
LES CONSIGNES DE FARDOISE : CLIC.
Le mot de Fardoise :
Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
« Ces quatre vers de François de Malherbe, sont très connus et expriment tellement bien notre amertume devant le destin des roses, ces belles fleurs qui ne vivent guère plus longtemps qu’une journée.
Et pourtant, elles sont éternelles. Nous en gardons le souvenir dans les peintures, les photographies. Pour terminer ce mois de septembre, et me faire pardonner pour le thème passé qui n’a pas plu à tous et toutes, je vous propose d’aller nous promener dans les jardins, ou à travers les beaux bouquets de roses, et je les aime même fanées. »
Son thème : « Les roses sont éternelles. »
Les Roses d’Héliogabale – Lawrence Alma-Tadema

Derrière l’apparence mièvre de cette invasion florale dans un décor théâtral se cache une scène particulièrement cruelle…
Héliogabale fut empereur de 218 à 222 après. J.C., date à laquelle il fut assassiné à seulement 19 ans, après être devenu empereur à 14 ans.
À treize ans déjà, il était grand-prêtre du dieu Élagabal.
Un dieu solaire adoré à Émèse en Syrie romaine, région d’origine du jeune empereur. Il tentera d’ailleurs d’imposer sa religion à Rome durant son règne.
Cherchant à se soustraire à l’ennui, il imagina le plus raffiné et le plus atroce des spectacles en noyant ses convives sous un torrent de fleurs.
Héliogabale, tyran pervers et dépravé

Nonchalamment étendu sur une luxueuse couche d’argent et de nacre, Héliogabale est habillé d’or. L’empereur porte une tunique dorée et un diadème, symboles solaires. Des attributs davantage liés à sa religion qu’à son rang de souverain romain. Il faut dire aussi qu’il nourrit également une véritable passion pour l’or et les pierres précieuses, comme en atteste le professeur Robert Turcan, spécialiste d’archéologie et de l’Antiquité, qui raconte ceci dans son livre « Héliogabale et le Sacre du soleil »
Héliogabale jette un regard indifférent sur la scène pourtant terrible qui se joue devant lui. Malgré sa cruauté, l’empereur présente un visage juvénile et gracieux, inspiré du buste en marbre d’Héliogabale datant de 221 après J.C. et exposé au musée du Capitole à Rome.

Au premier coup d’œil, ce tableau est tout simplement sublime. Tous les pétales de roses qui tourbillonnent dans la scène participent à cet état de fait, mais ils ne sont pas les seuls.
Lawrence Alma-Tadema a représenté l’ensemble avec un grand souci de réalisme et, en même temps, l’on perçoit l’idéalisation de la scène dont le moindre détail a été pensé. Et cependant, derrière son apparence triviale, innocente, cette scène est terrible.
J’ai repiqué les détails et leur explication, CLIC.

La ligne d’horizon ne coupe pas le tableau en deux parties égales, mais se situe un peu plus haut. Cela a pour conséquence de nous forcer (théoriquement) à lever les yeux pour observer l’empereur et ses convives se trouvant sur l’estrade. De ce fait, nous pouvons aussi avoir l’impression que nous nous trouvons dans « la fosse », avec les autres personnages, peu à peu recouverts par les roses.
On constate également que la ligne d’horizon, une fois tracée, sépare clairement les deux groupes de personnages. L’empereur et ses invités sont au spectacle tandis que les autres le subissent.

Un jeu de regards entre les différents protagonistes nous permet de passer d’un personnage à l’autre et nous pousse à observer la scène dans son ensemble Ce jeu de regards nous permet aussi de nous arrêter sur des personnages. Leurs expressions nous dévoilent peu à peu l’horrible intrigue (encadrées de rouge)…

Avec son air tranquille, cette femme ne semble pas du tout s’inquiéter de la vague de pétales de fleurs qui vient s’écraser sur elle et ses voisins. Elle parait pourtant se redresser tranquillement.

