
« Vous connaissez des expressions anciennes ? Vous en connaissez des rigolotes, des savoureuses, des savantes fleurant bon notre France ? N’hésitez pas, joignez-vous à nous et publiez… »

Expression :
« Un vent à décorner les bœufs » ou « à écorner les bœufs »
Signification :
Un vent très violent.
Origine et définition :
Je ne sais pas vous, mais moi, j’imagine bien que, pour qu’il soit capable d’arracher les cornes de bovins, il faudrait que le vent soit extrêmement fort et qu’il emporte aussi les ardoises ou tuiles de toit et les antennes satellites.
L’image est donc claire, mais à ma connaissance et à celle de Météo France, personne ne s’est jamais plaint de s’être pris une corne dans la figure un jour de tempête.
Mais comment en sommes-nous venus à employer cette image plus ou moins curieuse ?
Deux théories pour expliquer cette expression…
Je vais mettre la charrue avant les bœufs et commencer par une théorie absente des ouvrages traitant de l’origine des expressions. Je l’ai dénichée par hasard dans un seul ouvrage, « Le correspondant », recueil périodique publié en 1876, que j’ai trouvé sur Internet.
Les bovins sur les navires
Selon cette théorie, l’expression aurait vu le jour sur les navires transportant des bovins.
Par grosse mer et par grand vent, la force du roulis poussait les bœufs tête première contre la paroi du navire. Sous le choc, leurs cornes se brisaient, s’arrachaient même, ce qui causait parfois leur mort. Le verbe « décorner » ou « écorner » prend ici un sens concret : il vente assez fort pour littéralement « décorner les bœufs ».
En milieu rural
Regagnons maintenant le plancher des vaches…
Cette théorie, la plus répandue sur Internet, se rapporte à l’ « écornage des bœufs » que l’on pratiquait dans les champs depuis au moins l’an 1200, époque où l’on recense pour la première fois le verbe « écorner ».
Jadis, les paysans écornaient les bœufs une fois par année pour éviter qu’ils se blessent les uns les autres ou que leurs cornes les gênent pendant qu’ils s’alimentaient. On procédait à l’opération par jour de grand vent, puis on faisait courir les bovins dans les champs, car cela permettait d’assécher la plaie et d’accélérer ainsi la cicatrisation. C’était également une façon d’empêcher la plaie de s’infecter au contact des mouches et autres insectes, qui sont attirés par le sang, mais fuient le vent. « Un vent à écorner les bœufs » signifie ici « un vent propice à l’écornage des bœufs ».
Cela aurait été bien plus simple si je n’étais tombée sur cet ouvrage de 1876 qui situe l’origine de l’expression sur les navires…
Doit-on invalider cette explication sous prétexte que je ne l’ai rencontrée qu’une fois ?
Les exemples d’emploi de la locution, dans un contexte rural, reviennent fréquemment dans mes recherches. Après tout, les occasions de dire qu’il faisait « un vent à décorner les bœufs » se sont sûrement offertes plus souvent aux éleveurs de bovins qu’aux capitaines de bateau, mais les deux théories me semblent plausibles.
Quoi qu’il en soit, j’aurais tendance à suivre le troupeau en adhérant à la théorie la plus répandue.
Complément :
On dit aussi « un vent à décorner les cocus », autres bêtes à cornes, mais cela dépend des régions et du type des animaux élevés. 🤣
Il s’agit d’une variante humoristique de la célèbre expression populaire « un vent à décorner [ou écorner] les bœufs ».
Exemples :
[…] le marin n’a pas ce vague d’expression, il trouve dans sa langue de quoi nommer tous les degrés, et, pour ainsi dire, toutes les nuances du vent; il a : brise, faible brise, jolie brise, bonne brise et brise carabinée. Et s’il a besoin d’exprimer par une idée comparative, ou la sensation que le vent lui fait éprouver ou la violence de ses efforts, il dit qu’il vente la peau du diable ou bien qu’il vente à décorner des bœufs […]
Augustin Jal – Scènes de la vie maritime – 1832
Il fait un vent à écorner les bœufs. Le vent souffle avec violence.
Dictionnaire de l’Académie française – 6e édition, 1835
Nous n’avons pas comme vous de longs rubans de queue à suivre, et quand le vent souffle à décorner des bœufs, à faire plier le pouce en dehors, nous sommes toujours en alerte et l’œil ouvert au bossoir, car la terre est là, devant, derrière, à côté, partout et… enfoncé, voilà.
Jacques Arago – Souvenirs d’un aveugle : Voyage Autour Du Monde, 1839
On lui fit remarquer qu’à l’endroit où l’on était souffle, pendant au moins cent cinquante jours par an, un vent non seulement à décorner les bœufs, mais à emporter les bœufs eux-mêmes.
Jean Giono – « La Méditerranée », 1959
En ce jour de deuil, Jean Galfione fait ses adieux à l’athlétisme mondial. Gêné par un vent à décorner les bœufs, le champion olympique d’Atlanta ne parvient pas à passer les qualifications de la perche.
V. Bregevin – Eurosport 15/08/2005
Oh putain, y a vraiment un vent à décorner les bœufs dehors, on se dépêche », ajoute-t-il en claquant le porte de la voiture après s’être laissé choir sur le siège passager.
Olja Savičević, Adios cow-boy, traduit du croate par Chloé Billon, Jean-Claude Lattès, 2020

Oui, connue, hélas quand le vent a soufflé à faire notre malheur…. merci, bises jill
bonjour
bien choisie
hier çà décornait les boeufs en effet
bises kénavo ZAZA
Bonjour, on l’utilise !
LE VENT décorne les ont-dit aussi …
Je n’aime pas le grand vent
Merci ZaZa pour le fruit de tes recherches
Rose
J’adore!
Bonne journée Zaza
Bisous
Bonjour Zaza !
Le dicton instantané du jour :
« Les jours de vent fort, si tu es cocu, dehors jamais tu ne sors ! » 💨 🍃 🌬
Épicétout ! 😵💫🥴😜
Pierre
Merci pour tes recherches très intéressantes, une expression connue.
Très belle journée
bises
Super bien choisie, bien connue et bien expliquée…
Comme toi, j’aurais tendance à suivre le troupeau en adhérant à la théorie la plus répandue…
Bisous du jeudi ma Zaza
Celle-là, je ne la connaît que trop bien, quand il y avait des cyclones, il valait mieux rentrer les boeufs car ce ne sont pas seulement les cornes qui s’envoleraient !
Bises et belle journée
Bonjour Zaza une expression connue, je découvre son ou ses origines ! Bon jeudi bisous.
la phrase de Giono me semble très significative…
chère ZAZA ici le vent s’est lévé il est donné par météo France a 90 kmh
On a donc pris les précautions d’usages.
si non les beufs n’auront plus de corne.
François
Bonjour Zaza, pas en avance « la Marie » , j’aime bien cette expression et aujourd’hui depuis un peu, le vent souffle dur dans le bois au-dessus de chez nous et pas chaud . Bonnes explications , il est toujours bon de savoir l’origine de ces expressions. Bisous bonne journée MTH