Voyage sans Retour – 3/3 … !!!

 

hublot

« Cela m’a fait rire, un peu comme tout à l’heure…

J’ai trouvé çà drôle, quelqu’un qui prend tout de même l’avion et qui a peur des nuages. Nous avions ri ensemble !
Le voyage était merveilleux, sans doute le plus beau que je n’ai jamais fait. J’appréciais énormément ta compagnie et je crois ne pas me tromper en affirmant que toi aussi tu appréciais la mienne. Tu tapotais sur le clavier de ton portable, me confiant que tu écrivais une nouvelle qui se passait dans Paris.
Et puis dans le brouillard, au-dessus de l’océan Atlantique, il y a eu ce terrible orage, les trous d’air, la dépressurisation de l’appareil. Puis tout a été très vite, je me souviens d’avoir crispé ma main sur la tienne, jusqu’au choc final. Il y avait de l’eau partout autour de moi, des gens qui hurlaient, d’autres qui gémissaient, et des corps qui ne poussaient plus le moindre souffle. Je suppose que les secours nous ont conduit dans des endroits différents car depuis je ne t’ai plus jamais revue. »
– « J’avais complètement oublié. »
– « Cela te revient-il maintenant ? »
– « Je revois tout comme si j’y étais encore. Je me souviens t’avoir longtemps cherchée dans les hôpitaux, mais je ne t’ai jamais trouvée, tu n’étais plus là. J’ai donc continué à écrire des nouvelles, avec toi comme personnage principal.  La dernière nouvelle te destinait à hanter le château des Mac Drummond en Écosse. C’est comme cela que je t’ai redonné un visage, une âme, un personnage. »
– « Mais aujourd’hui je suis là ! »
– « Quelle chance ! Le hasard fait bien les choses ! »
– « Est-ce vraiment le hasard qui t’a conduit jusqu’à moi, a ton avis ? »
– « Que veux-tu dire ? »
– « Crois-tu que le monde n’est fait que de coïncidences ? Ne trouves-tu pas surprenant que le sort ait voulu que tu passes dans la rue au moment précis où je me trouvais devant cette porte ? » Me demanda-t-elle en réponse à ma question.
– « Ferais-tu partie de ces gens qui pensent que c’est le destin ? Que tout est écrit à l’avance ? »  

Elle éclata une nouvelle fois de rire. Je souris également, ce qui n’était pourtant guère dans mes habitudes, en public. 

–  « Je reviens dans un instant ! » Me dit-elle en se levant. « Je dois me repoudrer le nez ! » Chuchota-t-elle. 

Elle se dirigea vers le fond de l’estaminet et ouvrit une porte au-dessus de laquelle je pouvais lire « Toilettes ».

J’avais patienté pendant quelques minutes en promenant ma vision à l’intérieur de ce bar atypique. Je n’avais pas réussi à accrocher ne serait-ce que l’ombre d’un regard. Les clients feignaient de m’ignorer et continuaient leurs conversations. Cela me surprenait de plus en plus, mais je n’étais pas au bout de mes surprises.

Au bout de cinq longues et interminables minutes, Meg ressortit des toilettes. Seulement ce n’était plus la Meg qui y était rentrée l’instant d’avant.

Elle avait retrouvé ses cheveux courts et brun. Sa peau semblait devenir diaphane sous la lueur des lampes. Elle avait gardé son regard toujours aussi profond dans lequel je me noyais.

– « Meg ? » L’interrogeai-je en même temps que je m’interrogeais moi-même.
– « Tu me situes mieux ainsi ! Suis-je fidèle à ton souvenir ? »
– « Je…, je…, je ne comprends pas ! » Lui répondis-je.
– « Il est un temps où tout nous est permis ! »
– « Pas au point de pouvoir te transformer ainsi ! »
– « Moi qui croyais te faire plaisir ! » Me dit-elle la voix remplit de cynisme.
– « Oh mais, tu me fais plaisir, crois-moi ! Rien ne peut me faire plus plaisir que de te retrouver enfin. Seulement, avoue qu’il y a de quoi être un peu surpris quand même ! »
– « Attendrais-tu une explication de ma part ? »
– « Je ne peux te forcer à me révéler tous tes secrets, mais j’aimerais bien comprendre. »
– « Tu aimerais comprendre ? Allons Zaza, ne me dit pas que tu n’as pas encore compris ! »
– « Est-ce un rêve ? Serais-tu… morte ? N’es-tu qu’un…esprit ? »
– « Pour répondre complètement et dans l’ordre je dirais premièrement que non, tu ne rêves pas, tout ceci est bien réel. Deuxièmement, morte… pas vraiment, pour le monde des vivants, je le suis, mais pour le monde des morts, je ne le suis pas encore. Et troisièmement, je crois que tu peux employer le mot fantôme, c’est celui qui te convient le mieux, notamment dans ta dernière nouvelle, n’est-ce pas ! » 