Cet homme semble plonger dans les roses pour s’amuser. À moins que ce ne soit le poids des pétales de roses qui le pousse à se rallonger…

Cette femme semble inconsciente du danger qui la guette. Elle sourit légèrement et ses yeux fixent un point en dehors du tableau. Elle paraît complètement perdue…

Cet homme regarde l’empereur. Même s’il tourne presque entièrement le dos au spectateur, on peut voir qu’il tient une poignée de raisins recouverts de pétales de roses, dans un geste qui semble interroger l’empereur. Il doit vouloir lui dire que cela commence quand même à faire beaucoup de fleurs et qu’il étouffe…

Cette femme semble s’amuser. Cependant, on peut supposer qu’elle commence à trouver les fleurs encombrantes, car elle se protège à l’aide d’un large éventail de plumes. Elle regarde aussi la femme inquiète, un peu plus loin. On peut se demander si elle ne commence pas à comprendre ce qui se passe…

Cette femme a l’air inquiet. Elle nous fixe, comme si elle avait peur. Sa bouche est très légèrement entrouverte, comme si elle voulait lancer un appel au secours.
J’attire un instant votre regard sur la grenade (le fruit, pas une bombe…) qu’elle tient dans la main : elle est d’un réalisme surprenant. De même que sa robe, sur laquelle on distingue clairement un imprimé prenant la forme d’un félin, vraisemblablement un léopard.
Dès les années 1850, fasciné par ce personnage extravagant, des écrivains tels que Théophile Gautier, Oscar Wilde, mas surtout Joris-Karl Huysmans qui lui consacre quelques lignes dans son roman décadent « À rebours » paru en 1884. Car en cette fin du XIX ème siècle, on se plaît à fantasmer une Antiquité qui vit ses derniers jours et trompe l’ennui en inventant les plus étranges et folles distractions.
Lawrence Alma-Tadema (1836–1912), alors au sommet de sa prolifique carrière, s’était spécialisé dans la représentation d’une Antiquité fantasmée habitée par de riches oisifs occupant leur temps entre les intrigues amoureuses, les fêtes, les arts et les distractions de toutes sortes.
Outre une esthétique académique aux couleurs chatoyantes et à la touche veloutée, c’est le souci d’une reconstitution historique nourrie de références archéologiques qui assura au peintre anglais le succès auprès d’une bourgeoisie victorienne éprise de culture classique.
« Les Roses d’Héliogabale », spectaculaire par ses dimensions et par son sujet, fut acheté à Alma-Tadema par le riche ingénieur John Aird pour orner le salon de son épouse.
L’œuvre, exposée en 1888 à Londres, acquit une solide renommée. C’est aujourd’hui encore l’une des toiles les plus connues de l’artiste. Elle répondait parfaitement à l’attrait d’une société, pourtant conservatrice, pour une Antiquité décadente et débauchée.
Si l’art d’Alma-Tadema était commercial et populaire, il n’excluait pas dans certaines œuvres l’expression d’une critique de la bourgeoisie de son temps au travers des excès de la Rome antique, ainsi qu’il le suggérait en affirmant : « Les vieux Romains étaient faits de la même chair et du même sang que nous, ils étaient mus par les mêmes passions et les même émotions. »
Pour en savoir un peu plus sur cette artiste peintre, ICI.

