En souvenir de notre Lady … !!!

Est-ce ainsi que les hommes ! 

Alexander Calder, Les Deux yeux, 1974. Gouache, 75 cm x 110 cm. © Calder Foundation New York / ADAGP, Paris. Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght.

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.

Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Comme des soleils révolus.

Louis Aragon, (interprétation de Léo Ferré)
Issu du Roman inachevé de 1956

En 1956, Louis Aragon publie son autobiographie, rédigée sous la forme d’un long poème et intitulée « Le Roman inachevé ». .
En 1918, alors âgé de vingt ans, il s’était engagé sur le front en tant que médecin auxiliaire: il revient sur cet épisode. .
 « Il est probable qu’avec Le Roman inachevé la poésie d’Aragon de la période de l’après-guerre a atteint son sommet. »
L’auteur-compositeur-interprète et poète Léo Ferré met en musique huit poésies de ce recueil en 1959, avec la bénédiction d’Aragon, et les fait figurer dans son album Les Chansons d’Aragon paru en 1961. Parmi elles figure Strophes pour se souvenir, devenu célèbre sous le titre L’Affiche rouge, dédié aux vingt-trois résistants du groupe Manouchian fusillés par les Allemands le 21 février 1944.
Jean Ferrat adapte quant à lui en chanson le poème Prose du bonheur et d’Elsa en 1964, sous le titre Que serais-je sans toi.

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

17 réflexions sur « En souvenir de notre Lady … !!! »

  1. L’époque il faut le dire était horrible, et c’est fort de le mettre en vers, vers magnifiques, Apollinaire fit de même et là aussi c’est magnifique!
    Bises

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