L’impôt de trop – La révolte des bonnets rouges – 2/2 … !!!

Le code paysan !

code paysan

Les historiens désignent souvent par le seul nom de Code paysan l’ensemble des textes revendicatifs approuvés lors d’assemblées générales par les populations soulevées lors de la Révolte des Bonnets rouges en Bretagne, en 1675, bien que ce ne soit que le nom attribué à celui qui est le plus connu. Ces codes évoquent par certains aspects les cahiers de doléances de 1789.

Le code paysan ou code « pesovat » (ar pezh ‘zo vat, ce qui est bon, en breton) est une des originalités de cette révolte.

Proclamation du Code Paysan – (Dessin de Patrice Auffret)

code paysan

Véritable programme politique, les insurgés y exposent leurs revendications. Ils demandent l’abolition de droits et taxes féodales et une justice équitable.

Le code paysan étonne l’Europe, l’ambassadeur de Venise en France en fait mention, comme certaines gazettes hollandaises et anglaises. C’est un texte bien construit, écrit sans doute par un ou plusieurs juristes.

« Le 2 juillet 1675 à la chapelle Notre-Dame de Tréminou, en Plomeur, quartier général des insurgés, les représentants des paroisses soulevées se réunirent et rédigèrent le « code paysan ». Ce « règlement » fait par les nobles habitants de quatorze paroisses depuis Douarnenez jusqu’à Concarneau provient des paysans les plus instruits et les plus modérés qui ont rédigés les cahiers de doléance de 1789. »

Or, le meneur le plus célèbre des Bonnets rouges, Sébastien Le Balp, a eu une formation de juriste. Il est notaire et chef des insurgés…

sébastien le balp

Né en 1639, à Poullaouen, il fut remarqué très tôt par le marquis du Tymeur qui l’envoya faire du droit à Nantes. Revenu dans le Poher, Le Balp s’installe comme notaire royal à Kergloff. Accusé de malversations, il est jeté en prison de 1673 à 1675. Il est relâché faute de preuve, à la veille de l’insurrection.

Sébastien Le Balp à la tête de la révolte !Sébastien Le Balp

Cette révolte en centre Bretagne va trouver un chef dans ce notaire à la réputation ruinée. Les événements passés, un des bourgeois de Carhaix témoigne qu’il s’était « acquis une telle réputation parmi les paysans révoltés, qu’il s’était fait passer pour le chef, que lesdits révoltés suivaient entièrement ses ordres pour sonner les tocsins, pour s’attrouper et s’assembler où il voulait, que pendant la sédition, il a été le premier en tête, à tous les incendies, pillages et désordres. »

Le comte de Boiséan, gouverneur de Morlaix, ne s’y trompe pas en écrivant, le 26 juillet, au marquis de Montgaillard :

« Je crois que s’y pouviez gagner leur chef ou lui faire couper la gorge, tout ce parti se réduirait en fumée. »

Le marquis de Montgaillard qui entretient des rapports ambigus avec les insurgés, était en effet arrivé par ruse à les dissuader de marcher sur cette ville. La prise du port de Morlaix aurait permis aux Bonnets rouges de recevoir le renfort d’une escadre hollandaise qui croisait alors dans la Manche.

Port de MorlaixPort de Morlaix

En représailles, le manoir du Tymeur en Poullaouen, appartenant à Montgaillard, est pillé et en partie brûlé. Mais Le Balp ne rompt pas ses relations avec le marquis.

En effet, les insurgés savent que des troupes royales sont en route pour la Bretagne. Or, pour espérer leur résister militairement, il leur faut un professionnel de la guerre. Sébastien Le Balp tente de persuader Montgaillard, ancien officier de l’armée royale, de prendre la tête des troupes insurgées.

Sébastien Le Balp entend réunir 30.000 hommes en armes le 3 septembre au manoir du Tymeur.

manoir de tymeur

Il compte ensuite marcher sur Carhaix et Quimper, puis affronter les troupes du duc de Chaulnes.

duc de chaulnes

Arrivé au Tymeur la veille au soir, avec 2.000 hommes, Sébastien Le Balp s’isole pour s’entretenir avec le marquis de Montgaillard et le frère de celui-ci. Mais ce dernier, vers minuit, s’empare d’une épée et transperce la gorge du chef des insurgés.

