ERREUR FATALE … !!! – 28/31

Son obsession … retrouver Meg !!!

obsession

Le jour se lève !

Il n’est que six heures du matin. Il a l’impression d’être encore plus claqué qu’au moment de se coucher, et puis, il déprime. Par moments, il a la conviction qu’il arrivera trop tard. Il sauta de son lit !

Il se colla la tronche sous l’eau glacée, se fila un coup de brosse à dents, et pour le reste, il verra plus tard ! Il enfile son «calbute», saute dans son futal, une chemise, un pull, des chaussettes, ses grolles, son paletot, ses deux flingues et le voilà dehors. Le café de la Providence est ouvert.

– «Bonjour ! Un grand crème avec du lait froid, deux tartines, un paquet de Camel et une boîte d’allumettes, s’il vous plaît.»

– «Bonjour, vous avez l’air pressé aujourd’hui.» Lui répond le garçon.

– «Oui assez !»

– «Il y a longtemps que vous n’aviez pas acheté de cigarettes.»

– «Ouais ! Il y a longtemps !»

Et dans son for intérieur :

– «De quoi il se mêle ce con. Si je veux fumer, j’ai le droit ! J’en n’ai rien à cirer du cancer des éponges.»

Le barman dépose les clopes et les allumeuses sur le zinc, puis, lui tournant le dos, s’affaire sur son percolateur. Il saisit les cibiches, en soutire une du pacson, la renifle et redécouvre avec plaisir cette odeur de miel, de pain d’épices. Il porte la sèche à ses lèvres, l’embrase et aspire goulûment, à plein poumon, la fumée bienfaitrice. En fait, la première bouffée est écœurante, la deuxième infecte et la troisième franchement dégueulasse. Il a perdu l’habitude de se cancériser. Il l’écrase et se rabat sur les tartines de cholestérol et la soupe de caféine.

En direction de Longjumeau, l’autoroute est déserte. Un long serpent, constitué de milliers de phares jaunes et blancs, ondule vers la capitale. Il faut vraiment aimer le boulot, pour s’envoyer trente kilomètres de bouchons, tous les matins. Surtout qu’à Paname, trouver une place pour se garer, puis échapper aux contractuels, ce n’est pas de la tarte !

Direction Chartres, il est sur la bonne route. Il appuie sur l’accélérateur pour libérer les mustangs cachés sous le capot de sa clio, mais ils sont bien cachés ou alors ils dorment ! L’aiguille du compte tours grimpe péniblement et, tant bien que mal, ils atteignent tous les deux leur vitesse de croisière.

Si jamais ils ont touché à une seule des plumes de sa sarcelle, il leur pète la gueule, les brise menu, les pulvérise, les disperse, les écrabouille, les atomise … !

Huit heures trente. Enfin Chartres ! Il quitte l’autoroute et enquille la rocade qui contourne la ville. Sur sa droite, une aire de repos lui fait signe. Il s’y gare, allume son plafonnier et déplie une carte du coin. Il faut qu’il sorte de la rocade vers Bonneval, et qu’il prenne tout droit. Une petite route sur la droite doit le mener au Manoir du moulin. Il pose sa carte Michelin sur le siège passager, éteint la loupiote intérieure et repart vers son destin.

Le hameau où se trouve le Manoir du moulin est tout petit, à peine une vingtaine de maisons. Une seule route bifurque à tribord, et comme dans les grandes agglomérations, une pancarte indique son nom : « Rue du moulin ». Il emprunte cette voie et roule doucement, car il ne doit plus être très loin. Devant le numéro huit, un grand-père emmitouflé, farfouille dans sa boîte à lettres. Il s’arrête, baisse son carreau et s’adressant à l’indigène :

– «Bonjour monsieur.»

– «B’jour mon gars.»

– «Il ne fait pas chaud ce matin.»

– «Eh non ! Fait pas chaud, mais p’être que si l’soleil se lève !»

– «Dites, monsieur.»

– «Oui mon gars ?»

– «Connaissez-vous le Manoir du moulin ?»

– «Si j’connais l’Manoir du moulin ? Pour sûr qu’j’le connais ! Dans l’temps, j’y étais jardinier.»

– «Et, pour y aller ? Comment fait-on ?»

