Les goémoniers de mon île – 1/2 … !!!

Notre ami Totor Le Saôut nous confiait :

M. Victor Le Saoût, dit « Totor » décédé le 3 janvier 2015 dans sa 79ème année

« C’était dur, mais c’était une belle vie. On gagnait bien sa vie. Que ce soit en vendant les légumes ou en allant récolter le goémon.

Bien sûr on travaillait du lever du jour au coucher du soleil ; en fait du moment où le phare s’éteignait jusqu’à celui où il était allumé, mais l’ambiance était bonne.  

On n’avait pas le temps de manger, mais une fois que c’était terminé, on se retrouvait pour partager le repas. On partait lorsque la mer était basse et on récoltait les algues avec un grand râteau. 

Ensuite on chargeait sur la charrette, et on ramenait le goémon sur les dunes. Les femmes m’étendait et le retournait pour le faire sécher et nous on repartait. »

Notre amie Louise, les années 65, la fourche à la main, retournant le goémon, sur la dune ….

C’est ainsi que Totor ramasse, aux bonnes époques, les algues.

« En fait, notre signal de début et de fin de journée, c’est le phare

Le phare de l’île avec son ancienne lanterne, et sur la droite une maison de gardien- https://www.histoiremaritimebretagnenord.fr/%C3%AEle-de-batz/histoire-de-l-%C3%AEle-de-batz-page-3/le phare

puisqu’il s’allume et s’éteint lorsque le jour se lève ou se couche. Nous partions à 2 ou 3 et toute la journée on récoltait le goémon que l’on chargeait sur une charrette tirée par une jument de trait, qui d’ailleurs n’aimait pas tellement rester dans l’eau ».

Nous sommes dans les années 1930, et il n’est pas si facile de vivre de la pêche ou des algues. Victor passe ainsi sa vie d’enfant, partagé entre l’école, directement sur l’île et ses activités agricoles ou maritimes. Ce sont encore des bateaux à voile qui font la traversée entre l’île et Roscoff. C’est ainsi que les légumes cultivés sur l’île se retrouvent au marché de Saint Pol de Léon. Rapidement, Totor se retrouve à la ferme et s’occupe des animaux, de l’agriculture et bien sur du goémon. Il a déjà des affinités avec les chevaux.

« Je me rappelle que j’avais 32 ans lorsque je suis parti pour la première fois. Je suis parti travaillé dans la Marne pour ramasser des betteraves, en compagnie d’autres îliens. C’était bien mais j’étais mieux dans mon île ».

Il fera toutes les campagnes pour le ramassage des algues, qui s’effectue à marée basse. On allait alors sur la grève, armé d’une espèce de râteau en bois, et on tirait les algues. Ensuite il fallait les charger sur le bateau et les amener sur la côte pour les faire sécher.

« Évidemment on passait la plupart du temps les pieds dans l’eau. Ce sont les femmes de la maison qui se chargeaient d’étendre le goémon pour le faire sécher sur les dunes ».

1907 – Charrette de goémonier remontant de la grève dans les années 50,  Jean-Martin Moncus accompagne son cheval d’un pas alerte – https://www.histoiremaritimebretagnenord.fr/%C3%AEle-de-batz/histoire-de-l-%C3%AEle-de-batz-page-3/Charrette de goémonier remontant de la grève dans les années 50, Jean-Martin Moncus accompagne son cheval d’un pas alerte

1907 – Jean Martin Moncus étale le tali sur les dunes pour le faire sécher – https://www.histoiremaritimebretagnenord.fr/%C3%AEle-de-batz/histoire-de-l-%C3%AEle-de-batz-page-3/Jean Martin Moncus étale le tali sur les dunes pour le faire sécher« Maintenant, il ne reste plus que les chevaux qui travaillent aux légumes, car les champs sont trop petits pour travailler avec le tracteur.

Jean Marie le vieux

En fait, on va en tracteur sur les champs avec le cheval accroché et on attelle celui-ci pour sarcler.

A cette époque (jusqu’en 1970), les goémoniers utilisaient les chevaux pour tracter leur charrettes. On appelait les goémoniers, les paysans de la mer, puisqu’ils allaient récolter le goémon (des algues). Les zones fréquentées ne concernent que le littoral où il y a peu de fond. 

C’était une activité spécifique au Nord Finistère, à faible revenu et cela obligeait les paysans de la mer à être également des paysans de la terre. 

Les algues étaient utilisées pour se chauffer et elles entrent dans l’alimentation des animaux. (Vaches et chevaux) – Fraîche ou en farine (très protidique).  »

A partir du 16e siècle on utilise les cendres d’algue pour faire le verre jusqu’en 1790.

