ERREUR FATALE … !!! – 20/31

Damned, la maison poulagas !

 Soudain de violents coups ébranlent la porte.

– «Police ! Ouvrez !»

La «police ouvrez» les a séparé. Interloqués, Meg et Jacky, se dévisagent, ne sachant que faire.

A leurs pieds, allongé sur le ventre, la tête tournée à quatre-vingt-dix degrés, le menton en appui sur l’épaule, le cadavre de Looser repose dans une attitude grotesque. Ne voyant aucun moyen de le cacher, Jacky hésite quant à la stratégie à adopter vis-à-vis des perdreaux.

– «Police ! Ouvrez ou on enfonce la porte !»

Sa fliquette adorée n’est pas toute à fait remise des pains qu’elle a encaissés. Soudain, il la sent dans le brouillard. Son regard devient vague. Sa main droite, hésitante, cherche son front et brusquement, ses jambes se dérobent sous elle. D’un bloc, elle s’effondre sur le corps sans vie du Jacquot fraîchement scalpé !

Malheureusement pour lui, c’est le moment que choisit la lourde pour voler en éclats.

Trois bourres inquiets, l’arme au poing, firent irruption dans la piaule. Le spectacle, qui les accueille, ne prête aucunement à confusion. Ils découvrent deux carcasses, mêlées, gisant à terre dans un bain de sang et de cervelle, ainsi qu’un présumé coupable, Jacky, un pétard à la main.

Une fois n’est pas coutume, les keufs démarrent au quart de tour. Son espérance de vie devient nulle, et c’est un miracle, qu’aucun de ces trois cons ne lui vide son chargeur dans le bide.

– «Poliiiiice ! Jette ton arme !» Gueule l’un d’eux.

– «Les pattes en l’air !» Aboie l’autre.

– «Pas un geste !» Hurle le troisième.

Jacky réagit « rapidos » et sans faire remarquer, aux nouveaux arrivants, qu’ils lui donnent des ordres contradictoires. Instantanément, il lâche sa pétoire, ses pognes s’agrippent aux nuages, il se transforme en statue.

– «Vous vous trompez. Ce n’est pas …»

Il n’a pas le temps de finir sa phrase, les poulets sont sur lui, et lui volent dans les plumes. Quelle tannée ils lui mettent ! Il paye comptant la trouille qu’ils ont eue en entrant. Le pauvre Jacky trouve les intérêts prohibitifs.

Au début, il essaie en vain, de se protéger du mieux qu’il peut avec ses bras. Mais il s’avère qu’ils sont trop courts, et trop peu nombreux. Rapidement, il commence à avoir vachement mal partout. La tempête fait rage, il demande, il souhaite, il espère, une accalmie, voire la cessation pure et simple de la grêle de coups …

Puis, une odeur de pieds ? De sueur ? Le pageot sur lequel il est allongé est terriblement dur. Oui ! Dur, froid et trépidant ! Il cherche sa couette pour se couvrir d’un peu de chaleur, mais ne la trouve pas. En bougeant, il réveille son corps et ressuscite ses maux. Ce n’est pas possible, il est passé dans un concasseur ! Il ouvre doucement les yeux, même le battement de ses cils le fait souffrir.

Devant lui, les chaussures à clous des argousins le ramènent à la réalité ! Looser qui répand ses pensées, Meg qui s’évanouit, l’irruption des roussins cogneurs et la branlée qu’ils lui mettent.

Une tentative, pour se dresser sur son fessier, lui arrache un «Aie !» de douleur, et déclenche un coup de brodequin dans le flanc gauche, accompagné d’un :

– «Bouge pas connard ! Tu pourrais tomber du car !»

Tout le monde rigole sauf lui. Il réalise enfin, qu’il est dans un fourgon de flics, allongé à même le plancher. De mignons bracelets reliés entre eux par une chaînette d’environ vingt centimètres décorent ses poignets. La camionnette roule plein pot, sirène hurlante, sans ménagement pour ses contusions. Un freinage brutal, ainsi que l’arrêt du moteur, lui indiquent qu’ils sont arrivés au terminus.

L’instant d’après, dans un bruyant grincement, la porte latérale de son carrosse coulisse. Ses joyeux compagnons se lèvent, l’empoignent méchamment par la peau du cou, le redressent et le sortent à l’air libre. En quatre enjambées, où ses grolles touchent à peine le bitume, ils franchirent le trottoir et entrent dans un hôtel de police.