– «Oh ! C’est pas ben compliqué mon gars, tu suis c’t’e route tout droit, sur environ deux cents mètres et juste à l’entrée un double virage, à ta main gauche, un ch’min d’terre descend au Manoir du moulin.»

– «Merci monsieur. Il y a du monde, en ce moment, au Manoir ?»

– «Là mon gars ! Tu m’en d’mandes trop. Y a belle lurette que j’traîne plus mes guêtres dans c’t’endroit, et l’monde du Manoir, y n’fraye point avec les gens du village !»

– «Tant pis ! Merci quand même. Au revoir monsieur.»

– «Au r’voir mon gars et bonne route.»

Comme l’aïeul l’avait dit, deux cents mètres plus loin à l’entrée d’un lacet, un chemin de terre bordé de frondaisons aux couleurs automnales s’enfonçait sur la gauche. Il gara sa torpédo peu après le tournant, et revint à pieds, sur ses pas.

Le sentier feuillu l’amena en pente douce jusqu’à une pesante porte en bois à claire-voie, donnant sur les jardins du Manoir du moulin. De là, une sente plus abrupte l’entraîna vers un cours d’eau. Les graviers roulaient sous ses pas. Arrivé près de l’onde, il s’arrêta, aux aguets, épiant la campagne.

Sur la droite, majestueux, irréel, le Manoir du moulin flottait.

Un pan du Manoir trempait ses murs dans la rivière. Une fenêtre entre ouverte, et à l’intérieur de la pièce, deux hommes parlaient avec forces et gestes.

Une poussée d’adrénaline accéléra son rythme cardiaque. La surpression engendrée dilata ses veines et ses artères, les saturant de sang et de haine. Devant ses yeux, palabraient Georges Tassart et Léonard Braqueux.

D’où il était, il ne pouvait entendre leur conversation, mais cette croisée, légèrement ouverte, l’invitait à l’indiscrétion. Il ôta souliers et chaussettes, remonta ses jambes de pantalon, et entra dans le courant glacé.

Jonché de silex, le fond presque à fleur d’eau lui mordait la plante des pieds, comme mille piranhas. Gauchement, il parvint sans encombre sous la croisée. Malgré le bruit de cascade causé par un proche déversoir, il put entendre la conversation.

– «Ça ! Tu peux dire que tu nous as foutu dans un sacré merdier !»

– «Mais patron, ce flic qui me barre le passage juste après mon business avec Collo. J’ai pas réfléchi.»

– «C’est le moins qu’on puisse dire ! Je sais que je ne te paye pas pour penser, mais quand même ! De là à nous balancer dans des embrouilles pareilles ! Buter un keuf, faut être complètement taré. On va avoir toute la maison « poulagas » sur le râble.»

– «C’est pas sûr, patron.»

– «C’est pas sûr ?! Tu crois peut-être que personne ne t’a vu plomber le poulet ? Et puis, un témoin a pu relever le numéro de la Mercedes.»

– «Vous l’avez déclarée volée, patron.»

– «Ouais ! Mais avec ma renommée, tu n’espères quand même pas qu’ils vont avaler une couleuvre pareille ! Au fait, où l’as-tu abandonnée cette putain de charrette ?»

– «A Pantruche, derrière la gare Montparnasse.»

– «Ben voyons ! Derrière la gare d’où partent les trains pour Chartres. Bougre de con ! Pourquoi pas devant la porte du Manoir du moulin, pendant que tu y étais !»

– «Mais patron …»

– «Il n’y a pas de : «Mais patron …». Tu commences à me baver sur les couilles avec tes conneries! Et la môme ?»

– «La p’tite garce que j’ai kidnappée hier ?»

– «A ton avis ? De quelle autre greluche pourrais-je te demander des nouvelles ?»

– «J’ai fait comme vous m’aviez dit, patron. Hier après-midi, avec le p’tit Marcel et son ambulance, on s’est pointé chez elle déguisés en secouristes des hôpitaux d’Paris. J’ai sonné à sa lourde en gueulant : «Madame Duchemain, c’est bien ici ?». Moins on est discret, et plus les gens ont confiance ! Cette conne a ouvert. Avant qu’elle n’ait dit : «Ouf !», elle s’est goinfrée un crochet au foie, et on a investi sa cahute. Là, tranquille peinard, on lui a foutu votre produit sous pif.»

– «Efficace le chloroforme, hein ?!»

