La Poésie du mardi … !!!

Le thème choisi par Mamykool :

« Le temps qui passe-Souvenirs »

Venus pudica – (Palazzo Massimo)

J’aime le souvenir de ces époques nues,
Dont Phoebus se plaisait à dorer les statues.
Alors l’homme et la femme en leur agilité
Jouissaient sans mensonge et sans anxiété,
Et, le ciel amoureux leur caressant l’échine,
Exerçaient la santé de leur noble machine.
Cybèle alors, fertile en produits généreux,
Ne trouvait point ses fils un poids trop onéreux,
Mais, louve au cœur gonflé de tendresses communes,
Abreuvait l’univers à ses tétines brunes.
L’homme, élégant, robuste et fort, avait le droit
D’être fier des beautés qui le nommaient leur roi ;
Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures,
Dont la chair lisse et ferme appelait les morsures !

Le Poète aujourd’hui, quand il veut concevoir
Ces natives grandeurs, aux lieux où se font voir
La nudité de l’homme et celle de la femme,
Sent un froid ténébreux envelopper son âme
Devant ce noir tableau plein d’épouvantement.
Ô monstruosités pleurant leur vêtement !
Ô ridicules troncs ! torses dignes des masques !
Ô pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques,
Que le dieu de l’Utile, implacable et serein,
Enfants, emmaillota dans ses langes d’airain !
Et vous, femmes, hélas ! pâles comme des cierges,
Que ronge et que nourrit la débauche, et vous, vierges,
Du vice maternel traînant l’hérédité
Et toutes les hideurs de la fécondité !

Nous avons, il est vrai, nations corrompues,
Aux peuples anciens des beautés inconnues :
Des visages rongés par les chancres du cœur,
Et comme qui dirait des beautés de langueur ;
Mais ces inventions de nos muses tardives
N’empêcheront jamais les races maladives
De rendre à la jeunesse un hommage profonde,
– A la sainte jeunesse, à l’air simple, au doux front,
A l’œil limpide et clair ainsi qu’une eau courante,
Et qui va répandant sur tout, insouciante
Comme l’azur du ciel, les oiseaux et les fleurs,
Ses parfums, ses chansons et ses douces chaleurs !

Charles Baudelaire (1821-1867) – Recueil : Les fleurs du mal (1857).

Le poète fait part de son intérêt pour l’Antiquité et regrette que l’époque dans laquelle il vit soit si dégradée. Il dépeint un portrait des hommes et des femmes très sombre. Il termine sur une note plus gaie : la jeunesse.

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

19 réflexions sur « La Poésie du mardi … !!! »

  1. J’adore! Baudelaire en majesté et à travers les mots de sa plume, des visions d’Antiquité qui cisèlent le concept du Beau!
    Un très beau choix, merci ma Zaza, que tes rêves soient doux et réconfortants
    Je pense bien à toi, grosses bises pour tous les deux
    Cendrine

  2. Le temps passe sur les choses, les personnes aimées, les désunis, il fait son oeuvre et le poete le ressent, bon c’est pas gai tout ça, haut les coeurs Zazounette

  3. Tres bon choix Zaza , en effet il n’est pas des plus tendres pour les hommes dans ce poème , pour le délitement des corps et des âmes heureusement la jeunesse trouve grâce à ses yeux mais elle n’est pas éternelle et c’est ce qui cause son tourment .

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