma Zaza tu me fais rire et j’en ai besoin en ce moment !!!!!!
    Je déteste les fêtes de fin d’années………Trop douloureux………..
    Bisous et merci pour ce moment mélodieux lol

  8. Superbe …
    Quant à moi j’ai Déjà voté pour la lettre au père Noël et le choix était difficile cela dit pour moi chacune chacun a su donner ce qu’il a pu et en principe je n’écris pas pour la gloire mais pour le plaisir d’offrir
    Bisous
    Bonne journée 🌷

  9. bien ton histoire, et oui les oiseaux aussi ont faim…chez nous beaucoup de corbeaux viennent au moment des noix….ils se débrouillent super bien pour les casser….(lol) passe une bien douce journée

  10. Génial ton récit Zaza. Du Hitchcok de plume (c’est l’cas d’le dire..). Son film m’avait laissé mal à l’aise, ton texte aussi car les oiseaux sont un mystère pour moi et j’aime pô quand ils sont en bande. Sinon j’aime bien les petites mésanges bleues qui venaient devant mes fenêtres du temps où j’avais 2 beaux arbres devant mon immeuble. Bravo en tout cas pour ton talent de conteuse. Bisous. Passe de bonnes fêtes.

  11. J’ai adoré ton texte ma Zaza et je n’ai pu m’empêcher de songer aux mythiques scènes des Oiseaux avec la superbe Tippi Hedren que j’aimais beaucoup…
    Je vous ai imaginés et franchement, quelle scène digne des histoires que j’adore dans les films et les séries, bien saignantes…
    Heureusement, dans ton imagination des plus ardentes, cette scène finit bien!
    Point de Zaza et de Poux Ronchon dévorés par des Archéoptéryx LOL!!!
    Excellentissime, bravo!
    Gros bisous et pensées d’amitié
    Cendrine

  12. J’ai bien rigolé !!! Tu sais moi je suis comme ton Poux Ronchon, même dans notre c car, je ne suis pas rassurée, Pierre a bien essayé de me faire dormir sur des parkings, mais je suis morte de trouille (même avec mes 3 fauves) et je ne dors pas de la nuit, pire encore (pour lui) je le réveille (souvent) à chaque bruit que je trouve suspect. Gros bisous et Joyeux noël Zaza. FRANCOISE

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