Je me rendis soudain compte qu’à part moi personne n’avait réagi dans le bistrot à l’apparition de l’ancienne Meg. 

– « Et les autres clients ? » Demandai-je à la jeune femme en montrant le comptoir du doigt.
– « Nous étions tous dans le même avion Zaza, je suis persuadée aujourd’hui qu’aucun de ceux-ci n’ont survécu. Certains ont eu la chance d’accéder à l’au-delà. Mais pas eux, va savoir pourquoi ils sont restés bloqués ici, au Stenway. Voyageurs, ils le sont, mais en transit, en attente de quelque chose. »
– « Et de quoi Meg ? » Rajoutai-je.
– « L’un d’entre eux est parti chercher une réponse à cette question. Il n’est jamais revenu. Aujourd’hui je suis sortie à mon tour et tu es venue à moi. »
– « Tu penses que je suis la réponse à ta question. »
– « Certainement pas, mais tu es là pour assouvir ma vengeance. Car en écrivant ta dernière nouvelle, tu m’as condamnée à la double peine ! Te souviens tu de la lettre que je t’ai adressée ?
 ICI  »

Je me rendis compte soudain que toutes les autres personnes présentes dans le bar s’étaient retournées pour me fixer à présent. Cela devenait oppressant. 

– « Seras-tu l’une des nôtres Zaza ? » Me questionna Meg gentiment.
– « Je ne suis pas l’une des vôtres Meg et je dois m’en aller à présent, car je souviens maintenant que j’ai un train à prendre. Je ne dois absolument pas le manquer. »
– « Tu ne peux pas nous quitter comme cela, Zaza ! Tu dois nous donner la réponse ! Nous t’empêcherons de partir … » 

Je me suis levée calmement. Tous les autres se resserrèrent pour former un cercle infranchissable autour de moi. A ce moment là, les yeux de Meg devinrent rouge feu.

oeil de lucifer

Et me regardant intensément, elle déclara :

– « Puisque tu ne veux pas me répondre, je vais tenter de te donner la réponse à ma question Zaza et tu verras que tu vas manquer ton train. Nous sommes ici, pour la plus part de nous, en attente de l’ultime voyage. Tu entends… J’incarne aujourd’hui l’un des passeurs qui les guidera. Seulement, il existe deux passeurs celui qui conduit au ciel, et, celui qui vous mène en enfer. Je t’aime bien Zaza, mais je dois t’avouer une chose, en ce moment, je viens d’endosser le rôle de LUCIFER ! » 

A ces mots, le cercle autour de moi s’élargit. Je pris mes jambes à mon cou  vers la sortie du bistrot, sans attendre mon reste ! J’entendais les larmes perler dans les yeux de l’assistance. Tous les habitués de ce bistrot hurlaient en se tordant de douleur tandis que leurs corps  ectoplasmiques s’évaporaient un à un.  

Le bistrot était devenu un immense brasier. En sortant de cet estaminet, je continuai à avancer « fissa » pour éviter les flammes.

A aucun moment, je ne me suis retournée pour revoir Meg. Je voulais garder en moi l’image de cette jeune femme au large sourire. J’ai franchi la porte et je l’ai refermée derrière moi.

Quand je me suis retournée, le feu s’était éteint d’un coup, comme s’il n’avait jamais été allumé, le bistrot était entièrement détruit !

Un vieil homme sur le trottoir s’adressa à moi. 

