Sur un banc, devant la mare aux canards … !!!

Je ne rêve pas, je cauchemarde !

 — « Bonjour madame. »
Une paire de godillots s’était arrêtée devant le banc de la mare aux canards. Je levai la tête, mon sandwich à la main.
— « Bonjour. »
— « Vous savez qu’il est interdit de donner à manger aux cygnes et aux canards ? »
— « Ah ! Non… Enfin si mais voilà… je trouvais ça gentil pour ces palmipèdes, ils adorent ! »

Le maire, en promenade, hocha la tête en frappant sa main d’une matraque télescopique. Un chien « bâtardé », teigneux, qu’il ne tenait pas en laisse, retroussa les babines, de la bave en dégoulinait. Il tenta de s’approcher de moi ; le maire le rappela fermement. Il n’y avait personne aux alentours. Le temps était médiocre. Ce chien me terrorisait.
— « Il n’a pas mangé depuis ce matin », m’informa son maitre d’un air entendu.
Puis il reprit :
— « Donc vous trouviez ça gentil pour ces palmipèdes… »
— « Enfin je veux dire c’était juste quelques miettes de pain, du bio en plus. »
— « Peu importe. C’est interdit. Il y a un panneau quand vous arrivez sur l’île. »
— « C’est vrai. Je n’aurais pas dû. Je regrette. »
— « Tssss tsss tsss… Ce qui est fait est fait. Vous allez devoir me suivre. »
— « Vous suivre où ? »
— « Vous verrez bien. »
— « Vous n’avez pas le droit ! »
— « Ah ! Ah ! Ah ! Ils disent tous ça ! Hein Dracula ? », en s’adressant à son chien.
Il donna un petit coup de matraque sur sa cuisse. À ce signal le chien aboya. Je sursautai.
— « Bon écoutez, je vous promets que je ne recommencerai plus. Je ne pensais pas que c’était aussi grave. Un peu de pain aux cygnes et aux canards… On ne va pas en faire toute une histoire ! »
— « Je crois que vous ne comprenez pas bien la situation. »
Il frappa deux fois sa cuisse. Le chien fit un pas vers moi en me fixant. Son regard me transperçait. J’étais hypnotisée. Je me levai, sandwich à la main, et attrapai mon sac à dos posé sur le banc. »
— « Vous me suivez sans discuter. »
J’acquiesçai. Nous remontâmes dans le bourg, flanqués du chien qui ne me lâchait pas des yeux, et arrivâmes à la mairie.

mairie île de batz

— « Jobic ! Un client pour toi ! » lança le maire en entrant.
— « Merci Guy. Ça tombe bien, j’ai ce qu’il faut ». Jobic arborait un large sourire.
Nous étions dans ce qui semblait être une cuisine. Une table, deux chaises, un évier, un réchaud. Dans un coin une poubelle avec quelques cadavres de bouteilles de vin vides à terre.
— « Asseyez-vous, » me dit le maire. Jobic va vous servir le déjeuner. Vous devez avoir faim, vous n’avez pas fini votre sandwich… »
J’eus un sourire crispé et jetai un œil vers le chien à mes côtés.
— « Oui, un peu, vaguement, » murmurai-je.
— « Ça tombe bien, vous allez vous régaler ! Hein Jobic ? »
— « Pour sûr ! Et il déposa avec mille précautions trois petites gamelles sur la table. »
Puis, sur un ton obséquieux :
— « Au menu du jour : insectes variés en entrée, quelques limaces en plat principal, et une farandole de têtards pour le dessert. »
— « Entrée, plat, dessert… vous remarquerez qu’on ne fait pas les choses à moitié ! lança le maire, tout fier. »
— « Tout est de saison, » précisa Jobic. J’ai fait les courses ce matin à côté des Prats. Fraîcheur garantie. »
— « C’est une blague », marmonnai-je, la voix blanche.
— « Pas du tout ! C’est le régime cygnes et canards ! Sans pain, désolé, » me répondit le premier magistrat de la commune, goguenard. Puis il se tourna vers son collègue et ils rirent de bon cœur.
Il redevint subitement grave et se frappa trois fois la cuisse avec la matraque. Le chien s’approcha, sans me lâcher des yeux. Puis il tourna la gueule vers la table, saisit une gamelle et me la tendit.
Je la saisis. Je n’avais pas le choix. Il pouvait me déchiqueter ce « con ». Le chien restait debout à mes côtés, menaçant.
Les insectes passèrent à peu près, si l’on peut dire. J’eus un peu de mal avec les pattes qui s’affolaient, mais enfin… Après plusieurs hauts le cœur, je reposai la gamelle. Puis ce fut le tour des limaces. Je fis un blocage. Celle que j’avais saisie s’enroula autour de l’un de mes doigts. Je jetai un œil vers la troisième gamelle où les têtards frétillaient. Soudain je sentis mon estomac se révulser et je vomis. Le maire et Jobic rigolèrent grassement. Le chien se marrait lui aussi de tous ses crocs.

diabolo

J’avais la mine défaite.
— « Vous êtes toute blanche, ça va ? » demanda Jobic.
Il me tendit une serviette en papier. Je m’essuyai la bouche.
— « Bon allez, assez rigolé. Vous pouvez partir, » me dit le maire.
— « Dommage, on s’amusait bien, » regretta Jobic.

