Ah la vache … !!! – 9/9

Chapitre IX

Sous la garde de l’adjoint de Léo Parre, ils retournèrent tous au salon.

Le docteur grommelait.
– « Cette histoire ne finira donc jamais. Il est près de dix-sept heures et nous ne sommes pas près de souper. »
– « Ce ne sera pas long, » déclara Nestor.
Lorsqu’il fut seul avec Léo, ce dernier lui demanda :
– « Pourquoi les avoir renvoyés ? »
– « Pourquoi ? »
– « Oui, ils auraient pu nous aider. »
– « Je ne voulais pas que le meurtrier sache que nous cherchons l’arme du crime. »
– « Je comprends. »
– « Alors au travail. »
Les deux hommes se mirent à inspecter la pièce, pouce par pouce. Ils ne trouvaient rien.
Ils venaient de terminer leur inspection lorsqu’en se retournant, Léo s’accrocha dans une grande urne placée dans un coin de la chambre.

L’urne tomba au sol et se brisa en mille morceaux.
– « La canne, » cria Nestor.
Léo se retourna. La canne gisait parmi les débris.
– « Elle était dans l’urne ? »
– « Justement ! »
Nestor boyaux sortit un grand mouchoir de ses poches. Il l’entoura autour de la canne.
Puis il se mit à l’examiner.
– Regardez le bout de la canne !
Léo Parre se pencha :
– « Du sang coagulé. »
– « C’est exact ! »
– « Et des cheveux… »
– « Oui, des cheveux blonds. »
– « Sarah Freichi était blonde. »
Nestor se retourna.
– « Venez avec moi. »
Il se dirigea vers la porte. Quelques secondes plus tard, ils entraient dans le salon.
Nestor déclara :
– « Nous venons de faire une découverte importante. »
– « Quoi donc ? »
– « Cette canne ! »
Personne ne trouvait la chose extraordinaire. Nestor continua :
– « C’est avec cette canne qu’on a tué Sarah Freichi.
– « C’est faux ! C’est avec le tisonnier ! » S’égosillèrent Jude Javell et Rudy Manterre.
Nestor leur expliqua ses déductions. Tous gardaient un silence complet. Lorsqu’il eut terminé, le jeune Nicaud s’écria :
– « Alors, ça veut dire que mon père n’était pas coupable. »
– « En effet Nicaud, il était innocent. »
Léo Parre demanda :
– « Espérez-vous trouver le coupable grâce à cette canne ? »
– « Oui. Il doit y avoir des empreintes. »
Nestor fit signe à Jude Javell. Celui-ci suivit Nestor et Léo dans un coin de la pièce.

– « Javell, j’ai un service à vous demander. »
– « Quoi donc ? »
– « Je ne peux pas sortir. Je suis considéré comme suspect. »
– « C’est vrai. »
– « Les autres aussi. Le chef de Police, Léo Parre et son adjoint doivent rester ici. Il n’y a que vous qui puissiez aller porter cette canne à la Crime de Rennes pour y faire relever les empreintes digitales. Je leur passe un coup de fil pour leur annoncr votre arrivée et la mission dont je vous charge ! »
– « Croyez-vous vraiment qu’il y ait encore des empreintes détectables ? »
– « J’en suis certain. »
– « On dit souvent qu’après plusieurs années… »
– « La science a progressé, monsieur Javell. Aujourd’hui on trouve des empreintes qu’on ne pouvait voir à la loupe autrefois. »
– « Ah bon ! »
– « Pour effacer complètement ces empreintes, il aurait fallu que le meurtrier enduise la canne d’une préparation magistrale à base de bleu de méthylène que l’on trouve facilement en pharmacie. Ce n’est pas très connu, mais c’est très efficace. »

– « Tiens, j’ignorais que l’on puisse faire disparaître toutes empreintes avec un tel mélange. »
– « Et, c’est la seule substance qui existe… »
Le chef demanda :
– « Alors, qu’attendez-vous Javell ? Allez -y ! »
Jude acquiesça :
– « Certainement si cela peut aider à découvrir le meurtrier de Sarah Freichi. »
Nestor regarda sa montre. Il était dix-huit heures trente.
– « Il sera de retour avant dix heures. »
À dix heures moins le quart, Jude Javell revenait. Il enleva son manteau.
Puis il tendit la canne à Nestor.

