Croisière sur la Rance – 2/14 … !!!

L’usine marémotrice de la Rance et l’estuaire

estuaire et barrage Rance

Barrage Rance

Présentation

L’usine marémotrice de la Rance est actuellement la seule usine de ce type au monde.

Au départ, il existait un projet beaucoup ambitieux en Baie du Mont qui est techniquement réalisable, mais dont les coûts environnementaux seraient refusés par la société actuelle et ce d’autant que les conséquences de la construction du barrage sur l’estuaire de la Rance ont été très importantes.

Quatre zones composent l’estuaire :

estuaire rance

  • Le littoral : la baie de Saint-Malo, de Saint-Briac à la pointe de Cancale
  • L’estuaire maritime : de l’usine marémotrice à la cluse de Port Saint-Jean
  • Une zone estuarienne véritable de Port Saint-Jean à l’écluse du Châtelier
  • La partie fluviale : à partir de l’écluse du Châtelier et vers l’amont

Un biologiste de l’association C.O.E.U.R. nous a fait l’honneur de nous expliquer les conséquences environnementales de cet aménagement. Les impacts du barrage sur l’estuaire de la Rance sont visibles mais difficilement mesurables. Tout d’abord, les travaux ont été menés dans l’estuaire sans qu’ait été fait au préalable d’études. Si le barrage a été inauguré en 1966, il est le fruit d’une réflexion d’une vingtaine d’années. Or, dans les années 1940-1960, il n’y a pas encore de préoccupation d’ordre environnementales : la croissance et le développement sont les impératifs qui priment.

Il est donc presque impossible de mesurer scientifiquement les modifications apportées par la mise en service du barrage. De plus l’entreprise qui exploite le barrage (EDF) a le monopole des chiffres actuels. Pour autant, on a pu tirer un bilan de la construction du barrage.

Un nouvel écosystème estuarien

On observe malgré tout une recolonisation progressive du milieu par les divers peuplements. Certes, les espèces anciennes reviennent mais elles ne s’organisent plus du tout comme dans le milieu naturel.

En 1971, cinq ans après l’ouverture du barrage, Dinard lance des études sur la Rance qui aboutissent à la conclusion que la recolonisation a duré environ dix ans, variant selon les modalités de reproduction des espèces.

La réponse du milieu : une lente reconquête

La réponse du milieu s’est opérée en deux temps :

  •  une phase de recolonisation : dix ans
  •  une phase de stabilisation des peuplements (depuis 1976 environ)

Le développement d’espèces résistantes : le cas des moules …

À la suite du bouleversement du milieu naturel, des espèces dites opportunistes se sont développées dans le lit de la Rance, en particulier les moules et les invertébrés qui à l’ouverture du barrage ont colonisé tous les fonds. Ce développement est à l’origine de nouvelles activités économiques. Cependant, il ne s’agit que de certaines espèces de moules !

moule

L’eutrophisation du milieu a provoqué la prolifération d’algues vertes qui elles aussi contribuent à accélérer la sédimentation du cours d’eau, d’où une baisse de débit par m3 puisque le niveau de l’eau est plus haut. Le courant est affaibli, et la température a augmenté ce qui provoque à nouveau une eutrophisation.

A contrario, la quantité de poissons a baissé. Il reste aujourd’hui 30% de la population d’avant le barrage. Les anguilles ont été particulièrement affectées : elles sont désormais absentes de l’estuaire ainsi que les poissons plats. La pêche au lançon a pratiquement disparu alors que le lançon a une place importante dans les réseaux trophiques marins et constitue un bon témoin de la qualité de l’eau.

Il reste cependant les bars

bars

et des lieus.

lieus

– « Depuis le barrage, ce n’est plus pareil ! » constate, désabusé, André Bourges, ancien de la marine marchande qui a bourlingué sur toutes les mers du globe et pris sa retraite dans son village natal, à Saint-Suliac.

– « Il y a beaucoup moins de maquereaux et de margates (seiches). En revanche, il y a beaucoup plus de vase et d’algues… » .

