Petite histoire de korrigans … !!!

Près du petit village, entre la lande de Gurwan et la forêt de Paimpont …

lande de Gurwan et la forêt de Paimpont

Des chaumières ou plutôt les huttes, étaient bâtis , à l’endroit où l’on trouve plus de pierre que l’on ne récolte de grains de blé,vivait il y a bien longtemps un « keizh devezhour kozh » ( pauvre vieux journalier ) .

 dessin chaumière bretonne

Il n’avait qu’une fille , une pauvresse, assez jolie pour sa condition, et trop coquette pour une fille sans fortune.

Elle employait les petits sous que gagnait son bonhomme de père à s’acheter des coiffes et des jupes brodées à Ploërmel, au lieu de rapporter du tabac au vieux journalier, mais pourvu que Louane, (elle s’appelait ainsi), eût de la toilette, le reste la touchait peu, tant son coeur était sec et vide .

belle bretonne

Beaucoup de « kouerien bihan » (petits paysans), qui valaient bien mieux qu’elle, la recherchaient en mariage. Louane faisait la difficile, promettait à l’un la préférence pour un ruban, à l’autre pour une paire de souliers, mais ne tenait pas ses promesses.

Dans une cabane voisine, sur la lande, habitait un jeune sabotier, sans parents, pauvre comme job, nommé Jakez Morvan, simple de coeur et d’esprit. Il soupirait aussi pour Louane, mais jamais il n’avait osé le lui dire.

sabotier breton

Cent fois, il avait suivi la fille du devezhour dans les chemins creux, avec l’intention de lui causer. Par malheur, notre niais se troublait en l’abordant, et ne pouvait lui dire deux syllabes d’affilés, tout au plus, tant il était impressionné. Il bégayait, était borgne, et plus laid qu’un tailleur de Malestroit. On conçoit que sa conversation ne pouvait qu’amuser Louane !

Une fois cependant , Jakez Morvan, réussit à passer trois syllabes et à faire comprendre qu’il voulait l’épouser vers la fauchaison. Louane, au lieu de rire, comme on aurait pu le croire, écouta sérieusement la proposition .

– « C’est bien, j’y consens », dit-elle. « Mais nous ferons la noce quand tu seras beau, que ta langue pourra jaser couramment. »

Jakez Morvan encouragée par la drôlesse fut ravi de cette réponse. Il se souvint alors que l’on disait des choses étonnantes d’un sorcier de Kamorzh !

Un pauvre boiteux et bossu l’an passé allant le consulter était devenu, un beau jour, droit comme un paludier de Guérande, et cela tout simplement parce qu’il avait dansé, au clair de lune, avec les korils de Paimpont .

Notre Jakez songea, dans sa pauvre cervelle, que pour avoir ses deux yeux, être riche et être tourné au gré de Louane, il danserait bien trois nuits entières avec les korrigans.

Il s’en fut donc le soir même trouver le sorcier de Kamorzk, et lui conta son histoire. Celui-ci moyennant un écu de bel argent que Morvan avait économisé pour avoir un chapeau neuf, lui défila tout son chapelet, en buvant du cidre plus que de raison !

tailleur

Alors le sorcier, tailleur de son état, et jovial comme les gens de son métier, lui dit entre deux chopines :