– « La Crime n’a rien trouvé. Les experts disent qu’il est impossible de retracer des empreintes faites depuis et au-delà de vingt ans. »
– « Je le savais, » dit Nestor.
– « Alors pourquoi m’avez-vous envoyé ? »
– « Pour avoir une preuve contre vous ! Parce que vous êtes le meurtrier de Sarah Freichi et de votre belle-sœur, madame Alcide Javell. »
Jude Javell devint pâle comme la mort.
– « Mais vous êtes complètement fou… »
– « Non, je dis la vérité. Il y a vingt ans, pour un motif que j’ignore, vous avez assassiné la jolie et aguichante Sarah Freichi. Probablement à cause de l’amour…
Vous avez fait passer le crime sur le dos de votre frère. Alcide était ivre. Vous l’avez traîné jusqu’à la chambre de Sarah, l’avez couché par terre, avez pris le tisonnier et l’avez trempé dans le sang.
Ensuite vous l’avez mis dans la main d’Alcide. Vous aviez caché la canne de peur qu’elle vous incrimine. »
– « Il faudra prouver vos allégations ! »
Nestor continua :
– « Votre belle-sœur savait que son mari n’avait pu commettre un tel crime. Elle décida de chercher elle-même la solution à ce problème et de prouver l’innocence de son mari. »
– « Mais pourquoi tuer sa belle-sœur ? » Demanda le chef, Léo Parre.
– « J’y arrive. »
Après une légère pause, Nestor reprit :
– « Madame Javell chercha pendant des années. Elle ne trouva rien. Mais il y a quelques mois, elle a dû finir par découvrir quelque chose, car Jude s’est inquiété. Il a décidé de se débarrasser de sa belle-sœur. »
– « C’est faux. »
– « C’est vrai ! Sous prétexte de peindre un corridor de la cave, vous avez apporté ici de la peinture luminescente. Cette peinture contient du radium.

– « C’est vrai ? » fit le docteur.
– « Vous en avez gardé un pot et tous les jours vous en mettiez dans la nourriture de votre belle-sœur sachant bien qu’à la longue vous causeriez sa mort. »
Le docteur se leva :
– « Ah, je commence à tout comprendre. »
Nestor lui fit signe :
– « Je vous laisse alors la parole pour expliquer vous-même ce dont souffrait madame Javell. »
Le médecin reprit :
– « Elle souffrait d’anémie aiguë qui risquait de tourner en leucémie
et des cancers des os de type sarcome . Or l’absorption de radium provoque ce type de malaise. Je comprends maintenant beaucoup mieux, pourquoi la santé de ma malade ne s’améliorait pas malgré les traitements. »
Nestor l’interrompit :
– « Ce que vous venez de dire, docteur, je l’ai lu tantôt dans un volume appartenant à madame Javell. »
Le chef demanda :
– « Cela ne dit pas encore pourquoi madame Javell a été tuée. »
– « Voici ! Madame Aude Javell en lisant ces livres sur le poison a probablement deviné la vérité. Elle a alors tenté de confondre son beau-frère qui lui faisait absorber du radium pour la tuer à la longue.
Elle m’a téléphoné de venir prendre la photo de sa vache.
Elle savait que je garderais le silence sur cette affaire et que je l’aiderais le cas échéant.
Tout ce qu’elle voulait, c’était de tenir dans sa main, le film de la pellicule non fixé.
Nicaud Javell sursauta !
– « Je comprends… le radium… ! Puisque vous avez développé le film de la pellicule en la fixant et effectué les tirages, on doit donc distinguer les os de la main et des doigts de ma mère. »
– « Tout juste mon jeune ami ! »
– « Regardez encore chef. Vous distinguez bien dans cette tache, les os de la main de madame Aude Javell. »
– « Ah, oui ! »
Tous voulurent voir.
Lorsque les photos revinrent entre les mains de Nestor, il continua :
– « Jude a probablement eu connaissance du coup de téléphone que sa belle-sœur m’avait passé. Il me connaissait de nom, il a eu peur.
Il a décidé de la tuer au plus vite. Il est monté à sa chambre, certainement avec l’idée de l’étrangler et quand il a aperçu le fusil qu’avait laissé tomber Nicaud, il l’a saisi et a tiré.
Puis, il est retourné dans sa chambre vivement.
Lorsque nous montâmes, le gamin et moi, il vint nous rejoindre avec un petit air innocent. C’est tout ! »
De nouveau, Jude Javell se fit arrogant.
– « Vous n’avez aucune preuve de ce que vous avancez ! »
Nestor sourit :
– « Pour le second crime, peut-être ! Mais j’en ai assez sur le premier pour vous faire coffrer. »
– « C’est faux. »
Nestor partit d’un grand éclat de rire :

– « Je vous ai menti effrontément tout à l’heure en vous disant que cette préparation magistrale était la seule substance pour effacer les empreintes digitales.
Ce mélange n’a pour effet, dans le cas présent, que de laisser des traces bleues sur la peau de celui qui l’utilise. En sortant d’ici tout à l’heure vous êtes passé à la pharmacie avant sa fermeture pour en acheter, puis vous avez frotté la canne pour effacer les empreintes. Regardez vos mains, Jude Javell ! »
Instinctivement, Javell leva ses mains et les regarda.
Nestor en profita. Il s’élança sur Jude et lui envoya un direct à la mâchoire. Ce dernier s’écroula comme une souche sur le sol.
– « Vous aurez moins de difficultés ainsi, » déclara Nestor Boyaux au chef de Police municipale. »
Léo Parre s’approcha et regarda les mains de Javell. Elles étaient bleuies.

