« Rien ne s’arrête, rien n’est fini » – Défi N°184 … !!!

Les défis de la plume d'Evy

Thème : « Rien ne s’arrête, rien n’est fini »

Souvenir !

Portrait du Julie Charles – Musée Faure, Aix-les-Bains (73)

En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace ;
Dans mon âme rien ne t’efface,
Ô dernier songe de l’amour !

Je vois mes rapides années
S’accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi
Voit tomber ses feuilles fanées.

Mon front est blanchi par le temps ;
Mon sang refroidi coule à peine,
Semblable à cette onde qu’enchaîne
Le souffle glacé des autans.

Mais ta jeune et brillante image,
Que le regret vient embellir,
Dans mon sein ne saurait vieillir
Comme l’âme, elle n’a point d’âge.

Non, tu n’as pas quitté mes yeux ;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.

Là, tu m’apparais telle encore
Que tu fus à ce dernier jour,
Quand vers ton céleste séjour
Tu t’envolas avec l’aurore.

Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t’a suivie ;
Tes yeux, où s’éteignait la vie,
Rayonnent d’immortalité !

Du zéphyr l’amoureuse haleine
Soulève encor tes longs cheveux ;
Sur ton sein leurs flots onduleux
Retombent en tresses d’ébène,

L’ombre de ce voile incertain
Adoucit encor ton image,
Comme l’aube qui se dégage
Des derniers voiles du matin.

Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit ;
Mais mon amour n’a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.

C’est toi que j’entends, que je vois,
Dans le désert, dans le nuage ;
L’onde réfléchit ton image ;
Le zéphyr m’apporte ta voix.

Tandis que la terre sommeille,
Si j’entends le vent soupirer,
Je crois t’entendre murmurer
Des mots sacrés à mon oreille.

Si j’admire ces feux épars
Qui des nuits parsèment le voile,
Je crois te voir dans chaque étoile
Qui plaît le plus à mes regards.

Et si le souffle du zéphyr
M’enivre du parfum des fleurs.
Dans ses plus suaves odeurs
C’est ton souffle que je respire.

C’est ta main qui sèche mes pleurs,
Quand je vais, triste et solitaire,
Répandre en secret ma prière
Près des autels consolateurs.

Quand je dors, tu veilles dans l’ombre ;
Tes ailes reposent sur moi ;
Tous mes songes viennent de toi,
Doux comme le regard d’une ombre.

Pendant mon sommeil, si ta main
De mes jours déliait la trame,
Céleste moitié de mon âme,
J’irais m’éveiller dans ton sein !

Comme deux rayons de l’aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu’une âme, et je soupire encore !

Alphonse de LAMARTINE – 1790 – 1869

 

Souvenir est un poème de Lamartine, inclus dans les Méditations poétiques.
Il se composte de 18 quatrains. Il fait partie de la première édition du recueil qui été édité en 1820.

Au début du poème, les trois premières strophes paraissent tristes. Souvenirs d’un passé comparé au bonheur d’antan. A partir de la quatrième strophe le poème s’anime avec le souvenir de son bel amour. (En 1816, il part à Aix-les-Bains en Savoie. Le poète y rencontre Julie Charles, née Bouchaud des Hérettes, une femme mariée, épouse du physicien et aéronaute Jacques Charles, de six ans son aînée, atteinte de « phtisie », comme on appelait à l’époque la tuberculose galopante. Les deux jeunes gens entament une idylle qui durera jusqu’à la mort de Julie en décembre 1817, à l’âge de 33 ans. Le poète est profondément marqué par cette perte tragique qui lui inspire, en partie, le recueil Méditations poétiques). C’est donc à cet  amour perdu qu’il pense en écrivant ce poème. Il peut la voir dans les cieux. ( le déisme de Lamartine est assez vague, mais le poète veut expurger la religion de la croyance aux miracles, de celle de l’enfer, etc.) « Elle a rejoint l’aurore, un phénomène à vous couper le souffle. » C’est un monologue qu’il déclame. Il croit à l’immortalité, celle de l’âme bien entendu. Julie ne peut pas être partie de ce monde, elle est au ciel, ou le zéphyr ou le soleil bien sûr…. !

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

22 réflexions sur « « Rien ne s’arrête, rien n’est fini » – Défi N°184 … !!! »

  1. Que c’est beau, poignant, ardent!
    L’amour à l’infini… et la belle envolée dans les merveilles des cieux
    Le poète aurait tant aimé la garder près de lui… La tristesse est là, profondément légitime mais l’écriture permet de dire ce qui brûle, ce qui fait saigner le coeur et le poète exprime si bien ce qu’il ressent…
    Un excellent choix, merci ma Zaza
    Gros bisous tendresse et amitié
    Cendrine

  2. C’est à nous de garder vivants ceux qui nous ont quittés:parler d’eux, leur écrire, les écouter…Et Lamartine l’a fort bien fait en écrivant cette ode

  3. Salut,
    J’aime bien le texte de Lamartine.

    Pas évident de sortir par ce temps .

    On ne sait pas s’il faut prendre un parapluie ou une ombrelle!

    Et puis il fait frais avec 8° en plein soleil alors on reste au chaud.

    Bonne semaine

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