
LES CONSIGNES DE FARDOISE, ICI.
Son thème : « Bergers et bergères à travers le monde et/ou le travail des femmes aux champs. »
Le mot de Fardoise : « 2026 est l’année internationale du pastoralisme et des pâturages, mais elle célèbre aussi les agricultrices. En cette période où le monde agricole est secoué en France par la maladie de la Dermatose nodulaire et des mesures qui obligent les éleveurs à abattre leurs troupeaux, il m’a semblé que nous pourrions célébrer les gardiens et gardiennes de bétail à travers les âges. »
Les Glaneuses – Jean-François Millet

La représentation du labeur paysan par le biais de figures grandeur nature, autrefois réservées à la peinture d’histoire, est une des nouveautés du XIX ème siècle. Les peintres donnent du monde rural une image plus réaliste, qui tranche avec celle de la paysannerie pittoresque d’un Watteau ou d’un Boucher.
Mais, dans la France rurale du XIX ème siècle, la représentation du paysan est tout autant un enjeu qu’un message. Les campagnes françaises vivent encore dans un certain archaïsme. Les paysans s’opposent à l’introduction de plantes nouvelles ; les surplus monétaires sont destinés à l’achat de parcelles et non à la modernisation de l’équipement. Pour cette raison, tout au long du siècle, la mécanisation demeure faible.
Quelques progrès, néanmoins, sont réalisés à partir des années 1840.
Le Second Empire, assure à la fois la croissance de la production et celle des prix et constitue pour la paysannerie un véritable âge d’or. L’accroissement concerne d’abord les céréales panifiables, sur lesquelles repose l’alimentation humaine ; et ce n’est pas un hasard si les scènes peintes par Millet, Breton, Bastien-Lepage et Van Gogh entretiennent souvent un lien avec la culture céréalière.
Ces tableaux permettent de distinguer quelques étapes dans la culture de la terre :
– Le labourage, que représente Rosa Bonheur ;
– Le glanage, (droit commun) qui autorise les femmes, les enfants, les pauvres d’une communauté à ramasser après la moisson les épis oubliés, le sujet que je vous présente.
Le travail tel que les peintres le représentent est rude et fatigant.
Les glaneuses de Millet sont courbées, dans une position douloureuse où la tête est plus basse que les hanches. La dureté du labeur agricole n’est donc en rien, épargné aux femmes, même si les semailles et la moisson sont plutôt réservées aux hommes. Les tableaux traduisent l’effort du corps, ployé, usé, meurtri. Le paysan est représenté immergé dans la nature nourricière, non encore dépendant des machines.
Mais le travail agricole est dépeint de deux manières antagonistes, critique sociale chez Millet, glorification chez Breton.
Chez le premier, les glaneuses, éléments menaçants d’un prolétariat des champs, « épouvantails en haillons », personnifient la misère rurale par leur forme massive et leur attitude, d’autant plus qu’à l’arrière-plan, les meules du maître offrent en spectacle une abondance dont elles sont exclues.
Quoi qu’il en soit, ce tableau présente l’image d’une France traditionnelle, où l’essentiel du travail est manuel, comme si pour les chantres de la vie champêtre l’arriération économique était une forme de préservation. En ce sens, la campagne des peintres est archaïque, immuable, à une époque où les techniques nouvelles et les contrecoups du marché national et des évolutions de la ville transforment inéluctablement la vie des ruraux.
Pour en savoir un peu plus sur Jean-François Millet, ICI.