Un nouvel écosystème riche

Pourtant, le nouvel écosystème est riche : 110 espèces d’annélides,

La gravette blanche par exemple

gravette blanche

47 de crustacés (contre 44 avant), 70 espèces de poissons, des céphalopodes, etc. Il semble qu’il y ait plus d’espèces qu’avant, en particulier sur les grèves artificielles. De plus, les mouvements d’eau ont conduit à créer un équivalent de mer artificielle au milieu de l’estuaire : on trouve entre 0 et 8 mètres des espèces pélagiques qui n’existaient pas auparavant et qu’on trouve en baie de Saintalo entre -20 et +13 mètres. Ceci conduit les biologistes à dire qu’on a en réalité la création de deux milieux différents à partir d’un unique milieu d’origine.

Si on a plus d’espèces, cela ne veut pas dire qu’on a plus d’individus qu’avant le barrage : certaines espèces ont perdu plus du tiers de leur population. Mais l’absence d’inventaires précis d’avant 1960 rend impossible toute comparaison rigoureuse.

Un barrage perméable à la vie

De gros organismes venant du large franchissent le barrage sans dommage vers le bassin fluvial. En revanche le franchissement vers l’aval est quasiment impossible.

Chaque printemps, des « raisins de la mer » (pontes de seiche en grappe) sont ainsi retrouvés dans la Rance, ce qui indique que leurs géniteurs ont passé le barrage.

Des mammifères de grande taille ont également pénétré en amont du barrage. Un phoque a passé le barrage par l’écluse à deux reprises; arrivé en 2000, l’animal a été ramené en 2001 en baie du Mont dont il est revenu en une semaine.

L9 – Joséphine, le phoque de La cale de Mordreuc

Située à Pleudihen sur Rance (22), la cale de Mordreuc est aujourd’hui célèbre grâce à « L9 », un veau marin qui y a établi domicile à la surprise générale. En 2008 ce furent six dauphins de Risso dont trois jeunes, aperçus, en amont du barrage. Ces dauphins ne se nourrissent que de céphalopodes dont les jeunes ne consomment que les têtes. Les animaux ont pu passer le barrage à la suite d’un banc de seiches et seraient entrés par le vannage. Six portes de 6×15 m s’ouvrent deux fois par jour et le barrage est alors facile a franchir.

Dernièrement un jeune dauphin s’est fait piéger

Le dauphin prisonnier de la Rance depuis 18 jours a été retrouvé mort hier matin par un riverain, qui a découvert l’animal gisant dans la vase, au bas de sa propriété. 

dauphin piégé

S’il est possible de traverser le barrage vers l’amont, le fonctionnement automatique des vannes ne permet pas le passage vers l’aval. Piloté par ordinateur, le barrage fonctionne la plupart du temps en simple effet : les vannes ne s’ouvrent alors qu’en fin de remplissage, deux fois par jour. En double effet les portes sont ouvertes lors de la vidange. En fonctionnement simple effet, la seule voie de passage vers l’aval du barrage est les turbines. Il est donc impossible aux gros organismes de repasser le barrage.

Les conséquences économiques

La construction du barrage a fortement perturbé les activités de pêche. Les pêcheurs ne travaillent plus avec l’heure de la mer mais doivent planifier leur sorties 48 heures à l’avance en fonction du niveau d’eau dans le bassin et des horaires correspondants. Il est aussi difficile aux marins de s’adapter aux contraintes de circulation imposées par l’ouverture et la fermeture de l’écluse

et les possibilités offertes par le niveau d’eau dans le bassin. De même, la pisciculture subie de fortes des contraintes. Le bassin de la Rance offre toujours des conditions particulières qui favorisent la pêche : eaux abritées, eaux relativement profondes, souvent renouvelées donc bien oxygénées. De fait, après avoir détruit ces activités, on les a recrées sur de nouvelles bases. La technique des cages flottantes est par exemple bien adaptée à la production des salmonidés, (Saumons, Truites, Ombres). La pêche concerne aujourd’hui de nouvelles espèces : les bars et les lieux ont ainsi remplacé les poissons plats. On trouve aussi des activités de pêche en plongée avec bouteille

pêche bouteille

pour la coquille Saint-Jacques,

huitre

ainsi qu’à l’huître plate sauvage (seul site en France).

