ERREUR FATALE … !!! – 25/31

Laisseront ils tomber l’affaire ?

interrogation

Il prit Meg par l’épaule, l’attira contre lui et murmura dans son délicat pavillon :

– «Ressaisis-toi ma belle. C’est un accident.»

– «Non Eddy, ce n’est pas un accident. C’est moi qui a planté le tournevis dans sa poitrine. C’est moi qui a donné les coups de marteau. C’est moi qui a eu cette idée débile. C’est moi qui a détruit Collo. »

– «Tu sais, le Cloclo, il vendait de la drogue. Il est canné d’accord, mais ce n’est pas une grande perte.»

– «Tu ne m’apprends rien Eddy. Je sais tout ça : Tassart et sa bande sont des ordures. Je sais qu’avec toute la daube qu’ils répandent dans la nature, des nichées entières de pauvres mômes auront leur vie gâchée. Mais, mais je sais aussi que nous deux, on n’a pas le droit de jouer les vengeurs masqués. On tourne aux justiciers de banlieue, Eddy. On se convertit en Super Ducon !»

– «Je te comprends et je crois bien que tu as raison. On joue une partition qui n’est pas la nôtre. Après tout, cette histoire est finie. Nous savons pourquoi Ghislaine a été tuée. Elle est morte par erreur. Nous connaissons les coupables.»

– «Cette histoire est terminée … A part que …»

– «A part que quoi ?»

– «A part que Jean … »

– «Jean ?»

– «Jean Klockh ! Au départ, j’ai commencé à enquêter pour savoir pourquoi et qui l’avait buté. Si on regarde les choses par ce bout de la lorgnette, on est bien obligé de dire que…»

– «Que ?»

– «Que cette affaire est loin d’être résolue ! Car je ne sais toujours pas qui a noyé Jean et pour quelles raisons.»

– « Écoute Meg, ce sont Tassart et ses hommes ! Jean cherchait les meurtriers de Ghislaine de Maragne !»

– «Peut-être ! Sans doute, mais qu’est ce qui le prouve ? Durant toute l’enquête, il n’a jamais été question de Jean !»

– «Mais enfin ! Manuel Rodriguez est bien venu chez toi pour dérober le dossier que Jean avait établi !»

– «Non ! Il est venu chez moi parce qu’une certaine Meg Duchemain enquêtait sur Georges Tassart. Il a trouvé un dossier concernant son patron et les assassinats de Dominique et Ghislaine.»

– «Quand même !»

– «Quand même quoi ? Tassart a voulu se débarrasser de moi, puis de nous deux, et après, ce fut l’hécatombe ! La cliente du resto «Les pissenlits par la racine», Manuel et Carmen Rogriguez, Ange Saguinetti, Jacques Looser, Fabien Tarlouse et Claude Collo. Mais jamais, à aucun moment, IL N’A ÉTÉ RÉELLEMENT QUESTION DE JEAN !»

– «Merde ! Nous aurions fait tout ce parcours du combattant pour en arriver là ?»

– « Oui, Jacky ! Bien que je ne le pense pas vraiment, il se pourrait, comme d’ailleurs le soulignait Tarlouse, que la mort de Jean ne soit pas liée à l’affaire de Maragne.»

– «Seul, Georges Tassart pourrait nous dire si oui ou non…»

– «Effectivement, seul le beau Georges !»

– «Tu sais Meg, je doute qu’il soit tellement enclin à nous raconter sa vie !»

– «J’en doute aussi, et puis, quand bien même ? Sans preuves les flics ne feront rien et moi …»

– «Toi ?»

– «Moi, j’en ai ma claque ! Je suis allée trop loin, Eddy. J’ai bousillé un pauvre type, dans un moment de folie et je n’ai pas l’intention de recommencer.»

– «Tu laisses tomber l’enquête ?»

– «Yes, Tarlouse voulait que nous quittions ce merdier. Nous aurions dû le faire quand il nous l’a demandé ! Il n’est pas trop tard, Je cède, je démissionne, je dételle, je lâche, j’abandonne !»

– «Tu es sûre ?»

– «Absolument sûre !»

– «Il faudra tout de même aller voir les flics.»

– «Pourquoi ?»