Au 1er coup d’œil, ça va mais, quel tableau, hein, Zaza, comme tu l’écris.
Ouf ! Noyer ses convives sous un torrent de fleurs !!! Tristesse, hélas ! Ça fait mal …
Bon samedi tout entier,
Bises
ça doit sentir bon toutes ces roses un parfum qui doit être très agréable, mais voilà cette année les fleurs ne sont pas très vivaces, une peu chauffées par le soleil, elles n’ont pas durée, dommage, passe une belle journée
bonjour
un tableau superbe que j’ avait vu il n’ y à pas longtemps
une pluie de roses j aurais aimé voir cela et le sentir
bises bon samedi ZAZA
Beau au premier regard mais cruel!
En tous cas un très beau choix!
Bonne journée
Bisous
Bonjour Zaza !
Mieux vaut une invasion de pétales qu’une invasion de pédales encore que certains apprécient !
Épicétout
Bonne journée ! 👍👍👍
Le Rotpier
Merci pour ce retour et ces explications sur ce tableau vraiment à part, par son sujet et sa réalisation ambitieuse. Le mystère reste sur la réalité de cet événement, mais cela reste une prouesse artistique. Je suis allée voir l’article que tu cites et en effet les détails ont leur importance. Un très beau choix qui prouvent que les roses ne sont pas seulement belles.
Wouah , quel tableau !!!!
Merci pour tes explications Zaza
Bises et bonne journée
Bonjour Zaza,
C’est un tableau bien trouvé pour le thème de Fardoise !
J’adore Alma Tadema, et les roses d’Héliogabal sont magnifiques, c’était un empereur venu de Syrie quand Rome battait déjà de l’aile !
Bises et belle journée
Bonjour Zaza un beau tableau plein de roses, bien expliqué. Bon week-end bisous.
Quel beau tableau ! Spectacle raffiné et atroce en effet de noyer ses convives sous un torrent de fleurs, entrepris par ce jeune empereur.
Et tu nous l’as superbement commenté (en repiquant) avec tous ces détails !
Excellent choix pour ce thème des roses
Bisous ma Zaza et bon WE
Bonjour Zaza, un tableau superbe et très bien expliqué , merci pour toute son histoire, quelle perversité bisous Bonne journée MTH
C’est une rose partie ?🤣🤣🤣🤣
Y a du monde sous les froufrous
Bien l’bonjour d’Auvergne
Rose
ah oui quel beau tableau qui laisse pensif hi hi mais j’aime !! merci pour tes explications ! bisous a+
Bonjour Zaza
Moi aussi, j’ai « vu ce tableau il n’y a pas si longtemps »: il me fait penser à un péplum.
Merci pour ces analyses détaillées .
La tortue surchargée de pierreries dans le roman de K-J Huysmans est un exemple de l’influence de cette œuvre dans la litterature décadente et symboliste.
Bon week-end.
MissYves
Quelle pluie de roses dans ce tableau que tu as très bien décortiqué. Il faut vraiment s’attarder sur tous les personnages, à la fin j’ai comme un sentiment d’étouffement sous toutes ces roses.
Très belle journée
bises
et maintenant on est noyé non de roses mais de technologies Zaza d’abord on sourit puis on réalise le danger !!!
très beau tableau et histoire que je découvre ça peut aussi faire penser à l’emprise sur une femme par son conjoint pervers (ou l’inverse !!!)
Dis donc, il ne fallait pas être allergique à l’époque… quel tableau!
Bises du jour
Mireille du sablon
Coucou ma Zaza,
Waouh ! quel tableau dit donc les couleurs y sont magnifiques en fait je l’adore ce tableau, c’est vrai qu’il a la cruauté à travers ça, mais moi qui adore les roses, j’attends que ma moitié et fait les courses et je mettrai sur le blog les photos que j’ai envoyé à Jean-Pierre et tu verras que j’adore les roses :-)
Bon week-end ma Zaza, gros gros bisous tendresse
Floralie
Bonjour,
Il est prodigieux ce tableau par la surprise qu’il réserve lorsque , d’abord attiré par la splendeur des roses l’oeil descend vers le bas du tableau et que l’on comprend la nature du spectacle qu’Heliogabale est en train d’offrir à ses intimes du moment .
Il fallait avoir beaucoup d’imagination et d’énergie pour s’attaquer à la représentation de cet insidieux supplice parfumé !
Bon week-end !
Coucou Zaza oui il est superbe quelle belle toile bon week-end bises
Un grand merci ma chère Zaza pour cette analyse d’une précision incroyable !
Tu décortiques à merveille le paradoxe d’Alma-Tadema :
Dissimuler le piège de la suffocation sous un déluge de roses d’une beauté saisissante.
La partie sur le jeu des regards et le rappel historique autour de l’engouement du XIXéme siècle pour l’Antiquité décadente sont passionnants à lire.
Une vraie leçon d’histoire de l’art !
Bien amicalement, Marie Sylvie
Bravo pour l’analyse remarquable, j’avais été plus expéditive quand j’avais choisi ce même tableau la semaine dernière !
J’ai appris plein de choses !
Merci pour tes intéressantes informations. Les roses me semblaient bizarres. De signes de vie, elles deviennent signes de mort. Étonnant empereur. Bises