INÈS – Le Prénom du mercredi … !!!

I nés,  assassinée  avant  son  sacre
N e sera  reine,   qu’après   sa   mort
E t ses fils  seront reconnus infants
S on nom restera, “la reine morte”

Cet acrostiche vous laisse sans doute sur votre faim, mais pas pour longtemps.

Quant à l’histoire de la belle Inès, elle a depuis inspiré nombres de poètes et de dramaturges portugais, Giuseppe Persiani pour son opéra, Inès de Castro, mais aussi français comme Henry de Montherlant qui écrit en 1942, sa pièce de théâtre La Reine Morte.

Inés de Castro, « Dame de parage » de la princesse Constance de Castille, la première épouse de l’infant Pierre de Portugal, est aussi la maîtresse de Pierre. Elle n’a jamais plu au vieux roi. Le monarque redoute l’influence sur son fils de cette jeune femme brillante et cultivée, comme il craint que les enfants qu’elle lui a donnés ne viennent un jour disputer la couronne à leur demi-frère aîné, l’infant Ferdinand.
Quand Pierre, veuf à 34 ans de sa première épouse, annonce en 1345 son intention d’épouser Inés et de légitimer ses bâtards, le roi Alphonse chasse de la cour la maîtresse de son fils. Mais ni le temps ni l’exil n’auront raison de cet amour ardent. 

Pierre retrouve bientôt Inès à Coimbra, dans un palais du monastère Santa Clara-a-Velha, où la jeune femme a trouvé refuge. Sur le petit canal qui serpente dans le jardin conventuel, entre buis et fougères, la jeune femme guette les frêles esquifs qui lui amènent les lettres de son amant. Ils se fixent des rendez-vous secrets au pied de la fonte dos Amores la « fontaine d’Amour », chantée par le poète Camoens, bientôt rebaptisée par Pierre fonte das lagrimas, la « fontaine des Larmes ».
Le 7 janvier 1355, l’infant est parti pour la chasse quand les affidés de son père surprennent la jeune femme en ce lieu bucolique. Pire qu’une exécution, Inés subit un massacre en règle. Transpercée de coups de poignard, elle est ensuite décapitée. Fou de douleur et de rage face à ce crime abominable, l’infant entre en rébellion contre son père.

En 1355, Inés de Castro, maîtresse de l’héritier de Portugal, est assassinée par les hommes de main d’Alphonse IV.

Seule la mort du vieux roi, en 1357, mettra fin à leur guerre.
Désormais souverain, Pierre Ier devient pour ses ennemis Pierre le Justicier; et voire, parfois, Pierre le Cruel.
Sa vengeance est impitoyable, à la démesure de son amour.
Réfugiés au royaume de Castille, Pêro Coelho et Diego Lopes Pacheco, deux des assassins d’Inès, sont extradés à la demande expresse du nouveau roi. Et comme Pierre Ier doute que de tels hommes aient l’usage d’un cœur, il ordonne que ce muscle leur soit arraché, encore battant, l’un par la poitrine et le second par les épaules. Seul Alvaro Gonçalves, le troisième comparse, prudemment réfugié au-delà des Pyrénées, échappe à l’ire royale.

Le Couronnement d’Inès de Castro en 1360, de Pierre-Charles Comte, 1849, musée des beaux-arts de Lyon

« Tu seras reine ici comme tu l’aurais été; tes fils, seulement parce qu’ils sont tes fils, deviendront infants; ton corps innocent recevra les honneurs royaux. » 
Le cadavre couronné, pompeusement paré de pourpre, trône dans le chœur de l’église d’Alcobaça. Pour complaire au nouveau roi ou par peur de représailles, la fine fleur de la noblesse portugaise assiste au couronnement d’Inés de Castro, la reine morte.
En un tardif hommage, les ennemis d’hier courbent l’échine jusqu’au sol. Surpassant la peur et le dégoût, ils baisent la dentelle cachant les lambeaux de chair desséchée de la royale main. En 1360, Pierre Ier de Portugal venge la mémoire de la femme qu’il aime au-delà de la mort. Macabre cérémonie…

Alors en avril 1361 le corps d’Inès est transféré en grande pompe du couvent de Coimbra vers le monastère royal d’Alcobaça où sont enterrés les monarques portugais.

