« Douleur-Bataille » – Poésie du mardi … !!!

Thème « Douleur-Bataille » Choix de Gazou

Le Chat et le Vieux Rat

  ILLUSTRATION DE JEAN BAPTISTE OUDRY (1755)

J’ai lu chez un conteur de Fables,
Qu’un second Rodilard, l’Alexandre des Chats,
L’Attila, le fléau des Rats,
Rendait ces derniers misérables :
J’ai lu, dis-je, en certain Auteur,
Que ce Chat exterminateur,
Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde :
Il voulait de Souris dépeupler tout le monde.
Les planches qu’on suspend sur un léger appui,
La mort aux Rats, les Souricières,
N’étaient que jeux au prix de lui.
Comme il voit que dans leurs tanières
Les Souris étaient prisonnières,
Qu’elles n’osaient sortir, qu’il avait beau chercher,
Le galant fait le mort, et du haut d’un plancher
Se pend la tête en bas : la bête scélérate
A de certains cordons se tenait par la patte.
Le peuple des Souris croit que c’est châtiment,
Qu’il a fait un larcin de rôt ou de fromage,
Egratigné quelqu’un, causé quelque dommage,
Enfin qu’on a pendu le mauvais garnement.
Toutes, dis-je, unanimement
Se promettent de rire à son enterrement,
Mettent le nez à l’air, montrent un peu la tête,
Puis rentrent dans leurs nids à rats,
Puis ressortant font quatre pas,
Puis enfin se mettent en quête.
Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite ; et sur ses pieds tombant,
Attrape les plus paresseuses.
« Nous en savons plus d’un, dit-il en les gobant :
C’est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses
Ne vous sauveront pas, je vous en avertis :
Vous viendrez toutes au logis.  »
Il prophétisait vrai : notre maître Mitis
Pour la seconde fois les trompe et les affine,
Blanchit sa robe et s’enfarine,

Et de la sorte déguisé,
Se niche et se blottit dans une huche ouverte.
Ce fut à lui bien avisé :
La gent trotte-menu s’en vient chercher sa perte.
Un Rat, sans plus, s’abstient d’aller flairer autour :
C’était un vieux routier, il savait plus d’un tour ;
Même il avait perdu sa queue à la bataille.
« Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,
S’écria-t-il de loin au Général des Chats.
Je soupçonne dessous encor quelque machine.
Rien ne te sert d’être farine ;
Car, quand tu serais sac, je n’approcherais pas.

C’était bien dit à lui ; j’approuve sa prudence :
Il était expérimenté,
Et savait que la méfiance
Est mère de la sûreté.

Jean de La Fontaine (1621-1695)

La Fontaine trouvé un truc infaillible pour écrabouiller la société de son époque sans se retrouver embastillé, supplicié, voire décapité, privilège de la noblesse, la roue, le gibet c’était bon pour les pauvres…
Il avait réussi à se faire passer pour un rigolo, voire pour un simplet quand les zélotes du Roy allaient se plaindre de l’effronté en haut lieu…  
La preuve qu’il ne respecte rien, c’est que chez lui, le chat peut perdre la bagarre contre le rat, du coup à Micetto (paradis des chats), on devrait lui en vouloir mais que nenni ! C’est tellement bien écrit et tellement bien vu, que le chat le plus inventif (chacun met derrière ce symbole le personnage public qu’il veut… la politique actuelle n’est par exemple pas avare de perversions…) peut se faire avoir par un vieux rat qui réfléchit toujours au deuxième degré, à ce qui peut être caché derrière une apparence.
Dans le genre moderne, nous avons eu, certains sont toujours sacrément vivants, des gens comme Coluche,Le Luron, Devos, Bedos, qui tout en faisant rire, nous montrent tels que nous sommes, ce qui n’est pas toujours gratifiant mais à travers l’humour on croit toujours que ce sont les autres qui sont visés…  
Eh bien, dans cette fable de La Fontaine que vous venez de lire, il est possible de résumer une grande part de ce qui se passe en ce moment, en France, dans le monde, chez les tolérants comme chez les ultras religieux, en politique à droite comme à gauche et sur leurs extrêmes respectifs…  

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

20 réflexions sur « « Douleur-Bataille » – Poésie du mardi … !!! »

  1. Oui, tu as parfaitement raison, dans ton raisonnement. Il y aurait matière pour eux en ce moment. Ils nous manquent. Gros bisous, ma chère Zaza, et très agréable journée

  2. La fontaine n’avait pas son pareil pour cibler la société qui l’entourait, et il en égratignait du monde .
    Les humoristes savent aussi mettre le doigt sur les travers de la politique , le rire fait passer bien des choses en effet.

  3. Jean est allé voir du côté d’Ésope qui lui était allé plus loin dans le temps encore chercher l’inspiration, ces fabuliste sondent le fond de l’humain (qui change peu ?)

  4. je ne vois plus mon com ?

    je disais merci pour ta participation-
    ton analyse est bonnne– comme le fou du roi autrefois– il ne craignait rien- se permettait tout-
    Coluche- Le Luron etc faisaient pareil— je regrette Coluche— il avait de bonnes idées et un grand coeur-
    bisous-

  5. Tout à fait d’accord avec toi.
    Les fables n’ont pas vieilli, on peut toujours les lire à la lumière de ce qui se passe aujourd’hui.
    Merci, ma Zaza.
    Bisous et douce journée.

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