
LES CONSIGNES DE FARDOISE, CLIC.
Le thème : « Portraits ressemblants, et souvent peu flatteurs. »
Le mot de Fardoise : « Et oui, j’ai choisi d’oublier un peu cette canicule qui nous confine à l’intérieur, et de vous permettre d’aller du côté de l’histoire de la peinture avec l’art du portrait.
La légende veut que l’origine du portrait en peinture soit due à Pline l’Ancien qui relate l’histoire de la fille de Dibutade, un potier de Corinthe, qui aurait repassé les contours de l’ombre que faisait son amant sur le mur, pour en conserver une trace après son départ.
Longtemps les portraits ont été peints de profil, comme sur les monnaies, mais ce qui prédominait c’était la recherche de ***ressemblance exactement saisie et vérifiable***. Jusqu’à ce que Hegel dans son « Esthétique » déclare ces « portraits ressemblants jusqu’à l’écœurement » et impose l’idéalisme allemand. L’Art du Portrait – Norbert Schneider – Éditions Taschen 2002. »
Portrait de Henri IV en Hercule terrassant l’Hydre de Lerne – Auteur Anonyme.

Il s’agit d’un portrait officiel du roi Henri IV représenté en Héraclès (Hercule) vainqueur du monstre mythologique l’hydre de Lerne.
Cette huile sur toile d’un anonyme français est attribuée à l’entourage du peintre Toussaint Dubreuil (1561-1602), un des artistes de prédilection d’Henri IV.
Les portraits de personnages illustres, bien qu’ils aient acquis avec le temps l’aura de documents historiques voire d’archives authentiques, restent des créations pensées qui ne donnent à voir qu’une part de vérité.
La vocation d’un portrait politique a toujours été de véhiculer des messages valorisants.
Devenu à la Renaissance un puissant outil de communication, ce portrait d’Henri IV associe subtilement des éléments réels à des stratégies de représentation exaltant les vertus du souverain.
Henri IV, en tant que roi qui rencontra d’immenses difficultés à asseoir son pouvoir et sut, néanmoins, utiliser son image pour répondre aux contestations et légitimer sa place sur le trône de France.
Au cœur d’un paysage urbain, le souverain, vêtu d’une tenue romaine, peau de bête sur les épaules, appuie fermement un gourdin au sol tandis qu’une créature gémissante pourvue de plusieurs têtes gît à ses pieds.
L’image s’éloigne ostensiblement du vraisemblable pour mettre en évidence la force du roi, sa capacité à terrasser ses adversaires et à gouverner avec fermeté. Sa victoire est manifeste et sa puissance renforcée par un corps magnifié, imposant et dont la jeunesse contraste avec un visage marqué par la vieillesse.
Cette apparence, empreinte de l’esthétique maniériste et inspirée du modèle antique, s’inscrit dans un processus d’idéalisation voué à véhiculer une conception déifiée du prince.
Le peintre a volontairement exacerbé cette musculature pour vanter la bonne santé du monarque et exalter son ardeur et son efficacité au combat. Le triomphe est accentué par l’expression traduisant fierté et assurance.
On retrouve l’air enjoué du dit « bon roi Henri » privilégié dans la majorité de ses portraits au détriment d’une allure grave et autoritaire.
Cette posture ferme mais empreinte de bonhomie participa à construire la réputation d’un homme avenant et sympathique, pour ses contemporains comme pour la postérité. Ce choix repose également sur l’intention, plus ou moins consciente, de traduire spontanément les qualités d’un homme bon.
À en croire de nombreuses descriptions et en dépit de tout panégyrique, l’attitude donnée ici au roi ne serait pas très éloignée de la réalité, il s’agirait bien du reflet de son tempérament.
Pour autant, le costume inventé et l’ennemi irréel font de cette œuvre une image fictive.
Le roi fut décrit dans cette scène par Yann Lignereux comme « un comédien surjouant son rôle ». Si cette peinture projette le spectateur dans un univers fictif et que l’attitude d’Henri IV y est, encore à ce jour, jugée burlesque, la scène se réfère à des actions et des ennemis concrets. Les multiples têtes de l’hydre de Lerne sont une métaphore alors usitée du « Mal » qu’incarnaient les guerres de religion auxquelles le roi mit fin avec la signature de l’Édit de Nantes, ainsi qu’à la Ligue vaincue. Ce symbole était alors largement diffusé à travers la gravure.
La réalité d’un monde, d’une époque, celle des guerres et des traumatismes qu’elles engendrèrent chez les Français comme chez le souverain lui-même, était ainsi évitée et vue à travers le prisme de la mythologie gréco-romaine qui offrait l’avantage d’une vision moins réaliste mais plus acceptable à regarder.

Bonjour Zaza… un choix de « déguisement » que je découvre, viril, et pas tant finalement, merci, bon W-E, à jeudi pour ma part, break, bises jill