Une cage grillagée lui tend les bras. Ses anges gardiens (de la paix ?) l’y jettent, plutôt que le déposer. La herse tombe, la serrure se ferme. La casquette aux clefs d’or s’éloigne, et lui, comme toutes les pauvres bêtes séquestrées dans les zoos, il l’a dans l’fion !

Péniblement, il se relève, et d’un pas mal assuré, se dirige vers le treillis métallique qui restreint son autonomie. Instinctivement, ses doigts s’y accrochent. Il a la pénible impression d’être un grand singe, qui de sa prison, regarde le monde. Intrigué, l’anthropoïde épie les préparatifs de ses presque semblables.

Le poste de police est un vrai poulailler. Des gonzes et des gonzesses de bleu vêtus, un flingue à la hanche et un air niais sur la tronche, courent de-ci, de-là, cahin-caha.

Allez ! Trottinez ! Cheminez ! Petits poulets une poignée de blé vous récompensera.

– «Ils t’ont bien arrangé, mon loup !».

Il se tourne vers la voix qui provient de la cellule de gauche. Une grande pute, blondasse, le dévisage d’un œil professionnel. Elle aussi a morflé, deux coquards ont remplacé son Rimmel. Les boutons de son corsage ont sauté, laissant apparaitre la naissance de plantureux roberts, qui en profitent pour vagabonder. La ceinture qui lui sert de jupe est déchirée, ce qui permet, étant donné l’étroitesse de son slip, une vue panoramique sur son barbu noir et velu. L’étalage, gratuit, de ses outils de travail, n’a pas l’air de la traumatiser, bien au contraire !

Elle profite de ce repos forcé pour faire sa publicité. Lui qui d’ordinaire, à la télé, trouve les réclames barbantes, profite pleinement de cette promotion plus palpable.

– «Bonjour madame» Déglutit-il

– «Madame ? Pourquoi pas princesse, tant qu’t’y es ? Tu t’fous d’ma gueule ou t’es puceau ?»

– «Ni l’un, ni l’autre ! Mais, comment dois-je vous appeler ?»

– «Gigi, mon biquet. Gigi les belles miches, ou alors, mais seulement pour les intimes et les administrations, Ginette Trouvetou.

– «Trouvetou. Vous êtes de la famille de Géo ?»

– «Pas tout à fait mon chaton !»

– «Vous aussi ils vous ont arrangé, Gigi.»

– «Oh ! N’crois pas qu’ce fut gratos, mon trésor. Regarde la gueule des deux enfoirés, là-bas, au fond, derrière le comptoir.»

Effectivement, dans la direction indiquée, il aperçoit deux vaches, la chemise en lambeaux et la tronche toute griffée. De plus, l’un des deux bovins grimace en se massant le bas ventre. Gigi leur fait des grands signes de la main et les invective.

– «Alors! Les p’tites bittes ! Elles sont éclatées vos burettes ?» Puis philosophant ! «Là où l’escarpin de Gigi passe, les couilles de poulet trépassent !»

– «Ferme ton hangar à queues, sac à foutre !» Rétorque l’un des interpellés, «ou j’vais te calmer à coups de nerf de bœuf.»

– «Viens-y dans la cage ! Viens-y, si t’es pas une fendue d’l’entre cuisse.»

Le flic s’écrase, il sait qu’au niveau du vocabulaire, il n’aura pas le dernier mot. Quant à rentrer dans la ratière pour se colleter avec madame Gigi, il n’est pas très chaud, il est même plutôt froid.

– «Pourquoi qu’ils t’ont agrafé les bourriques ?» Lui demande Gigi.

– «Pour meurtre.»

– «T’as refroidi un cave ?»

– «Oui ! Mais en légitime défense.»

– «Ah ! Et les poultocks n’pensent pas comme toi ! C’est comme qui dirait une erreur judiciaire.»

– «Ouais, c’est tout à fait ça !»

– «Ben, dans c’cas, la meilleure solution c’est d’leur demander !»

– «Oui, vous avez raison Ginette.»

– «Tu sais mon bichon, tu peux m’dire tu. J’préfère, j’aime pas les chichis.»

– «Comme tu veux Gigi, comme tu veux. Au fait, on est où ici ?»

– «Ben mon minet ! Ils ont dû taper fort sur ta calebasse, les poulardins. Ici, on est chez les draupers !»

– «Gigi, je n’ai pas complètement perdu la raison. Je sais qu’on est dans un commissariat, mais lequel ?»