Il passa les menottes aux mains de son prisonnier puis le ranima.
Jude Javel se vit pris, il n’opposa plus aucune résistance. Mais avant de sortir, il déclara à Nestor.
– « Vous êtes vraiment très fort, Nestor Boyaux ! »
Leo Parre tendit la main à Nestor et ce dernier refusa de la serrer :
C’est que notre Nestor avait la rancune tenace. Il n’avait pas digéré d’être suspecté. De plus, l’attitude de ce fanfaron de Léo Parre lui avait particulièrement déplu.
Nicaud Javell s’approcha :
– « Monsieur Boyaux, maintenant que je suis devenu l’héritier de la fortune des Javell, je vous ferai parvenir un chèque de cinq mille euros que maman vous avait promis. »
– « Mais non Nicaud, » répondit-il, « je n’accepte pas d’argent, je l’avais précisé à votre mère. Vous vous en servirez pour continuer son œuvre, c’est-à-dire construire un hôpital pour les pauvres. »
Quelques secondes plus tard, Nestor s’éloignait vers sa voiture et quittait la maison des Javell.

Il s’était rendu là pour prendre des photos d’une vache.
Il en ressortait après avoir éclairci deux meurtres !

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

33 réflexions sur « Ah la vache … !!! – 9/9 »

  1. Wouah la fin judicieuse comme d’habitude! Qui féliciter Nestor ou toi? les deux bien sûr!
    Bises du jour
    Mireille du sablon

  2. Que d’imagination, Zaza, tu nous auras bien promenés d’un suspect à l’autre jusqu’à ce coup de théâtre. Ce Nestor Boyaux est un sacré fin limier. Bravo pour cette histoire que j’ai suivie avec beaucoup d’intérêt. Bises et bonne journée

  3. je reprendrai la lecture cet après midi, car je suis en retard et j’entends monsieur se lever, et comme je prend toute la table, il va falloir que je débarrasse….(lol)….passe une bien douce journée

  4. Bonjour Zaza, quelle histoire!!! il est fort Nestor sous ta plume, tu nous a tenu en haleine jusqu’au bout! bisous et bonne journée MTH

  5. Ben dis donc elle est forte Mame Zaza pour nous tournicoter tricoter et détricoter un pareil échevaux.
    Bravo à Nestor
    Bisous
    Ta copine gratte la porte du couloir pour entrer et gratter mes fauteuils … encore deux jours
    Caresses au 4 pattes

  6. Bonjour Zaza,
    Ouff !! enfin le grand Nestor a surmonté le suspense comme toujours .
    Mais merci de nous avoir permis de suivre cette histoire imaginaire de ce grand détective
    Bonne fin de journée
    Amitiés

  7. eh bien bravo, le mystère est éclairci, ah il est vraiment fort ce Nestor ! une superbe enquête bien menée par Zaza, bravo Zaza ! merci de nous avoir bien diverti, bon mercredi, bisous

  8. Bravo ma Zaza, tu as subtilement entretenu le mystère!
    Voilà la vérité dévoilée et les mains criminelles se sont révélées
    Il assure Nestor Boyaux!
    Gros bisous et belles pensées du jour sans oublier ton Poux Ronchon
    Cendrine

  9. Une bonne partie de la matinée en ta compagnie , j’ai repris tout depuis le départ pour ne rien rater , encore bien rigolé ta verve est “légère ” j’adore !!!! du coup sandwich ce midi hihihihi bonne journée ZAZA

  10. J’ai bien ri au fil de cette énigme et les photos m’ont rappelé les romans photos de jadis… c’était une enquête très visuelle

  11. He bien bravo inspecteur Boyaux, celle ci je m’y attendait pas! Sûr que votre collaboratrice Zaza n’est pas étrangère à la résolution de ces crimes…..Bisous

  12. je suis étonnée que tu trouves toutes ces petites inventions faites avec pas grand chose, un peu farfelues…pour ma part je les trouve très inventives, avec de petits rien ils se font plaisir, c’est ce qui manque chez certain de nos jeunes qui veulent tout, dans un système où l’on jette beaucoup…..mais chacune ou chacun est libre de s’exprimer, je te souhaite une bien douce journée

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