– «Écoute ma caille, nous étions témoins, nous sommes quasiment sûrs que c’est Léon Bragueux qui a tiré sur Tarlouse. Tu as noté le numéro de sa calèche. Ces renseignements peuvent aider les poulets, tu ne crois pas ?»

– «Ouais, ça peut aider.» Dit-elle, en sortant de sa poche et en lisant à haute voix, le papier sur lequel elle avait noté le numéro d’immatriculation de la Mercedes -2627 ABC 28- C’est facile à se rappeler, trois nombres et trois lettres qui se suivent Oui, ça pourrait aider les bourres. Mais, pour moi c’est fini, Eddy. Bien fini ! » Cria-t-elle en jetant le papier dans la Seine.

Six heures du matin, leurs pieds les ont traînés jusqu’à la rue Félix Faure. Leurs pieds ? Du moins Jacky le suppose, car il suit tellement fatigué qu’il ne sent plus rien. A-t-il encore un tronc, prolongé par des guibolles, terminées par des arpions, emmanchés dans des godasses ? Il est moulu. La musaraigne itou, d’ailleurs, accrochée à son aile, elle se laisse aller. Il est fourbue et il la tire par le bras !

Cette semaine de congés est passée comme une lettre à la poste. Il faut bien admettre qu’il n’a pas eu le temps de s’ennuyer !

Il a sommeil. En plus, avec tous ces événements il n’a rien prévu pour ses élèves. A son avis, ils risquent fort d’avoir un devoir sur table ! Ça leur fera un beau cadeau de rentrée, et lui, il fera semblant de somnoler en les surveillant, voire le contraire.

Dans une heure, il part au charbon ! Tiens, en parlant de charbon, juste à côté de sa bagnole, un bougnat est ouvert. Le tôlier, vêtu d’un tablier en grosse toile bleue écrue, sort des tables rondes qu’il roule comme des tonneaux, en les inclinant sur leur base circulaire. Il les aligne au cordeau le long de sa devanture. Il les pare, les encadre, de fauteuils en plastique moulé. En regardant les repose-culs, il ne peut s’empêcher de haïr ce matériau moderne qu’est le «plastoc».

L’homme a un âge certain. Un âge sans avenir ! Sans doute est-il encore à moitié endormi, car, malgré la pluie qui ne cesse de mordre la poussière, consciencieusement, sa main gantée d’une lavette humide, caresse le dessus de chaque guéridon. Alors que Jacky se dirige vers sa clio ! Sa carcasse devenue poids mort reprend vie. Il s’engouffre dans l’estaminet. Son boulet préféré le suit.

Ils se laissèrent choir sur une banquette rouge recouverte d’un faux cuir. Par endroits, des mégots incandescents ont brûlé le Skaï, laissant des trous sombres, ourlés d’une croûte noire. C’est bizarre, l’attrait des trous pour les doigts ! S’insinuer dans une cavité inconnue, la fouiller, l’explorer … l’agrandir. Il fait un effort pour retenir son index, qui déjà en caresse un autre.

Une table de bois, rectangulaire, les accueille. Sa patine raconte ses souffrances. Sa main la palpe et divague au gré de ses cicatrices. En frottant son pouce sur son épiderme luisant, son ongle forme et pousse un copeau de crasse, qui s’enroule sur lui-même et s’enfle en laissant derrière lui une griffure plus claire.

La salle est désuète, poussiéreuse, mais l’ensemble est douillet et chaleureux. Sur le comptoir, une énorme corbeille en rotin, débordante de brioches et autres gâteaux « pur beurre », tient compagnie à un présentoir en Bakélite grenat alvéolé, surchargé d’œufs durs et coiffé d’une salière.

En boitant, le maître des lieux vient s’informer de leurs désidératas et cinq minutes plus tard, avidement, ils engloutissent des croissants gorgés de café au lait. Ils se sentent revivre. Il croit même percevoir un sourire qui s’agrippe au coin des lèvres de Meg. Les coudes serrés l’un contre l’autre et plantés dans la table, maintenant rassasiée, elle grignote, sa musaraigne. Trempée ! Elle est à tordre, avec amour, délicatesse et douceur ! Ses cheveux plaqués sur son front lui donnent un air de chat mouillé, rentrant d’une longue nuit de chasse. Une miette est collée sur le bout de son nez. Sans vraiment la voir, ses yeux illuminés par ce brun provoquant, la devinent, la cherchent, donnant à son regard momentanément strabique, un doux flou enchanteur. Elle est belle, il l’aime, il a envie de lui faire l’amour, envie de la prendre dans ses bras crapuleux, d’arracher ses hardes dégoulinantes de ciel maussade, et de rouler avec elle dans une gigantesque serviette éponge blanche.

