ERREUR FATALE … !!! – 27/31

A la recherche de Meg !

Il a voulu vider la chopine, mais maintenant, c’est lui qui déborde.

Il a à peine le temps d’investir la salle de bain, de plonger la tête la première dans la cuvette des chiottes et le voilà qui dégueule ses tripes, ses boyaux et son douze ans d’âge.

Dans un sens, c’est mieux ainsi, l’alcool est plus à sa place dans ses goguenots que dans ses veines. Il va y avoir du ménage à faire, car il n’a pas trop bien visé. Boire à jeun, est peu recommandé. Il n’a plus qu’à prendre une douche et ensuite se changer.

Il se déshabille et se glisse sous la douche. L’eau froide le ragaillardit. L’exiguïté de la cabine lui rappelle, sous ce nuage en forme de pomme d’arrosoir, la première fois, Meg et lui … !

Elle va tirer la gueule sa douce, en rentrant et en découvrant dans quel état il a mis sa salle de bain. Il espère qu’elle va pouvoir la piquer sa colère, quand elle va revenir, si elle revient. Il le souhaite de tout cœur ! Il le veut, l’exige ! Il doit avoir confiance !

Un peu ventée, la nuit est sèche, pas comme la dernière ! Peut-être, un tantinet frisquet, tant mieux, ça réveille ! Il roule vers le commissariat de la rue de Vaugirard, au 250. L’unique élément qui le relie à Meg, est un numéro d’immatriculation, celui de la Mercedes de Léonard Braqueux. Un numéro facile à retenir, qu’elle avait dit la sarcelle ! Trois chiffres et trois lettres qui se suivent…-2627 ABC 28-. Seulement, pour dégoter le proprio du carrosse, à part les flics ???? Et bien que leurs relations ne soient pas au beau fixe, étant donné que ce mauvais joueur de Tarlouse a laissé tomber la partie en cours de route, pour lui filer ce tuyau, il ne voit que Wibert !

Au poste, Il se dirige directement vers le poulet réceptionniste. Le gardien de triage l’écoute. Par chance, cette nuit là, l’inspecteur Wibert est encore de service et l’argousin sasseur, par l’intermédiaire de l’interphone, l’annonce à sa flèche.

Wibert sort de son bureau et l’examine longuement. Il devine à son regard, qu’il le considère comme une source d’emmerdements. Il danse d’un pied sur l’autre, puis, enfin, d’un signe du menton, il lui fait comprendre de venir et le fait entrer dans sa tanière.

– «Asseyez-vous.» Lâche-t-il en se laissant tomber dans son fauteuil.

– «Merci inspecteur.»

– «Vous êtes monsieur ?»

– «Gobé, vous le savez bien !»

– «Je le sais, je le sais ! C’est vite dit ! La nuit dernière, Tarlouse m’a aimablement expliqué que je ne vous avais jamais vu. Tarlouse, au fait ? Comment va-t-il ?»

– «Vous n’êtes pas au courant !?»

– « Bien sûr que si ! Comme tout le monde j’écoute la radio ! Et quand j’ai pris mon service, les collègues en ont remis une couche ! Le commissaire est tombé à la République. Il s’est fait descendre dans un «rade» ! D’après un témoin, Tarlouse était attablé avec un couple qui a disparu. Je présume que cette paire de fantômes, c’était vous et votre copine ? »

– «En effet.»

– «Pourquoi vous êtes-vous barrés ?»

– «Nous avions remarqué un manège louche, entre le type qui a flingué Tarlouse et l’un des serveurs. Quand le loufiat en question a vu le pataquès, il a tombé son tablier, enfilé sa veste et mit les bouts. Nous l’avons filé.»

– «Affirmatif ! Le témoin a effectivement vu un serveur s’arracher du troquet après la tuerie. Il vous a également vu foncer sur ses traces.»

