C’EST NOTRE MATELOT JILL, CLIC, QUI S’Y COLLE…

Le mot de Jill : « La diabolique leçon de piano – D’après le dessin de Claude Serre.
Attention ; trois mots en imposé ; Cacophonie – Soupir – Portée.
Bonne rédaction amis croqueurs et à bientôt de vous lire, avec grand plaisir… JB. »
Le Piège Musical du Professeur Piqué

Le professeur Aristide Piqué, un homme à l’expression perpétuellement pincée, avait une conception très personnelle de la pédagogie musicale. Pour son jeune élève, Jean-Jacques, dont le talent était inversement proportionnel à son enthousiasme, il avait mis au point une méthode radicale.
Jean-Jacques, les yeux bandés par un foulard soigneusement noué, était perché précairement sur une pile de livres posée sur son tabouret habituel.
Devant lui, le clavier du piano avait été méticuleusement piégé.
À chaque touche – Do, Ré, Mi – correspondait non pas un marteau feutré, mais un mécanisme à clapet métallique claquant bruyamment.
Le professeur Piqué, debout à côté, observait le résultat de son œuvre avec un rire malicieux, presque cruel. Il attendait le début de l’exécution avec une impatience non dissimulée.
Jean-Jacques, tétanisé par l’enjeu et l’angoisse, hésita. Puis, d’une main tremblante, il posa un doigt sur le Do central.
CLAC-BOUM-ZIN !
Ce ne fut pas une note, mais une cacophonie de ferraille tordue et de bois martelé qui jaillit du piano, résonnant comme un concert de casseroles tombant dans l’escalier.
Le choc fut tel que le jeune garçon sursauta violemment, manquant de basculer de sa pile de livres. Ses chaussures à boucles, solidement attachées, faillirent rester collées au sol sous l’effet de la surprise.
Le professeur Piqué, lui, ne broncha pas. Il se contenta d’un très léger soupir, non pas de déception, mais d’une satisfaction perverse. Il avait anticipé ce premier résultat, bien sûr. La première étape était de briser l’oreille (et le cœur) de son élève.
Jean-Jacques reprit son souffle et, se préparant mentalement à une autre torture, plaça son autre main plus loin sur le clavier. Il essaya de lire les notes sur la portée posée sur le pupitre, mais le bandeau l’empêchait de voir autre chose que du noir. Il frappa une nouvelle combinaison.
CLAC-CRAC-DONG !
Un autre concerto de cliquetis métalliques emplit la pièce, encore plus discordant que le précédent.
Le professeur Piqué, le regard toujours aussi amusé, sortit alors une petite baguette de bambou de sa poche.
Sans cesser de sourire, il s’approcha du clavier et, avec une précision chirurgicale, activa lui-même plusieurs mécanismes, provoquant une véritable tempête de bruit. Il ne s’agissait plus d’apprendre la musique, mais d’endurer l’épreuve du feu sonore.
Le jeune Jean-Jacques, les joues rouges d’effort et de gêne, finit par abandonner. Il retira son bandeau, les yeux grands ouverts, et regarda son professeur.
– « Maître, » demanda-t-il d’une voix tremblante, « puis-je… puis-je avoir une leçon de solfège traditionnel la prochaine fois ? »
Aristide Piqué, rangeant sa baguette avec soin, eut un dernier sourire en coin.
– « Jean-Jacques, mon garçon, le solfège est pour les faibles qui ne savent pas apprécier le chaos créatif.
Pour la prochaine leçon, nous passerons aux instruments à percussion… et au marteau. »
Jean-Jacques ne savait plus s’il devait pleurer ou demander pardon. Mais il savait une chose avec certitude : il ne toucherait plus jamais un piano, piégé ou non !
Le silence de la fin de la leçon fut bien plus musical que le tohu-bohu qui l’avait précédée.

Je ne peux qu’applaudir Zaza, tu as su en jouer avec talent… que je connaissais, merci, bon lundi Croqueurs, bises jill