À sa mort, en 1367, le roi de Portugal rejoint sa bien-aimée dans une chapelle du sanctuaire. Son sarcophage est installé face à celui de la reine. Pas par hasard. Au jour du Jugement dernier, c’est les yeux dans les yeux qu’Inés et Pierre se lèveront de leurs tombeaux, pour entrer dans la vie éternelle.

Déclarés légitimes et infants de Portugal, leurs enfants, Béatrice, Jean et Denis, épouseront tous trois des princes de Castille.

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

24 réflexions sur « INÈS – Le Prénom du mercredi … !!! »

  1. Bonjour élève Zaza… Je ne connais pas du tout, mais grâce à toi je découvre Inès de Castro ! Ca remonte à loin son histoire, et quel splendide sarcophage !! Inès sois la bienvenue à la cour de récré, MERCI pour le tout, bises de m’dame JB ;-)

  2. Quelle tragédie flamboyante, l’histoire d’Inès!
    Passion sanglante, un véritable thriller amoureux, une histoire qui saisit aux entrailles…
    Merci pour ton écriture et cette présentation des plus remarquables
    Gros bisous ma Zaza, sans oublier ton Poux Ronchon
    Cendrine

  3. Quelle tragédie, ces puissants n’y connaissaient rien.. en amour… la puissance mais pas la gloire!
    Bises du jour
    Mireille du Sablon

  4. Un tragique destin pour Ines de Castro que tu as su sublimer par ton acrostiche et le résumé de son histoire. Merci pour ce partage, Zaza. Bises et bon mercredi

  5. Coucou Zaza, je ne connaissais pas du tout l’histoire de cette pauvre femme au destin tragique, merci pour le partage de ce savoir. Bisous MTH

  6. Pour une fois Jill bill a choisit un prénom portable!
    J’adore l’histoire d’Inès de Castro, Montherlant à écrit une magnifique pièce sur cette reine, intitulée “La reine morte”, j’y ai assisté à la Comédie Française, c’était très émouvant.
    Bises et belle journée

  7. Merci de nous raconter pas à pas cette tragique page de l’Histoire du Portugal… J’avoue que en dehors du titre de la pièce de théâtre je n’en connaissais pas le détail…

  8. Magnifique, un bel acrostiche et l’histoire vraie d’Ines de Castro superbement racontée, Zaza ! J’aurais eu des idées de meurtre aussi à la place de l’infant Pedro, qui sait si je n’aurais pas poussé jusque-là mais sans la cruauté (affaire d’époque). Il a prouvé largement son amour et pour son épouse et pour ses enfants. Oui, moi j’ai évoquée Ines de Castro aussi, mais je l’ai figée dans son enfance, une plage de douceur que j’ai souhaitée pour elle. Gros bisous.

  9. Bonjour Zaza,

    J’en avais vaguement entendu parler, parce qu’au lycée j’avais une prof d’histoire très bavarde qui, un jour, s’était laissée (au cours de l’une de ses nombreuses digressions) aller à évoquer “la reine morte”, je ne sais plus pourquoi, mais il faut dire que ça marque l’histoire d’une reine couronnée morte… Grâce à ton billet, je replonge dans cette histoire. Quel amour, quand même, que celui de Pierre pour Inès ! À la vie, à la mort et au-delà. Quel romantisme avant l’heure ! C’est cela qui est beau dans cette histoire. L’amour, le vrai, le fort, l’inextinguible, peut faire faire beaucoup de choses, les meilleures comme les pires.

    Merci pour ce partage. Très bon mercredi à toi. Bises.
    Fabrice

  10. Merci Zaza de nous avoir raconté qui était cette Inès de Castro . Que de haine pour les puissants , un amour qui ne peut se vivre au grand jour et qui finit par lui être mortel . La vengeance de l’infant est terrible .
    Bon mercredi
    Bises

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.