Reconstitution d’un four à goémon après le prat du Roch  dans mon île

« Alors que dans les fermes, les paysans possédaient de puissants attelages de postiers bretons, les goémoniers utilisaient des chevaux plus petits et plus nerveux. Ces chevaux étaient dressés très tôt puisqu’en dehors de l’apprentissage classique de la traction, il fallait les habituer à vivre avec de l’eau jusqu’au poitrail. Cela se faisant par imitation de la mère ! Les goémoniers savaient soigner leurs chevaux avec des remèdes ancestraux (la saignée pour les coups de sang) une plante (louzaouenn ar groaz) pendue au cou du cheval contre la colique. Pour le ferrage, les maréchaux fabriquaient des fers spéciaux, mais les goémoniers savaient ferrer leurs chevaux eux-mêmes.

On ne peut parler de ce métier particulier sans faire mention de la charrette (ar c’harr) avec laquelle les goémoniers ramenaient leur récolte. »

Lisette

« Celle-ci est un véhicule amphibie roulant dans l’eau comme sur les dunes, navigant également, démonté et rangé à bord des bateaux.  Ces charrettes de la côte (kirri an arvoriz) sont moins grandes que celles de l’intérieur des terres. »

goémon ile de batz

« Elles évoluent avec le temps et la modernité, et l’on trouve des roues en bois cerclée de métal puis des roues en caoutchouc. On trouve parfois des chevaux bâtés (le bat = ar c’herierou) dont le fonctionnement ressemble à du bâtage ordina ire.Puis de la même manière que dans l’agriculture traditionnelle, les chevaux ont été remplacés par des tracteurs puis les bateaux emplis d’algues ont trouvé des grues pour les décharger directement sur les quais. »

Reportage sur les habitants de l’Ile de Batz qui pratiquent le métier de goémonier et d’agriculteur. – Court plan vaches dans un champ. [différents plans] paysan déchargeant une charrette de goémon / femme ramassant en tas le goémon d’épave ou goémon blanc servant d’épandage pour les champs. – En mer, [différents plans] la pêche du goémon grâce à de petites barques munies d’un bras hydraulique et d’un crochet /GP de la machine. – interview de Jean MICHEL GILIDIC, pêcheur-goémonier, déclarant qu’il y a trop de bateaux, parle des quotas et de son activité annexe de marin pêcheur. – [vue générale] de l’Ile de Batz, les parcelles cultivées, champs de primeurs, [différents plans] ramassage de pommes de terre, le goémon est utilisé pour fumer les champs. interview Nicolas Tanguy, agriculteur-goémonier, pessimiste sur le ramassage de l’année en cours – [différents plans] Bateau rempli de goémon arrivant à quai, on le décharge. Tracteur dans un champ.

« Aujourd’hui, les chevaux ont disparu, bien qu’il en reste une centaine car les terrains sont tellement petits que c’est la seule solution pour travailler les jardins. Ce sont les bateaux qui vont directement chercher les algues. Les goémoniers modernes sont avant tout des marins pêcheurs.

goémonier

Ils ont des bateaux plus grands et passent par des formations et diplômes professionnels. Il faut passer un CAP ou un BEP de matelot pour être marin. En revanche pour être patron, il faut en plus passer une capacité pour la conduite de bateau de 150 chevaux (8 mois d’étude). »

Au moment de l’interview, Totor avait 67 ans et on peut dire qu’il n’a jamais tutoyé le monde en dehors de son Ile. Bien entendu, il a traversé l’espace entre l’Ile de Batz et Roscoff, la ville d’en face. Il est bien allé dans sa jeunesse récolter des betteraves dans le Nord de la France en compagnie de 40 personnes (toujours de son Île) mais en réalité sa vraie vie c’est ici.

« Mais ça ne suffisait pas pour faire bouillir la marmite toute l’année et ceux qui cultivent le sol deviennent marins et goémoniers le reste de l’année. »

Les goémoniers gagnaient bien leur vie. Victor s’est spécialisé dans le cheval, et il est donc devenu éleveur, pour son usage et pour celui des autres. Pendant toute sa vie, il a donc chargé le goémon à tour de bras, du matin au soir, les pieds dans l’eau sans jamais se plaindre. Cette vie lui convenait parfaitement jusqu’à sa retraite qu’il a obtenu à l’âge de 55 ans.

Sa passion reste le cheval. Depuis tout petit il s’en occupe. Il faut dire que c’était l’outil le plus important. Il en a vu passer beaucoup mais il se souvient du premier, « Bichart ». La dernière c’était « Lisette », celle qui ne tenait jamais en place les pieds dans l’eau.