L’inspecteur le regarde avec un petit sourire en coin qui en disait long, puis reprend :

– «Il n’est pas allé bien loin le barman. On l’a retrouvé à quelques deux cents mètres attaché dans sa voiture avec un tournevis planté dans le cœur ! Vous savez Gobé, vos histoires avec des macchabées à tous les coins de rues, elles sentent la merde. Vous êtes apparemment un pèlerin ordinaire ! Comme tous ces braves gens, qui se promènent dans la ville, sauf que vous vous baladez bardé de pétards, et qu’autour de vous, comme à Gravelotte, les citoyens tombent comme des mouches !»

– «Oh,  pas tous inspecteur !»

– «Non bien sûr ! Qu’un commissaire de police comme Tarlouse laissa se promener un type comme vous dans la nature, et qu’en plus, il le protégeait … C’était son affaire ! Sans doute avait-il ses raisons. Moi, je ne veux pas être mêlé à ce bordel. Je ne vous connais pas Gobé ! Alors vous me dites pourquoi vous êtes venu me voir, et vous disparaissez à jamais !»

– «Meg Duchemain a disparu.»

– «C’est vraiment dangereux de vivre à vos côtés, Gobé ! Probablement qu’elle en a eu marre.»

– «Non, elle a été enlevée. J’ai retrouvé chez elle un coton imbibé de chloroforme.»

– «C’est où chez elle ?»

– «Rue de la Colonie, dans le treizième !»

– «Ça ne me concerne pas ! Faites une déclaration au commissariat de votre arrondissement.»

– «Rendez-moi un service inspecteur. Un seul !»

– « Lequel ?»

– «Le nom et l’adresse du propriétaire d’une Mercedes immatriculée 2627 ABC 28.»

– «Je n’ai pas le droit de vous donner ce renseignement.»

– «Et le conducteur de cette bagnole ? Il avait le droit de descendre Tarlouse ? C’est certainement lui qui a fait enlever Meg Duchemain. »

– «OK Gobé ! OK ! Je vous file cette information ! Vous en faites ce que vous voulez, MAIS VOUS VOUS TIREZ !»

Wibert empoigna son téléphone, et cinq minutes plus tard, en raccrochant le combiné.

– «C’est une voiture volée.»

– «Une voiture volée ?»

– «Oui, son propriétaire a fait une déclaration de vol ce matin.»

– «Si sa déclaration date de ce matin, il a pu s’en servir cette nuit !»

– «Ouais, mais il affirme que cela fait deux semaines qu’il ne s’est pas servi de son véhicule, et que par le fait, cela fait également deux semaines qu’il n’est pas allé à son parking !»

– «Son nom ?»

– «Ce type n’a sans doute rien à voir avec vos histoires !»

– «Ne serait-ce pas Georges Tassart ?»

– « Si effectivement !»

– «Alors n’ayez aucun scrupule inspecteur. Il est bien concerné ce cave !»

– «OK Gobé ! La caisse appartient à un dénommé Georges Tassart, demeurant au Manoir du moulin sur la commune de Bonneval en Eure et Loir.»

– «Merci inspecteur Wibert, merci !»

– «Il n’y a pas de quoi ! Je regrette déjà ! Je vais passer les jours qui viennent à éplucher la presse d’Eure et Loir, et je suis quasiment sûr que bientôt, au Manoir du moulin, sur la commune de Bonneval, il va y avoir du fait divers. »

– «Au revoir et encore merci inspecteur.»

– «Adieu monsieur… monsieur comment déjà ?»

Une heure du matin. Dès son retour, rue de la Colonie, espérant un miracle, il est monté chez Meg. L’oiseau n’étant pas revenu au nid, il est redescendu chez lui. Il est triste, vanné, et en plus, il a les crocs.

Dans son frigo, il déniche un vieux fond de carottes râpées et une antédiluvienne tranche de jambon. Les carottes ne sont pas trop dégueulasses, mais le cochon, par endroit racorni et également irisé, dans des tons pastels fluorescents, n’est guère engageant. Tant pis ! Un quignon de pain fatigué et un verre de « beaujolpif » éventé feront passer ces rognures. Allongé sur son lit, il est trop énervé pour dormir. Son esprit vagabonde et échafaude un scénario et une stratégie:

– «Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai ! Ma musaraigne, je sais que tu m’attends. Enfin, j’espère que tu peux encore m’attendre.»