Les deux nobles parviennent ensuite à s’enfuir en semant la confusion chez les Bonnets rouges complètement démoralisés par la mort de leur meneur.

Dans le même temps, les troupes fraîches qu’attendait le duc de Chaulnes arrivent en Bretagne.

Le 1er septembre, elles sont à Quimper, du 4 au 18 dans le Poher, le 20 à Morlaix, le 12 octobre, elles pénètrent dans Rennes.

En l’absence de rébellion organisée, l’expédition se transforme en promenade de santé pour les troupes royales.

Pour les habitants des paroisses révoltées, en revanche, c’est le début d’une longue épreuve.

Une répression sans pitié !

Les meneurs qui sont capturés sont pendus aux clochers ou aux arbres bordant les châteaux pillés par les rebelles.

L’Allégorie de la révolte du papier timbré de Jean-Bernard Chalette (1676, Musée des Beaux-Arts de Rennes)L’Allégorie de la révolte du papier timbré de Jean-Bernard Chalette (1676, Musée des Beaux-Arts de Rennes)

Au milieu de la répression, le duc de Chaulnes a cette phrase terrible :

« Les arbres commencent à avoir le poids qu’on leur donne. »

Plusieurs clochers du pays bigouden qui avaient sonné le tocsin de la révolte sont rasés. Ceux de Lanvern, Languivoa en Plonéour-Lanvern et Lambour à Pont-l’Abbé n’ont jamais été reconstruits. A Rennes, un faubourg est entièrement rasé et les États de Bretagne, réfugiés à Vannes, sont obligés de verser une contribution de trois millions de livres au trésor de guerre, une somme colossale.

La reprise en main est aussi idéologique avec les missionnaires du père Maunoir, envoyés ré-évangéliser les campagnes rebelles.

Quant au corps de Sébastien Le Balp, il est exhumé. On fait un procès à son cadavre qui est ensuite traîné sur une claie, rompu et exposé sur une roue.

Après avoir soufflé le temps de l’été 1675, « la révolte des Bonnets rouges s’éteint tragiquement dans une longue répression . »

Récit d’Erwan Chartier

 Les enclos après la révolte des bonnets rouges

A la suite de la révolte des Bonnets Rouges en 1675 qui vit 14 paroisses de Basse Cornouaille se liguer et proclamer une charte, le « Code Paysan », le pouvoir, entre autres représailles, décida la décapitation de la flèche de 6 clochers :

les églises paroissiales de Tréguennec, Combrit (reconstruit en 1774) et Lanvern, les églises tréviales de Lambour et Saint Honoré et l’église Chapelaine de Languivoa.

Église Saint-Trugdual – Combritcombrit

L’église Saint-Tugdual a été construite entre les 14ème et 18ème siècles. Accolé à la nef se trouve l’ossuaire qui date du début du 17ème siècle. A l’intérieur l’église possède de remarquables poutres sablières qui viennent d’être remises en valeur. Elles figurent parmi les plus intéressantes du Pays Bigouden et se caractérisent par leur originalité, un véritable souci du détail ainsi que d’une remarquable habileté. On y trouve la représentation de l’Enfer, des têtes de monstres, appelées engoulant, sont sculptées à la base des entraits. Des scènes de vie quotidienne telles qu’une pêche miraculeuse ou des labours et des récoltes sont également présentes. Le mobilier et la statuaire sont également des éléments importants à regarder lors de la visite de l’église.

L’église Saint-Tugdual, qui fut en 1675 le point de départ de la Révolte des Bonnets Rouges en Pays Bigouden, vit son clocher arasé sur ordre de Louis XIV en guise de représailles. Suite à l’autorisation du roi Louis XVI, les paroissiens firent reconstruire le clocher en 1774. Pourvu d’un dôme et d’un lanternon, le nouveau clocher est probablement plus modeste que la flèche gothique d’origine.

Lanvern

Située à 1km au nord du bourg de Plonéour Lanvern, les ruines de cette ancienne église paroissiale présente d’élégantes colonnes de l’école de Pont Croix, une belle rosace et une fontaine au pied du mur sud.