– « Vois-tu, mon petit Morvan, quand la lune brillera sur les landes de Gurwan, tu iras à minuit au village des korrigans. Tu … tu … comprends, mon mignon, »  dit le sorcier au trois quart ivre.
– « Je comprends, » répondit le borgne.
– « Ne t’effraie pas des cris que poussent les korni … les korni-kaneds,  » ajouta le sorcier de Kamorzh, » tu auras soin d’éviter les bois … et d’aller toujours … toujours par les landes. »
– « J’irai sur les landes, » dit Jakez Morvan.
– « Bientôt tu entendras, de tous les côtés, crier haw, haw,haw … et tu verras arriver des milliers de petits korrigans sortant de leur village, » dit le sorcier en baillant… « Pour lors, tu t’arrêteras, mon mignon, les korils chanteront tout à l’entour de toi : lundi, mardi , mercredi, et tu leur offriras poliment de conduire la … la danse. »
– « Je conduirai la danse, » répéta le borgne …
– « Après, tu finiras la chanson en ajoutant les autres jours de la semaine, et les nains seront si contents qu’ils te diront de faire un souhait … Tu comprends … »
– « Je comprends, » répondit le borgne.
– « Oui, je ferai un souhait, » répondit Jakez Morvan enchanté, si bien qu’avant de s’en aller, il donna au sorcier, en sus de son écu, une pièce de deux sous qu’il gardait pour ses menus plaisirs.

Le lendemain à minuit, comme la lune éclairait les bruyères, le sabotier se mit en marche sur la lande de Gurwan. Ce que lui avait annoncé le sorcier arriva en tous points : les korni-kaneds faisaient un tapage effroyable dans les bois, cependant le chercheur d’aventures continua son chemin .

dolmen

Arrivé près des dolmens et des menhirs qui ressemblaient à autant de géants, les uns couchés , les autres debout , il entendit la musique des korrigans : Haw, haw, haw …

– « Voila les petits duz de la nuit, » pensa Jakez.

En effet, il vit une foule de petits korils qui lui barraient le passage.

korrils

Il s’arrêta ! En même temps, la bande joyeuse se mit à sauter en cercle autour de lui , en criant à tue tête :

– « Tu vas là danser, Jakez, tu vas là danser. »
Ce qui voulait dire « nous allons joliment te tracasser. »
– « Bonsoir, Duzigou, (mes petits), « leur dit le borgne en tirant son chapeau.

Le bal commença à l’instant , et les korrigans de crier, en se trémoussant comme des damnés :

danse des Korrigans

« Dilun, Dimeurzh, Dimerc’her, Diriaou, Digwener, ha Disadorn, ha Disul ivez ! Ha sihun echu eo.  » « 

(Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, et samedi, et dimanche aussi ! Et la semaine est terminée). 

Ils tournoyaient aussi vite que la roue d’un moulin par un grand vent. Jakez Morvan, entraîné par la ronde infernale, tournait, tournait à perdre haleine ! Tout étourdi, il tomba sur le dos … mais les korils, qui voulaient rire encore, le relevèrent tout exténué, et l’assirent sur un tas de lande.

– « Doucement, mes petits moricauds, laissez-moi souffler un peu, s’il vous plaît. »
– « Souffle donc à ton aise, et puis tu chanteras avec nous:
Dilun, Dimeurzh, Dimerc’her, ha Diriaou, Digwener ! »
– « Ha Disadorn ivez. (Et samedi aussi).  C’est fini. » ajouta en balbutiant, le pauvre essoufflé.

A ces mots la ronde recommença avec des cris frénétiques :

korils

–  « Disorn, Disorn, ce n’est pas fini ! Achève  achève, maudit borgne. »

Jakez essaya de nouveau et ne put dépasser le samedi. Les korrigans devinrent furieux. Plus ils criaient au sabotier :

– « Achève, achève, encore, encore ! »

Et plus les korils gesticulaient, moins le pauvre homme comprenait ce qu’ils demandaient. Enfin, les cris s’apaisèrent peu à peu, et les korils entourant Jakez Morvan, lui demandèrent de formuler un souhait.

– « Je demande … je souhaite … je veux, » reprit le borgne qui avait perdu la boule, je veux … comme le sorcier de Kamorzk… »
– « Explique-toi mieux, » répondirent les malins en trépignant des pieds.
– « Je vous demande ce qu’il a eu … la … enfin, quoi, comme lui ! »

Un cri de gaîté diabolique couvrit la voix du pauvre Jakez, et la fin de la phrase ne fut pas entendue la petite troupe de fripouilles. Les korrigans entonnèrent tous à la fois .