– «Une merveille patron ! La radasse a plongé illico. Je l’ai tripotée un peu pour voir si elle dormait profond !»

– «Je t’avais dit de ne pas l’esquinter tout de suite.»

– «Oh! Je lui ai juste mis une main dans la culotte. Elle pionçait comme un loir. Elle n’a pas moufté.»

– «Ensuite ?»

– «Ben, avec le p’tit Marcel, on l’a descendue sur une civière. Du gâteau patron, on n’a rencontré personne dans l’escalier. Une fois dans la rue, comme des pros, on a mis le brancard dans l’ambulance au p’tit Marcel, et à dix-huit heures on était ici.»

– «Tu l’as enfermée dans la salle de la meule ?»

– «Ouais patron ! Quand nous sommes arrivés, la catin s’réveillait, mais elle était encore envapée. P’tit Marcel est reparti pour Paname, et moi, j’ai descendu la pisseuse dans la pièce où on moudait l’grain …»

– «Moulait Léonard ! Moulait le grain.»

– «Où on moulait l’grain, et là, je l’ai foutue à poils. Elle a bien un peu rechigné, mais, j’l’ai calmée avec une méchante mandale dans sa gueule de moineau, puis j’l’ai attachée à la chaîne près de la meule. Depuis, elle est toute seule. Elle doit commencer à s’les geler et à s’faire du mouron.»

– «Tant mieux, elle en sera plus loquace ! Bon Léonard, tu vas sortir la jaguar, tu jettes un œil sur notre invitée et on part à Chartres.»

– «On part à Chartres, patron ?»

– «Oui, j’ai une course à faire.»

– «Et la gonzesse ?»

– «On s’en occupe en rentrant.»

– «Patron ! J’pourrai …»

– «Bien sûr, dès qu’elle nous aura raconté pourquoi elle est accrochée à mes basques, tu pourras jouer avec, et ensuite, tu nous en débarrasses, mais je ne veux pas qu’on la retrouve de sitôt !»

– «Vous en faites pas patron !»

– «Ah ! Aussi ! Quand tu auras terminé avec la demoiselle, il faut à tout prix que tu t’occupes du connard qui la suit comme un «chien-chien à sa mémère». Lui aussi faut le retirer de la circulation.»

– «OK ! Patron, ça sera fait !»

– «Bon, alors on y va et ferme-moi cette fenêtre, merde ! On se les caille dans cette taule !»

Jacky s’accroupit un max pour éviter que Léonard le découvre. Il en profite pour tremper son cul dans la flotte. Elle est glaciale. D’ailleurs, depuis le temps qu’il patauge, il ne sent plus ses paturons !

A suivre …

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

16 réflexions sur « ERREUR FATALE … !!! – 28/31 »

  1. Eh ben, je ne voudrais pas être à la place de la greluche, ni de son sauveur d’ailleurs, ils n’ont pas affaire à des enfants de choeur, c’est le moins qu’on puisse dire !
    Très bon dimanche.

  2. La situation n’est pas drôle pour « la belle » comme t’y envoies côté franc parlé trop harde
    bon dimanche et au chaud car tu dois être ventée chez-toi

  3. Oups! Encore une bonne dose d’adrénaline!
    On espère que Jacky, l’amour faisant de miracles, va enlever sa gonzesse des paluches de ces deux salopards!
    Bises et bon dimanche

  4. Oh la la, j’attends la suite, j’étais partie pour en lire encore et encore…
    J’ai hâte de voir la revanche de Jacky et celle de Meg, ils vont défoncer de l’affreux mais ils ont affaire à de sacrés salopards. Il va y avoir de la casse… On vibre avec tes personnages, bravo Zaza, je t’embrasse, belle soirée à toi
    Cendrine

  5. Ben dis donc, en voilà une histoire !! J’avoue, je n’ai pas suivi, mais çà promet…. Bravo ma Zaza, quelle imagination… Bonne continuation donc et belle semaine frisquette parait-il ! Je t’embrasse bien fort, kenavo, Shuki

  6. Et bien, et bien ils ne sont pas tombés sur des enfants de chœur, heureusement que Jacky a tout entendu, il attend que les deux loustics s’en aillent et hop ils délivrent sa meuf..

    Bien je vais lire la suite.

    Bises

    EvaJoe

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