Lambourclocher lambouréglise de lambour

Sa riche façade est bâtie dans le style flamboyant du début du 16ème siècle. Le clocher était flanqué de 2 tourelles, d’une galerie en loggia conduisant à une belle porte et 2 imposants contreforts. La toiture menaçant ruine a été démolie.

LanguivoaLanguivoa

languivoa

La chapelle du 13ème siècle possède les faisceaux de colonnettes et les chapiteaux décorés typiques de l’école de Pont Croix. Elle a été agrandie avec des colonnes du 15ème siècle.

 Languidoulanguidou

Languidou

Il semblerait que c’est à Languidou en 1260 qu’est apparu pour la 1ère fois le style architectural gothique d’inspiration anglo-normande dit de « l’École de Pont Croix » (l’église de cette ville représentant le sommet de cet art) qui au 13ème siècle essaima à travers la basse Cornouaille ses piles polylobées, ses fines arcades et ses chapiteaux ouvragés.

languidouLanguidou

La chapelle fut démolie sous la révolution, subsistent de superbes vestiges de granite. Le chevet, sa rosace, datent du 15ème siècle.

rosace Languidourosace languidou

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

23 réflexions sur « L’impôt de trop – La révolte des bonnets rouges – 2/2 … !!! »

  1. Epatante cette histoire de code paysan et cette mobilisation qui aurait pu changer bien des choses dans l’Histoire. Dommage pour la mort du meneur, il avait du charisme et il aurait pu aller loin…
    Magnifique rose ajourée, dentelles sacrées qui se dressent toujours, malgré les affres du temps, entre ombre et lumière…
    Un billet qui m’a régalée ma Zaza, gros bisous et la plus belle journée possible pour tous les deux
    Cendrine

  2. très jolie église avec cette tour carré…..que l’on ne voit que très rarement…..toujours un temps agréable par ici, à part le vent qui se lève tous les après midi, mais finalement il donne un peu d’air frais….(lol) douce journée à toi

  3. … cette suite de lecture est passionnante! merci à toi, tu me permets d’en savoir un peu plus sur cette Bretagne que j’aime tant.
    Bises du jour,
    Mireille du sablon

  4. Bonjour Zaza
    Merci pour cette suite , c’est toujours intéressant de découvrir notre histoire , surtout nos révoltes ..
    La Bretagne ne s’est jamais laissée faire …
    Bises à toi

  5. Une fin à déplorer pour le respect du code paysan , monde de valeur
    Cette dentelle de pierre est remarquable
    Sachons de nos jours protéger ce qui nous reste
    Bonne journée
    Merci pour ce moment

  6. Merci pour cette nouvelle page, ma Zaza.
    Tu nous as écrit une belle leçon d’histoire, très bien illustrée et agréable à lire.
    Tu serais un merveilleux professeur, tous les élèves seraient suspendus à tes lèvres !
    Incroyable que le roi s’en soit pris au clocher de l’église pour les punir… Heureusement qu’il a été reconstruit ensuite. :)
    Passe une douce journée. Gros bisous.

  7. Languidou a heureusement été bien nettoyée et remise en valeur, j’aime beaucoup passer par la « route du vent solaire » pour la voir
    Languivoa près de Plonéour Lanvern a été restaurée avec l’appui de Madame Pompidou qui avait une maison à Sainte Marine.

    Une belle page historique ma Zaza

  8. pas mal de destructions à la révolution ! dommage-
    un grand chef, un autre robin des bois !
    je ne connaissais pas du tout cette révolte pour cette région ! bravo !
    bon aprem!

  9. bravo à cette belle révolte, helas declenchée un peu trop tot , les révoltés ont été les victimes de la noblesse , pas encore ebranlée par la revolution de 1789, si j’ai bien compris la plupart des clochers arasés n’ont pas été reconstruits , merci Zaza pour cette belle page d’histoire, bonne soiree bises

  10. Coucou Zaza
    Une fort belle histoire qui, hélas, finit fort mal….
    Eternelle ritournelle du pot de terre contre le pot de fer…
    Bravo, chère Zaza, c’est passionnant !
    Bises émues

  11. L’indécision et souvent la main de la trahison et Le bal en a fait les frais. C’est bien triste, l’histoire aurait pu changer.
    En tout cas, je serais moins bête ce soir et je pense que beaucoup on du ou en auront à apprendre avec cette leçon d’histoire bretonne.
    Bises

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