– « Bosse , bosse … tu vas être servi à l’instant cher ami. »

La-dessus le bal recommença par une ronde furieuse.

korils

Jakez Morvan fut alors :

  • poussé,
  • ballotté,
  • secoué par mille petites mains de fer qui le faisait pirouetter comme une toupie,
  • jusqu’à ce qu’épuisé de fatigue et de peur, il tombât anéanti sur la terre.

Lorsqu’il revint à lui, la lande était solitaire et sombre, les korrigans avaient disparus. Jakez se releva avec grand peine, tant ses membres étaient moulus et disloqués.

De plus, il portait sur le dos un poids dont il ne pouvait se rendre compte.

bossu

Le malheureux était devenu bossu, sans avoir récupéré, ni la beauté, ni la fortune qu’il espérait. Les korils ayant compris, ou fait mine de comprendre, qu’il demandait une bosse … la bosse du sorcier Kamorzk… !

Jakez revint tout penaud au village, n’osant plus se montrer à la grand-messe de sa paroisse ! Il alla chercher son pain du côté de Saint-Meen et de Gourhel. Le sorcier riait dans sa barbe de l’aventure du pauvre borgne, et ne voulut point lui rendre son argent.

Peu de temps après, le sorcier de Kamorzk retourna danser pour la seconde fois avec les korrigans. Et pour finir la chanson non terminée par Jakez, il ajouta :

– « Ha Disul ivez (Et dimanche aussi) . Ha sihun echu eo (Et la semaine est terminée). »

Ainsi les korils furent délivrés de leur engagement par ces paroles. Ils donnèrent en récompense au sorcier de Kamorzh, la fortune et la beauté que Jakez espérait.

Ce petit tour, sur le dos du pauvre Jakez Morvan,  lui permit d’épouser notre bougresse de Louane.

couple de bretons

Mais, le sorcier de Kamorzh fut bien puni !

Trois ans après les noces, Louane avait dépensé tout son argent en rubans, fanfreluches, cotillons ! Bien que mariée, elle n’avait pas eu d’enfant. Son coeur était aussi stérile que son ventre et devint encore plus sec et vide qu’auparavant.

Son père, ce « keizh devezhour kozh » (ce pauvre vieux journalier) avait rendu l’âme.

Elle resta veuve jusqu’à la fin de ses jours en tirant le diable par la queue !

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

32 réflexions sur « Petite histoire de korrigans … !!! »

  1. Une délicieuse histoire fantastique à emporter au creux des rêves, dans la nuit réelle qui devient chimérique…
    Les illustrations sont remarquables, bravo pour ce travail magnifique de documentation.
    Et bien, quelle « femme », un personnage fort bien croqué et cette danse, elle m’emporte… envie de guincher avec des petits lutins :)
    Gros bisous et une douce et belle journée
    Cendrine

  2. le nom de cette forêt me plait bien, j’imagine voir beaucoup d’enfants y jouer……pourquoi cette idée ce matin….est-ce que je retourne moi même en enfance….hihihi…..en attendant je te souhaite une bien agréable journée

  3. Voila une belle histoire … Ta série de photos : j’adore !
    Tu me parle également d’une région que je connais très peu,
    c’est un plaisir de faire cette découverte sur ton blog.
    Je te souhaite une bonne journée . Cordiales amitiés & à +

  4. Bonjour,
    une belle fable, j’aime bien, c’est un peu comme une soirée au coin de l’âtre à écouter les anciens raconter ses légendes.
    Bonne journée
    Bises

  5. Merci pour cette superbe histoire Zaza , Jakez en voilà un qui ne reculait devant rien mais l’amour exige bien des sacrifices et des désillusions . De tres belles illustrations aussi pour accompagner ce conte .
    Bon jeudi
    Bisous

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