– «Ah ! Tu m’as foutu les jetons ! On est à l’hôtel de police, rue de Vaugirard, au 250.»

Elle est sympa cette fleur de trottoir. Évidemment, rien à voir avec sa musaraigne préférée ! Mais au fait ? Où est-elle passée son évanouie ?

Un uniforme va et vient à côté de la geôle. Il attire son attention !

– «M’sieur l’agent! Est-ce que je pourrais voir un responsable ?»

– «Un responsable ? Pour quoi faire ?»

– «Pour savoir ce que je fais ici. Pour savoir ce que l’on me reproche !»

– «Ce qu’on te reproche ? Ben t’es gonflé toi ! Tu refroidis deux personnes et tu demandes ce qu’on te reproche ?»

– «Deux personnes ? Il y a maldonne ! On ne joue pas dans le même film ! Dans le mien, il n’y a qu’un macchabée, pas deux.»

– «Non mon pote ! Il n’y a pas maldonne. T’as étêté un dénommé Jacques Looser et rossé à mort une certaine Meg Duchemain !»

Une bombe explose dans sa tête.

– «Meg, Meg est… Non ! Ce n’est pas possible. Il me raconte des conneries, il ment, il invente, il n’est pas au courant, il ne sait plus ce qu’il dit ! Il cherche à m’abuser, il altère, dissimule, déguise, fausse la vérité. Ce n’est pas vrai !» Hurla-t-il «Dis-moi que tu t’es trompé. Avoue qu’tu m’berlures ! Défécation d’flic. Bourre de mes deux. Sous-merde de poultoc !»

Tout le monde s’est immobilisé, les gestes sont restés en suspens. Accroché au grillage, il secoue celui-ci de toutes ses forces en tempêtant comme un beau diable. Un roycco chef, furibond, sort de son bureau et demande :

– «Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?»

– «C’est le ci-devant, Jacky Gobé, qui nous fait une crise, chef. Il veut parler à un responsable.» Répond le flicard annonciateur de mauvaises nouvelles.

– «Ça tombe bien ! Moi aussi je veux lui causer à l’élagueur. Traînez-le dans mon officine, et laissez-lui les menottes ! Il est dangereux ce gazier !»

A suivre …

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

23 réflexions sur « ERREUR FATALE … !!! – 20/31 »

  1. En ce lieu on en ferait tout un roman tous les jours l’histoire se diversifie pour notre plus grand plaisir
    Et toi tu sais t’y prendre ,
    Belle journée

  2. Zaza je trouve que tu as des allures de Sang Antonio. J’espère que Met est vivante et que les perdreaux se sont gourré.

    Vite la suite…

    Beau samedi et bises d’EvaJoe

  3. Bonjour Zaza .
    J’espère que tu vas bien et qu’il ne fait pas trop froid chez toi .
    Chez nous la température a bien baissée , ce matin ça descend jusqu’à – 12 et je crois bien que nous allons passer le week-end à la maison et je vais en profiter pour faire des galettes des rois .
    Je te souhaite un bon week-end .
    Bisous de nous deux .

  4. Et bien y’a du sport ce matin chez Zaza j’espère que Meg va s’en sortir en attendant bonnes galettes mais attention à l’indigestion lol pas trop froid le chauffage est rétabli j’espère nous l’appartement à fini par se réchauffer mais j’ai comme une gastro je reste au chaud sous la couette! Une bonne excuse bisous et bon weekend

  5. Oh!!! j’adore!! Quelle verve cette Gigi. Meg a-t- elle avalé son testament? Je ne sais où tu trouves toutes ces formules, Zaza. C’est du grand vécu tout ça…. Je t’adore parce que je viens de m’en payer, encore une fois, une sacrée tranche. Excellent week-end

  6. mais out ce que tu vas trouver tout ça :-) pour de l’animation il y a de l’animation …un gazier qui ne s’occupe pas du gaz !à suivre bien entendu ….
    bisous

  7. Pauvre Jacky, je tremble pour lui et pour Meg, j’espère qu’elle va bien…
    J’adore ton langage fleuri, ça claque, ça fuse, ça pète et on en redemande, ah le commissariat et son univers déjanté! Gros bisous et belle soirée ma Zaza
    Cendrine

  8. Un vocabulaire fleuri de bonnes intentions , c’est super mais bon sang Meg est toujours aux abonnés absents ? j’ai hâte de savoir
    Je me régale toujours autant merci
    Bisous

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.