Il repense à la mort de Ghislaine. Il serre les poings. Une larme lubrifie son œil, puis une autre !

Tout en cogitant, il se prit à parler seul en imaginant le pire :

– «Arrête de ruminer Jacky, concentre toi sur une idée plus gaie. Imagine une grande plage de sable fin. Les cocotiers se balancent doucement sous les alizés. De merveilleuses vagues, couleur d’un ciel d’été, font de profondes révérences. A quelques brasses du bord, tel un dauphin jouant dans la houle. Meg plonge dans l’onde, chahute avec les gerbes d’écume, fait la planche entre deux rouleaux. Soudain, lassée par cette eau vive, elle nage vers le rivage. Son corps bronzé ondule, puis émerge couvert de mille gouttelettes.»

Et puis, son esprit vagabonde de nouveau en imaginant le pire :

– «Sa carcasse, torturée, ensanglantée, dessine un sillon rouge sur le sable blanc chauffé par le soleil. Ses yeux, naguère du plus beau brun, sont morts, glauques, vitreux, crevés. Ses mains autrefois fines, gracieuses, frêles, sont aujourd’hui sans doigt. Ses seins sont mutilés, son ventre n’est qu’une blessure, ses jambes … Merde ! Et merde !»

Cela fait des heures qu’il se retourne sur son plumard. Pas moyen de dormir. Dès qu’il ferme les yeux, il la voit ! Meg, en lambeaux. Il a beau forcer son cerveau vers d’autres chemins, têtu, par un détour, il revient toujours vers sa Meg.

A suivre …

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

18 réflexions sur « ERREUR FATALE … !!! – 27/31 »

  1. Depuis quand il n’a pas dormi, ce pauvre type, cela n’aide pas les neurones à fonctionner et ça donne plutôt la déprime !
    Enfin, je lui fais confiance, il va bien trouver quelque chose.
    A demain, préparons-nous à affronter le froid de la semaine qui vient.

  2. Moi, je crois qu’il va péter les plombs si ça continue. Depuis quand n’a t-il pas dormi? J’espère qu’il va retrouver Meg entière. Gros bisous, Zaza. J’espère que la tempête s’est calmée par chez toi.

  3. Vivement qu’il la retrouve sa musaraigne, j’ai mal pour lui le pauvre!
    Ah, cette vision de cauchemar c’est tellement compréhensible quand on aime…
    Les citoyens tombent comme des mouches et nous on adore!
    Gros bisous ma Zaza, je te souhaite un beau week-end bien au chaud
    Cendrine

  4. Coucou Zaza. Il faudrait que je reprenne l’histoire à son début car j’ai pris en cours de route et loupé bien des épisodes.Une sacré romancière! Quel talent! Il faudrait que tu fasses un résumé pour ceux qui comme moi débarquent comme un cheveux sur la soupe. je suis remontée en arrière mais comme je ne sais pas quand ça a commencé! exactement Bon ben là je vais suivre assidûment Jacky! Le pauvre , comment va t-il retrouver sa Meg!. Bisous. Chloé

  5. Il va la retrouver sa chérie ; j’espère qu’elle sera entière car il a une bonne piste .Mais de là à dormir… forcément comment pourrait-il ? On attend la suite !

  6. J’ai bien fait de ne pas lire hier soir ( comme la petite tribu était là ce dimanche je n’ai pas eu le temps d’aller sur l’ordi et le soir plouf me suis endormie devant la télé ) la vision de Meg en lambeaux m’aurait poursuivi la nuit , je file voir la suite .

  7. Cela m’étonnerait qu’il soit en état pour aller faire son cours, il est mal en point le pauvre. Allez je continue ma lecture.

    Amicalement

    EvaJoe

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