Le week-end, un thème, un tableau – 20 Décembre 2025… !!!

LES CONSIGNES DE LILOU, CLIC.

Son thème : « L’attente. »
Le mot de Lilou : « C’est Noël ou presque… C’est l’hiver ou presque, cela ne met pas vraiment en joie mais cette période est incontournable.
Aussi je vous propose cette période qui n’est pas encore; celle qui est dans l’attente ; celle de la gourmandise, celle des cadeaux, celle de la neige, celle de randonnées dans la montagne, ou celle de vacances au soleil histoire de se ressourcer… Enfin l’attente dans tous ses états
. »

La Nativité – École créto-vénitienne  (Auteur anonyme)

Tempera sur bois enduit – Dimension : 65 x 80,8 cm – Datation : Vers 1480-1500 – Localisation : Petit Palais, salle des icônes – Paris.

Le musée du Petit Palais possède la plus importante collection de France, composée d’icônes issues de la Crète, de la Grèce, des Balkans et de la Russie, datées du XV au XIX ème siècle, aujourd’hui présentées dans une nouvelle muséographie.
L’ouvrage nous invite, à travers ce remarquable ensemble, à découvrir la richesse picturale et symbolique de l’icône, comme à comprendre sa permanence à travers les âges.
Pour cette œuvre que j’ai choisi aujourd’hui, a
u lieu d’intégrer des motifs occidentaux dans le cadre d’une icône, ce tempera présente la singularité de juxtaposer le style italien et le style byzantin de part et d’autre d’une diagonale qui relie l’angle inférieur gauche à l’angle supérieur droit de ce panneau.
Il est même possible d’imaginer qu’il est l’œuvre de deux artistes différents, l’un de tradition occidentale, l’autre de tradition byzantine ?
Le paysage panoramique qui reflète la tradition italo-flamande de l’époque, offre la particularité non seulement d’occuper un espace totalement inhabituel, mais d’être organisé suivant le principe de la perspective, absent par tradition dans les icônes ; les vallons qui se succèdent, contribuent à approfondir le champ de la vision et un ciel bleu parcouru de nuages remplace le fond d’or.
L’icône raconte la naissance du Christ, fêtée le 25 décembre, jour de Noël.
L’Église orthodoxe, ce jour-là, célèbre la « Nativité selon la Chair de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ » et fait mémoire « des Bergers qui ont vu le Seigneur » ainsi que de « la vénération des Mages ».
Ces événements, connus par les évangiles, sont complétés par des éléments provenant de la Tradition qui servent à la mise en images du discours théologique sur l’Incarnation divine, affirmée comme « réelle et non illusoire ».
Voici comment Ariane de Medlege analyse cette œuvre.

« Nul point de fuite, nul modelé des formes, la primauté est donnée à l’écriture du mystère théologique. La montagne qui s’élève de gauche à droite crée un fond d’or pour la scène. La  Vierge Marie, au centre, est vêtue à la byzantine avec son voile, le maphorion (1), orné de trois étoiles qui témoignent de sa virginité avant, pendant et après la naissance de l’Enfant-Jésus.  Plus grande que les autres personnages, elle est couchée sur un lit pourpre, signe de sa royauté  et lieu de son repos d’accouchée.
Marie médite en contemplant son enfant. Au-dessus d’eux, au sommet de la montagne, sept  anges chantent la gloire de Dieu au ciel et sur la terre : celui du haut regarde vers le ciel, les six  autres se tournent vers la terre pour annoncer la merveille aux bergers. Leur « Gloria in excelsis Deo » fait écho à la mélodie qu’un autre berger joue sur sa flûte, dans le coin inférieur gauche du tableau, pour charmer ses brebis. 
Marie, Jésus et Joseph sont graves et traités chacun d’une manière spécifique, car, dans le mystère du salut, ils ont chacun leur part d’épreuve.
Joseph affronte le doute, représenté par les deux personnages face à lui, de profil, comme il sied aux « mauvais » dans l’iconographie. 
C’est dans la Foi qu’il accepte cette maternité divine qui le dépasse.
Marie, dans son vêtement pourpre et bleu sombre, pressent que son fils accomplira un sacrifice douloureux. Elle est montrée détachée de lui.
Jésus est désigné « Christ » par les lettres d’or qui se détachent du fond noir de la grotte dans laquelle il repose. Cette naissance exceptionnelle fait éclater la terre : le salut fend même la roche la plus dure ! 
L’enfant est langé dans des bandelettes qui pourraient être aussi celles d’un corps préparé pour être enseveli, mais qui sont d’un blanc rayonnant : la naissance et la mort sont associées de façon synthétique et optimiste, annonçant la résurrection.
Les trois membres de la sainte famille ont la tête nimbée d’une auréole d’or manifestant la lumière divine qui les habite : leur sainteté.
Le chien blotti paisiblement aux pieds de Joseph et de Marie exprime leur fidélité.
Dans le coin inférieur droit, deux servantes préparent le bain habituel du nouveau-né, mais l’eau purificatrice se déverse dans un bassin en forme de calice, annonciateur du sacrifice qui amènera la rédemption. Le nourrisson qui va être baigné est représenté dans un corps robuste rehaussé de lumière blanche : la vie sera plus forte que la mort. Marie le voit déjà, par la force de l’Espérance.
La partie de l’œuvre au-dessus de la diagonale nous entraîne dans un autre univers. Ici, nous sommes dans un paysage naturaliste, typique des tableaux de l’école vénitienne et du Quattrocento.
Les mages à gauche, nobles cavaliers à cheval, scrutent le ciel à la recherche de l’étoile. Ils sont  guidés par un ange aux ailes d’or de style byzantin.
En arrière-plan, un lac, la mer et les montagnes sont estompées pour se fondre dans un ciel vaporeux selon le principe de la perspective atmosphérique. Une ville éclairée aux tours seigneuriales et aux nombreux clochers fait face à une autre ville fortifiée laissée dans l’ombre, à l’intérieur des terres : le Christ vient porter la lumière aux hommes de bonne volonté. 
Enfin, les deux styles picturaux viennent s’unifier en guidant le regard vers trois nouveaux détails : entre ombre et lumière, les bergers qui gardent leurs troupeaux entendent la voix d’un ange « latin ». Ce dernier vole à la rencontre de l’ange « byzantin » dans le ciel laiteux. 
À droite, ce même ciel naturaliste est traversé par un rayon scintillant correspondant au traitement byzantin du thème de la trinité, pour toucher la Vierge et l’enfant dans la partie byzantine de l’icône. 
On peut entendre en résonance les mots du pape Léon XIV dans son discours lors du congrès  international mariologique de septembre 2025 à Rome :
« Marie est une femme synodale, car elle est pleinement et maternellement engagée dans l’action de l’Esprit Saint qui réunit comme frères et sœurs ceux qui croyaient auparavant avoir des raisons de rester divisés. »

