Les croqueurs de mots – Défi NR 204 … !!!

défi croqueurs de mots

Défi NR 204 –

Nous fêtons la Saint Robert !  A vous de nous parler des Roberts célèbres ou non, du petit Robert, de la ville de Robert, des roberts, que sais-je encore… !!! En prose ou en rime, et surtout de tenter de nous faire sourire.

plage

Robert et ses amis étaient arrivés les premiers et aussitôt avaient occupé la plage avec leurs parasols et serviettes. Les autres n’avaient pas tardé à les rejoindre. La coutume voulait, dans cette bande de copains  inaugure les activités balnéaires au premier rayon de soleil. On se retrouvait avec femmes et enfants pour un pique-nique et un premier bain de mer, pour les plus hardis.

Avec son panier et sa glacière, la pin-up de la bande les avait rejoints un peu en retard. Robert l’avait tout de suite remarquée. Elle était maintenant assise sur sa serviette, ses bras entourant ses jambes pliées. Elle regardait la mer, l’air perdu dans ses pensées. Dernière arrivée dans la bande, c’était une célibataire, tout comme Robert.
Elle n’était pas mignonne, elle « avait du chien ». Nez prononcé, pommettes hautes et saillantes, lèvres charnues, yeux vert foncé qui lui donnaient du caractère. Ses cheveux bruns, légèrement ondulés, étaient retenus par un crayon, fixé à la hâte pour éviter qu’ils ne s’emmêlent. Elle portait un maillot de bain deux-pièces, ocre-jaune, qui rehaussait son teint naturellement mat. Elle était parfaite, sculpturale. D’un coup de crayon, Robert l’aurait volontiers croquée.
Pour le moment, abrité derrière ses lunettes de soleil, Robert se contentait sans vergogne de faire son inventaire. Il passait en revue sa plastique. Pieds fins, jambes galbées et musclées, taille de guêpe, ventre plat, roberts impeccables et pigeonnants d’après ce qu’il pouvait en juger, ni trop gros, ni trop petits. Il détestait les gros seins, lourds, synonymes pour lui d’allaitement, et qui, inexorablement, selon les lois de la pesanteur, avaient une tendance à s’effondrer. Pas plus qu’il n’appréciait les seins « riquiqui », qui donnaient aux femmes des allures d’homme.
Elle regarda Robert.
Aussitôt il baissa les yeux, gêné à l’idée qu’elle surprenne son regard. Tout à coup, il se sentit gauche et lourdaud. D’un geste rapide, il pinça entre deux doigts un bourrelet naissant. Ces petites poignées d’amour n’avaient rien de coquin ou séduisant… Il est vrai que son métier de commercial, en passant sa vie en voiture et abusant de repas au restaurant, ne l’aidait pas ! Il  se redressa, rentra l’estomac, bomba un peu le torse. Robert avait une bonne tête, n’était pas mal fait, à ce que l’on disait, mais il s’était négligé avec le temps. Mentalement, il se mit à prendre de bonnes résolutions : il allait limiter les bons repas, se remettre à courir, et d’ailleurs, dès aujourd’hui, braver la fraîcheur et nager. Cette petite était trop craquante. Il n’arriverait à rien avec elle s’il ne se reprenait pas en mains.

Erwann, le joyeux drille de la bande, proposait d’aller tâter l’eau. L’air goguenard, il ajouta à l’adresse des filles :

– « Faut y aller les roberts à l’air, ça ne peut pas leur faire de mal après une si longue hibernation ! » Et il éclata de rire.

Elle lui jeta un regard noir et plongea le nez dans son sac.  Pour cacher son trouble, elle continuait à farfouiller pour en sortir un tube de crème solaire. Elle commença à s’en enduire avec application. Elle massait ses longues jambes, se déhanchant d’une fesse sur l’autre pour atteindre le haut de la cuisse, puis les bras, le cou ; méthodique, elle descendait vers la poitrine et le ventre.
Et Robert la matait.
Elle commença à se contorsionner et montrait quelques difficultés pour atteindre le dos. C’était le moment où jamais ! Robert lui proposa son aide. Elle leva la tête, interloquée, puis accepta. Elle avait fait glisser les bretelles de son soutien-gorge pour libérer ses épaules, Robert étalait la crème. Il sentait le grain fin de sa peau. Il s’appliquait, attentif à ne pas se coller de sable sur les doigts, au risque de faire évoluer le doux massage en gommage abrasif. Elle, un peu crispée au début, se décontractait sous les mains expertes de Robert. Sa nuque s’était relâchée, sa tête tombait sur sa poitrine, son dos s’arrondissait. Elle s’abandonnait.
Tout à ses sensations, Robert, d’un geste maladroit, accrocha l’attache du soutien-gorge… Bien qu’elle, en une fraction de seconde, ait plaqué ses mains sur sa poitrine, il était trop tard ! Il avait eu le temps d’apercevoir deux roberts minuscules. À ses pieds gisait l’objet de ses fantasmes… Un pathétique soutien-gorge avec coussinets et push-up.
Bras ballants, œil rond, bouche ouverte, Robert ne réussit qu’à articuler avec peine :

– « Et… Euh… Jane Birkin, t’aime bien toi ? » ….

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

21 réflexions sur « Les croqueurs de mots – Défi NR 204 … !!! »

  1. Pourtant tout avait bien commencé pour faire une belle romance .. Pauvre Robert , quelle désillusion ! Mais il s’en remettra .
    Une fin amusante à laquelle on ne s’attend pas.
    Mon Robert à moi est plus bucolique! Bisous

  2. Bravo Zaza tu nous as tenu en haleine jusqu’au bout , quelle chute , celle des illusions de Robert mais peut être qu’il saura passer outre sait on jamais
    Bonne journée Zaza
    Bises

  3. Hé hé, Zaza, en plein dans le mille du sujet ! Bravo, belle nouvelle aux trois roberts ! La chute (pas de reins), je ne m’y attendais pas ! Ton Robert n’a plus qu’à aller se jeter à l’eau et quelques brasses lui remettront de l’ordre dans les idées ! La pauvre jeune femme dont le secret est éventé, va-t-elle s’enfuir ou aller aussi se baigner (c’est ce que je ferais !). Gros bisous.

  4. tu m’as fait sourire à cette histoire et à sa fin tragi-comique et en ce moment c’est un exploit … Je suis à la bourre mon texte, pas tout à fait achevé était resté dans mes brouillons. Je viens de le publier sans peaufiner vu l’heure … bises

  5. Oh le coup du soutien-gorge, tu m’as fait trop rire!!!
    Ben voilà, quand on utilise des trucs… ça revient en boomerang…
    Faut assumer ce qu’on a ou ce qu’on n’a pas, pas toujours facile, je sais mais au moins on nous apprécie pour nos atouts réels…
    Très bien écrit ton texte, prenant et savoureusement drôle!
    Gros bisous et merci
    Cendrine

  6. c’est superbement vivant ; je suis au bien Robert que la belle demoiselle ; et finalement quand on tombe amoureux, on oublie la plastique de l’autre.
    En tout cas, Robert, un peu grassouillet, a les mains tendres , c’est un bon début.
    Merci pour ta visite sur mon blog ; je voulais juste te dire que les handicapés en fauteuil roulant, ne représentent que 5 % du total des handicapés ;
    Bises

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