« Je me souviens des courses de chevaux de trait sur la grève. C’était drôlement beau.

course chevaux de trait 14 juiller

Et puis il y avait également le boulanger, ou le charbonnier dont le cheval connaissait tellement bien le chemin, que quand le meneur était saoul, il retrouvait la maison tout seul. Il est même arrivé que la charrette se renverse, le cheval ne bronchait pas et on entendait une voix qui venait de dessous la charrette mais on ne le voyait pas. C’était une belle époque même si c’était dur. En tout cas, je crois que l’on ne peut plus vivre du seul produit de la vente des goémons. Et puis, il me manquerait les chevaux ».

cheval de trait île de batz

cheval de trait île de batz

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Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

26 réflexions sur « Les goémoniers de mon île – 1/2 … !!! »

  1. ça me fait penser à ma jeunesse quand toutes les mamans se retrouvaient dehors pour discuter et en même temps veiller les enfants, une douceur de vivre qui n’existe plus, dommage….et les hommes au jardin….bon début de semaine à toi

  2. Quel bel hommage à tous ces travailleurs qui faisaient un métier si dur.. et pourtant, ils l’aimaient! cela se sent quand on lit ce témoignage.
    Bises de Mireille du sablon

  3. Merci pour ce beau récit émouvant d’une autre vie que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre comme on dit !
    bonne semaine

  4. Il n’y avait pas de pointeuse !! c’était le phare qui les guidait !!!
    Quel beau reportage où j’ai découvert ce métier !
    Bon début de semaine Zaza, gros bisous

  5. Bonjour Zaza
    Merci pour cet article passionnant
    Nous avons pu assister à une reconstitution au Pouldu Finistère avec des anciens goemoniers c’etait genial !!, je crois d’ailleurs qu’a chaque été il y en a une ..
    Bonne journée à toi
    Bises

  6. eh oui la vie dure… mais si simple et tranquille qu’on a parfois la nostalgie
    tout me semble devenu compliqué et nous sommes ligotés par les normes et obligations en tous genres
    dans le Finistère sud il y a aussi plein de four à goémon le long des sentiers…si on sait les voir
    gros bisous Zaza

  7. C’est une belle tranche de vie que tu racontes ! Nos anciens ne se plaignaient jamais. Des souvenirs à conserver précieusement. Merci pour cet excellent article.
    Bonne journée, bises

  8. Merci Zaza, pour ce beau reportage sur l’île de Batz que je découvre grâce à toi, on attend la suite avec impatience.
    Bises et belle journée

  9. Et maintenant ils récoltent avec les scoubidous ;quand je vois les chargements sur le port de Lanildut je pense à mon grand pere qui etait également goemonier et avait une petite ferme ; il récoltait les algues suivant la saison Que de souvenirs!!!!!

  10. Merci Zaza pour ce superbe reportage sur les goémoniers, un sacré travail des heures durant. On sent bien que Totor les aimait ses chevaux . Tout au début de nos vacances en Bretagne, je me souviens en avoir vu de ses charrettes tirés par les chevaux et remplis de goémon du côté de Poul Rodou, je crois . Je me demandais bien ce qu’ils en faisaient et papa m’avait expliqué.
    Bonne journée
    Bisous

  11. Bonjour Zazsa c’est une belle histoire du passé dans ton île ! Le progrés et je crois surtout l’argent ont changé tant de choses … Bisous bonne semaine ! merci pour ton inscription .

  12. Bonjour ZAZA
    Et quand j’entends les jeunes se plaindre , je me disque ton article devrait être lu au collège!! maintenant il fume des joins devant ma fenêtre le temps des intercours ; comme il fait beau je les entends parler ça ne vole pas haut , bel hommage à ce monsieur et à son métier ; jamais nous ne retrouverons ce goût du travail trop d’aide et de laxisme … dégoûtée je suis !!! bonne semaine big bisous

  13. de longues journées de travail !!
    du lever au coucher du soleil en quelque sorte— le phare réglait leur vie-
    de nos jours avec les 35 h !!
    un excellent reportage sur la vie d’autrefois-
    il y avait du travail pour qui avait du courage—
    une autre époque !! moins de pollution— une vie saine et simple–
    bonne journée- bisous-

  14. Un MAGNIFIQUE article, très instructif avec beaucoup d’émotion, celle des visages d’êtres aimés, figures qui demeurent dans l’écrin du coeur.
    J’ai appris beaucoup de choses ma Zaza et je t’en remercie, c’est très touchant et on pense avec intensité à la vie de ces personnes..
    Un grand merci pour tes voeux d’anniversaire, je t’envoie de gros bisous en te souhaitant une belle fin de journée
    Bien amicalement,
    Cendrine

  15. Un article émouvant sur le travail et le courage de ce monsieur.Bravo aussi aux chevaux, un auxiliaire encore précieux dans ton île. Gros bisous. FRANCOISE

  16. Tu viens de rendre un vibrant hommage à ce métier peu connu. C’était très dur, mais vivre sur l’île était la priorité de cet homme. C’était très émouvant de te lire, ma Zaza. Gros bisous et douce soirée

  17. Coucou Zaza,
    Un reportage bien détaillé, qui nous en apprend beaucoup sur les goémoniers, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. Les temps changent, les pratiques évoluent, mais ils sont toujours là, ayant adapté leur façon de faire. Merci.
    Fabrice

  18. C’est un très bel hommage…
    Certains métiers disparaissent, d’autres renaissent autrement.
    Merci pour ce billet très intéressant.

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