– «Eddy ! Si tu ne veux pas arriver en retard au lycée, il ne faut plus tarder.»

– «Ouais, je paye et on y va.»

Si elle savait comme il s’en moque d’arriver à l’heure. Aujourd’hui, il n’en n’ai rien à foutre du bahut. Aujourd’hui, cette semaine de folie est terminée et il voudrait lui dire combien …

– «Allez! Eddy, dépêche-toi de payer.»

– «Combien je vous dois ?» Demanda-t-il à l’antique serveur.

– «Deux grands crèmes et six croissants, ça nous fait, dix et dix, vingt et six fois cinq, trente qui nous font cinquante tout rond, les amoureux. Dites ? Faudrait p’être qu’elle se sèche la p’tite dame. L’a les lèvres toutes bleues. Elle pourrait bien prendre du mal.»

– «On y va de ce pas m’sieur.» Répondis-Jacky en réglant leurs agapes.

– «Si j’avais eu vingt ans d’moins, j’lui aurais bien proposé d’la frictionner, cette petiote !» Jubile le cabaretier.

– «Pour deux crèmes et six croissants ? Faut pas rêver Pépé.» Ironisa sa poule mouillée ! Ils étaient délicieux, mais quand même ! « Allez ! Bye, bonne journée et ne fantasmez pas trop, à votre âge, c’est mauvais pour le cœur !»

A sept heures, il déposa Meg au bas de leur immeuble.

– «Travaille bien Eddy.» Susurra-t-elle à son oreille après avoir explosé un gros bisou sur ma joue. «Travaille bien et soit prudent sur la route. Moi, je vais prendre une douche bien chaude, m’enrouler dans ton grand peignoir et m’enfouir sous ma couette.»

Elle claqua la portière et s’engouffra en courant dans le hall de l’immeuble.

– «C’est ça ! Repose-toi bien,» pensa-t-il en enclenchant la première.

A suivre …

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

19 réflexions sur « ERREUR FATALE … !!! – 25/31 »

  1. Bonjour Zaza .
    Le temps est carrément détraqué car logiquement nous devrions avoir de la neige chez nous , nous habitons quand même à 1350 mètres et il n’y en a pas , juste à peine un peu plus haut .
    Moi , ça ne me gène pas , mais ça n’est pas bon de faire tourner les canons à neige qui pompent de l’eau n’importe ou .
    Je te souhaite un bon Jeudi et fais attention à la grippe .
    Bisous de nous deux .

  2. On commence à bien les connaître ces deux-là et on se doute qu’ils ne vont pas abandonner comme ça! Pauvre Meg: tuer quelqu’un, cela doit être dur à avaler pour une personne normale! Bisous

  3. Ils ne risquent pas d’abandonner, ils ont ça dans le sang. Ils sont aussi profondément humains et ça les rend d’autant plus attachants. Tes descriptions sont toujours superbes ma Zaza, gros bisous soufflés par le vent glacé et une rasade bien chaude de grog d’amitié!!!
    Cendrine

  4. Il vont vraiment le faire ???
    Il faut dire qu’après avoir suicidé au marteau et tournevis un mec, il y a de quoi tirer l’échelle!
    A demain aux deux héros!
    Bises et belle journée

  5. …ça bouillonne dur dans ta cervelle ZAZA , t’es douée!
    Bonne soirée biz+
    …ici, ça wind de + en +, je reviens de la mer, impossible de tenir un appareil photo et pourtant j’ai mes planques.

  6. Y’a de l’amour dans l’air ça souffle dehors ça s’était un peu calme et ça recommence ça décoiffe sur le port … Je vis en décalé je dors la journée et le soir j’aime la nuit regarder les lumières et y’a pas ame qui vive dehors c’est le calme plat en ce moment. .. bises Zaza j’espère que cote santé ça va mieux pour toi

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