– « Bonjour Madame ! » Me dit-il. « Vous regardez les restes du Stenway ? »
– « Je me souviens y avoir bu une bière une fois. Que lui est-il donc arrivé ? » Demandai-je au vieil homme.
– « Il a brûlé le mois dernier ! On ne sait trop comment le feu a pris. »
– « Le mois dernier, déjà ! » Rajoutai-je.
– « En tout cas si vous y avez bu un coup, c’est pas récent. Il est désert depuis près de 20 ans, depuis que les patrons sont décédés. Vous vous souvenez bien du crash de l’avion Paris-Québec en octobre 2004 ! Ben, le patron et sa femme sont morts dedans ! »
– « Quel drôle d’histoire ! »
– « Et vous trouvez ça drôle vous ? »
– « D’une certaine façon oui ! Dites-moi mon brave, pouvez-vous me dire où se trouve la gare ? »

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

28 réflexions sur « Voyage sans Retour – 3/3 … !!! »

  1. Waouh!!! Tu joues brillamment avec le feu!
    Bélier que tu es, esprit de littérature fantastique qui nous tient en haleine jusqu’au dernier murmure de mot… Quelle rencontre en un lieu d’entre-deux, territoire où se chevauchent la mort et la vie pour engendrer l’énergie de création. Eros et Thanatos si bien incarnés par Meg, la volubile et ensorcelante Meg!
    Et nous retrouverons Zaza pour d’autres voyages…
    Un grand merci et bravo pour ces récits qui me réjouissent et je ne suis pas la seule
    Gros bisous pour tous les deux
    Cendrine

  2. encore un bon moment de lecture……je suis fan de sa coup de cheveux, peut être que j’irai me les faire couper comme elle….(lol), à voir….passe une bien agréable journée

  3. Je l’avais penser qu’elle était bizarre dès le début cette histoire mais tu as un don certain et moi j’adore lire alors !
    Passe un beau jeudi ma douce et gros bisous

  4. Bonjour Zaza.
    Depuis quelques jours, c’est le grand beau temps chez nous.
    Nous voila arrivé en été, espérons que se soit une belle saison.
    Je ne serai encore pas trop présent sur mon blog, car nous continuons de profiter de ce beau temps pour aller à la pêche.
    Je vous souhaite une bonne journée et un bel été.
    Et merci pour tes visites.
    Bisous de nous deux.

  5. Bravo Zaza j’ai adoré ta nouvelle fantastique , je me demande bien pourquoi tu ne publies pas tout ce que tu écris , c’est vraiment tres bon .
    Bonne journée
    Bisous

  6. wouah… la vengeance n’est pas justice… Meg a succombé et est devenu suppôt de Satan
    formidable imagination et quelle belle écriture tu sais nous tenir en haleine Zaza
    bravo et merci pour cette  » Nouvelle »

  7. Oups… tu m’as vraiment fait peur.
    J’ai cru un instant que tu te ferais mourir aussi dans cette histoire.
    Heureusement que tu as réussi à t’échapper…
    Mais que j’ai eu peur !!!!
    Magnifique récit au suspens grandissant. Bravo !
    Bisous et douce journée.

  8. un grand bravo !! quelle belle histoire—j’ai capté même en ne lisant que ce billet-
    quelle imagination !!
    tu devrais publier !!
    bisous et bonne continuation-
    bélier comme mon fils –

  9. par manque de temps, je n’ai pas lu les deux précédents chapitres, mais je suis scotchée par celui ci ; tu n’hésites pas à jouer avec le feu, ma belle !
    Petite, tu as dû en entendre des histoires de sorciers, de diables et de farfadets !
    Bises et merci, Zaza.

  10. ..j’ai toujours un peu de mal à adhérer à ces histoires fantastiques mais tu les écris si bien que je ne peux que les lire…bravo Zaza!
    Bises du soir,
    Mireille du sablon

  11. Bonsoir ma Zaza
    Quand j’ai commencé à te lire, de suite j’ai été passionnée, oh là là cette Lucifer est vraiment bizarre et tu as joué avec le feu ma Zaza mais j’ai été captivée, tu es superbement douée et tu devrais vraiment publier car tu as un talent fou, quel bon moment passé à te lire, super.
    Merci pour ton gentil passage.
    Douce nuit peuplée d’étoiles et gros bisous d’amitié.

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