N’oun-Doaré … !!! 3/3

Extraits des Contes Populaires de Basse Bretagne

9782737340895

Bez’a zo brema pell-amzer’
D’ar c’houlz m’ho devoa dennt ar ier.

 Il y a de cela bien longtemps,
Quand les poules avaient des dents

Et N’oun-Doaré s’écria :
— « Roi des oiseaux, venez à mon secours, je vous prie ! »

Aussitôt, le roi des oiseaux arriva et demanda :
— « Qu’y a-t-il pour votre service, N’oun-Doaré ? »
— « Le roi, dit-il, veut que je lui rapporte, sous peine de la mort, l’anneau de la princesse du Bélier d’Or, qui est resté à son château, dans un cabinet dont elle a perdu la clé ».
— « Rassurez-vous », dit l’oiseau, « l’anneau vous sera rapporté ».

Et aussitôt il appela tous les oiseaux connus, chacun par son nom. Ils arrivaient tous, à mesure que leurs noms étaient prononcés; mais, hélas !  Aucun d’eux n’était assez petit pour pouvoir pénétrer dans le cabinet de la princesse, par le trou de la serrure. 

Le roitelet seul avait quelque chance d’y réussir ; il fut donc envoyé à la recherche de l’anneau.

Avec beaucoup de mal et en y laissant presque toutes ses plumes, il parvint à s’introduire dans le cabinet, prit l’anneau et l’apporta à Paris.

N’oun-Doaré courut aussitôt le présenter à la princesse.
— « A présent, princesse », lui dit alors le roi, « vous n’avez sans doute plus de raison de retarder davantage mon bonheur ? »
— « Il ne me manque plus qu’une chose pour vous satisfaire, sire, mais il me la faut, ou rien ne sera fait », répondit-elle.
— « Parlez, princesse, ce que vous demanderez sera fait ».
— « Eh bien, faites-moi apporter mon château ici, vis-à-vis du vôtre ».
— « Apporter votre château ici !… Comment voulez-vous ?… »
— « Il me faut mon château,  vous dis-je, ou rien ne sera fait ».

Et N’oun-Doaré fut encore chargé d’aviser aux moyens de transporter le château de la princesse, et il se mit en route avec sa jument. Quand ils arrivèrent sous les murs du château, la jument parla de la sorte :


— « Appelez à votre secours le roi des démons, que vous avez délivré de ses chaînes, à notre premier voyage ».

Il appela le roi des démons, qui vint et demanda :
— « Qu’y a-t-il pour votre service, N’oun-Doaré ? »
— « Transportez-moi le château de la princesse du Bélier d’Or à Paris, devant celui du roi de France, et tout de suite ».
— « C’est bien, cela va être fait à l’instant ».

Et le roi des démons appela ses sujets,

dont il vint toute une armée, et ils déracinèrent le château du rocher sur lequel il se trouvait, l’enlevèrent en l’air et le transportèrent à Paris.

N’oun-Doaré et sa jument les suivirent et y arrivèrent aussitôt qu’eux.

Le matin, les Parisiens furent tout étonnés de voir l’éclat du soleil levant sur les dômes d’or du château et crurent à un incendie; aussi, criait-on de toutes parts :

« Au feu ! Au feu !… »

Mais la princesse reconnut facilement son château et se hâta de s’y rendre.
— « A présent, princesse », lui dit le roi, « il ne vous reste plus qu’à fixer le jour des noces ».
— « Oui, mais il me faut encore une petite chose avant », répondit-elle.
— « Quoi donc, princesse ? »
— « La clé de mon château, qu’on ne m’a pas rapportée, et sans laquelle je ne puis y entrer ».
— « J’ai ici des serruriers très habiles, qui vous en feront une nouvelle ».
— « Non, personne au monde ne peut fabriquer une nouvelle clé capable d’ouvrir la porte de mon château; il me faut l’ancienne, qui est au fond de la mer ».

En se rendant à Paris, comme elle passait par-dessus la mer, elle l’avait laissée tomber au fond de l’abîme.

N’oun-Doaré est encore chargé de rapporter à la princesse la clé de son château, et il se remet en route avec sa vieille jument.  Arrivé au bord de la mer, il appelle à son secours le roi des poissons.

Celui-ci arrive aussitôt et demande :
— « Qu’y a-t-il pour votre service, N’oun-Doaré ? »
— « Il me faut la clé du château de la princesse du Bélier d’Or, que la princesse a jetée à la mer. »
— « Vous l’aurez », répond le roi.

Et il appela aussitôt tous ses poissons, qui se hâtaient d’accourir, à mesure qu’il prononçait leurs noms; mais, aucun d’eux n’avait vu la clé du château. Seule, la vieille n’avait pas répondu à l’appel de son nom.

Elle finit par arriver aussi, portant dans sa bouche la clé, qui était un diamant d’une très grande valeur. Le roi des poissons la prit et la donna à N’oun-Doaré.

N’oun-Doaré et sa jument retournèrent aussitôt à Paris, heureux et sans souci, cette fois, car ils savaient que c’était leur dernière épreuve.

La princesse ne pouvait plus reculer et temporiser, et le jour du mariage fut fixé.

On se rendit à l’église, en grande pompe et cérémonie, et N’oun-Doaré et sa jument suivaient le cortège et entrèrent aussi dans l’église, au grand étonnement et grand scandale de tout le monde.

Mais, quand la cérémonie fut terminée, la peau de la jument tomba à terre et laissa voir une princesse, d’une beauté merveilleuse, qui présenta la main à N’oun-Doaré, en disant :
— « Je suis la fille du roi de Tartarie; venez avec moi dans mon pays, N’oun-Doaré, et nous nous y marierons ensemble. »

Et N’oun-Doaré et la fille du roi de Tartarie, laissant le roi et la société tout ébahis, partirent ensemble, et, depuis, je n’ai pas eu de leurs nouvelles.

Conté par Vincent Coat, ouvrier de la manufacture des tabacs de Morlaix, avril 1874.

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

15 réflexions sur « N’oun-Doaré … !!! 3/3 »

  1. Je suis une mamie qui adore les contes comme mes petits élèves à qui j’en ai tant lu !! (il y a quelques années !!!).
    Merci ZAZA pour ce blog plein de bonne humeur
    Belle journée

  2. Un grand bravo pour ce joli conte qui se termine bien et merci à toi de nous l’avoir rapporté. Gros bisous, Zaza et merveilleuse journée

  3. Merci beaucoup pour ce conte , c’était vraiment génial , j’ai bien aimé l’arrivée de la vieille avec le diamant , c’est un poisson que je trouve superbe, des couleurs magnifiques et artistiquement disposées .
    Bisous

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