Je ne me fis pas prier. Je ramassai mon sac à dos et sortis précipitamment. Je repris le chemin du phare, tremblante et hagarde, tentant de me détendre avant d’entendre soudain le réveil sonner. J’étais dans un coaltar complet !

Réveil

Je venais de faire un horrible cauchemar. J’hésitais à raconter à mon Poux-Ronchon ce que je venais de vivre dans mon subconscient. Il ne me croirait pas ou me taxerait de psychotique. Personne ne pouvait gober une telle histoire.

Mes réflexions désordonnées m’amenèrent le lendemain jusqu’au même banc où je reconnu une voisine que je détestais, installée sur le banc voisin. Elle mastiquait un double sandwich.

Je me dirigeais vers elle, reprenant mes esprits, soudain plein d’espoir, et lui confiais :
— Tu devrais donner quelques morceaux de ton pain aux cygnes et aux canards, ils adorent ça…. !

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

26 réflexions sur « Sur un banc, devant la mare aux canards … !!! »

  1. Tu m’as fait trop rire!!!
    Et la digestion n’est pas en reste… excellent ma Zaza, j’en reprends volontiers une bonne tranche!!!
    Gros bisous à la vanille délicatement parfumés, point de choses bizarres à avaler… :)
    Cendrine

  2. Excellent Zaza , il n’y a pas à dire le maire reste maire de ton inconscient , je n’aimerais vraiment pas faire ce genre de cauchemar , aie aie les limaces , beurk beurk beurk. Par contre en ce moment je suis en rogne après une personne qui lâche ses chiens deux croisés bergers et staffs dans le parc en face de chez moi , depuis quelques jours les lapins égorgés jonchent le sol , avec la canicule les chiens ne devaient pas être aussi réactifs mais là ils sont au top . Et bien sur elle ne les rappelle pas, se moquant des dépouilles qui deviennent charognes . Je me demande même s’ils ont un quelconque rappel car une fois je l’ai croisée en promenant Volga elle était affolée en me voyant arriver et s’est dépêchée de les rattacher .
    Bon lundi
    Bisous

  3. je fus bien prise dans ton histoire super bien racontait mais en lisant ceci je me disait il est vrai que les volatiles n’ont pas le même régime que nous alors pourquoi leur imposer du pain alors que ce n’est pas vraiment on pour eux même si ils se jettent dessus, jamais je ne leur donne quoique ce soit
    journée rentrée pour tout les enfants et adolescents
    bises amicales
    lyly

  4. Génial tu mas fait rire de bon matin …ah ce maire qui te poursuit même ds tes cauchemars! Hier bel apres midi plage avec baignades je me suis regalee cd weekend j’espère pouvoir encore en profiter cet ap midi 😘bonne journée à toi 💙bises

  5. Super bien décrit ton cauchemar, je m’y voyais, j’en ai des frissons, comme quoi le lendemain … tu vois bien que les rêves ont une part de réalité. Bisous et bonne journée MTH

  6. wouah, c’était un cauchemar, heureusement, ça voudrait dire que tu ne portes pas le maire dans ton coeur !! c’est tellement bien conté, on pourrait le croire, bravo Zaza, bisous

  7. Ah!Ah! Ah! et j’espère qu’elle l’a fait. Oh! Dracula et tes limaces… Qu’est-ce que j’ai pu rigoler avec ton histoire. Sacrée Zaza, tu es unique, tu sais. J’ai adoré et je t’en redemande. Dis, tu peux en faire un autre de cauchemar? Gros bisous, ma bichette et belle journée

  8. la vengeance est un plat qui ce mange froid hein Zaza sauf que elle fais sans doute pas le même cauchemar que toi….me suis régalée de ce cauchemar même si c’est pas très sympa. Bisous

  9. Une manière de répercuter ta peur sur ta voisine en fin de compte, çà pourrait être la morale de ton cauchemar … à chacun son tour !
    J’aime quand tu nous racontes du vécu même en rêve . Tu as une chouette manière de nous tenir en haleine.
    Bisous Zaza et bonne semaine de rentrée !
    Nicole

  10. une histoire incroyable— on dirait du vécu avec tous ces détails-
    et la chute incroyable—- la méchante voisine qui va peut-être trinquer-
    un rêve prémonitoire ! lol
    trop bien- bravo

  11. Ben dis donc, en voilà une histoire… cauchemardesque !! Merci ma Zaza pour la bonne rigolade, j’ai vraiment adoré ! D’autant que tu racontes si bien qu’on croirait l’histoire vraie jusqu’à… un certain point ! Je te fais plein de gros bisous, à bientôt, et belle semaine à tous les deux, Shuki

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.