Oui, en cet Avent, que Noël soit affaire de rencontre, de naissance et d’Espérance ! 

(1) Dans l’histoire de l’art comme dans l’histoire des reliques mariales, le maphorion (apocope d’omophorion, du grec omos [épaule] et pherein [porter]) est le voile qui, dans les images picturales, essentiellement orthodoxes, couvre la tête et les épaules de Marie.

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

24 réflexions sur « Le week-end, un thème, un tableau – 20 Décembre 2025… !!! »

  1. balade que nus avons pu faire avec l’un de nos petits fils et sa copine il a retrouvé les endroits où ils allaient tous les deux voir les grenouilles et ramasser un où deux têtards, ils adoraient aller s’y balader, mais comme l’endroit est dangereux nous les avons toujours accompagnés, ce fut de beaux souvenirs….passe un doux samedi

  2. Un tableau qui cadre parfaitement bien avec cette période! Il est très original.
    Je te souhaite de passer un très joyeux Noël et de belles fêtes de fin d’année.
    Très belle journée
    bises

  3. Bonjour Zaza
    Un sujet familier, renouvelé par la tradition orthodoxes.
    Analyse magistrale pour ce tableau de circonstance , riche et « exotique ».
    Miss Yves

  4. Formidable icone ma Zaza tu me fais découvrir une nativité nouvelle
    je note que le petit palais nous réserve de belles surprises
    Bonnes fêtes de Noël j’espère que sa lumière viendra éclairer les dirigeants du monde entier !!!

  5. Un très beau tableau de la Nativité. Et original. Bien documenté et analysé.
    Excellent choix pour ce thème de l’attente
    Bisous ma Zaza et bon WE

  6. J’aime beaucoup les icônes et ce tableau est remarquable!
    Merci de nous l’avoir proposé.
    Bon w-end!
    Bises de Mireille du sablon

  7. Une magnifique tempera que tu as choisie . Merci beaucoup pour le partage de l’analyse de cette oeuvre , une nativité tres originale.
    Bon week end
    Bises

  8. bonjour
    j ‘aime beaucoup cette nativité
    une belle attente
    c’est rare de voir une telle scéne
    bonne fin de journée
    kénavo

  9. Chère Zaza,

    Quelle analyse passionnante !
    C’est fascinant de voir comment cette œuvre réussit à faire cohabiter la tradition byzantine et le naturalisme vénitien de part et d’autre de cette diagonale.
    Ta description de Marie, à la fois Reine sur son lit pourpre et Mère pensive illustre magnifiquement cette  » attente » devenue Espérance.

    Merci pour ce voyage entre Orient et Occident !
    Bien amicalement, Marie Sylvie

  10. une toile très complète racontant une histoire exceptionnelle ; l’image est un peu sombre et au dessus du Christ emmailloté on dirait le diable toujours là … hélas. Bonne préparation de Noël, et nous essayons d’expliquer aux jumeaux que Noël est la venue de Jésus Sauveur du Monde. Bises

Répondre à Jean marie14 Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.