huitres plates

On développe enfin l’algoculture en autre à Saint-Suliac.

agroculture

Bilan

En définitive, le barrage sur la Rance est lourd de conséquences environnementales sur l’estuaire. Dans ce cadre, l’association C.O.E.U.R Émeraude a mis en place des dispositifs qui visent à instaurer une meilleure gestion du barrage et des risques environnementaux qu’il induit.  Se pose ici la question de savoir si le changement est positif ou non : c’est une question à laquelle les biologistes ne peuvent pas répondre. Il y a eu catastrophe écologique mais aussi renouveau de l’estuaire. Savoir quel état est le plus désirable relève du point de vue de la société et non de la science qui peut simplement constater la succession de deux états de l’estuaire, très riches en biodiversité, mais très différents.

Bibliographie et sources

  • Conférence de François Lang (Association C.o.e.u.r) à Saint Lunaire
  • Courrier de l’environnement de l’INRA, n° 31, 1997
  • www.coeur.asso.fr
  • Médiathèque en ligne EDF sur www.edf.com

On se retrouve jeudi pour la croisière

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

27 réflexions sur « Croisière sur la Rance – 2/14 … !!! »

  1. C’est fascinant tout cela…
    Un univers intensément complexe, la rencontre entre l’Homme et la Nature…
    C’est un écosystème des plus riches…
    Trop mignon le phoque, j’ai beaucoup aimé la vidéo
    Pauvre dauphin…
    J’ai beaucoup appris ma Zaza, un grand bravo pour ton remarquable article, extrêmement bien documenté!
    Gros bisous sans oublier ton Poux Ronchon
    Cendrine

  2. tout un monde que je ne connais pas, et oui dans les montagnes on entend rarement parler de tout ces lieux, ainsi que des poissons, moules etc…..et dommage pour ce dauphin qui n’a pu échappé à sa destination…..en te lisant j’ai l’impression d’être ailleurs, passe un bien doux mardi

    1. Tu as raison Pierre. Depuis sa publication, j’ai d’autres lecteurs qui ne sont pas remontés aussi loin dans le blog.
      Et puis cela m’arrange bien, car de cogiter sur la souche à virus m’a épuisé ! Tu verras jeudi, en bon capitaine pour cette quinzaine des croqueurs de môts, j’en remets une couche. et ensuite publication du tableau récapitulatif, pour les 3 phases, en espérant avoir oublié personne. 🤷‍♀️

  3. Bonjour Zaza, quel beau billet , très instructif, on a tout ce qu’il faut pour se faire une idée de ce qui se fait. Merci c’est super bisous MTH

  4. Bonjour Zaza,

    Eh oui, de vrais bouleversements… Sans doute encore tôt pour dire si c’est bénéfique à long terme ou non. Mais une chose est sûre, la nature se renouvelle et s’adapte. Est-ce cela finalement qu’il faut retenir ? À suivre.

    J’espère sinon que tu vas bien.
    Bises et bon mardi.

    Fabrice

  5. Il me semblait aussi avoir déjà vu ton reportage mais il reste toujours aussi intéressant!
    Bises du jour
    Mireille du sablon

  6. pour mesurer les avantages et les inconvénients il faudrait aussi voir ce que cela signifie par rapport aux autre moyens de produire ed l’énergie : le nucléaire, entre autres ?

  7. Ce barrage à l’époque a fait couler beaucoup d’encre et instauré beaucoup de différents, espérons qu’on arrivera à régulariser ses mauvais effets puisque il en a des bons d’un autre côté !
    Bises et belle journée

  8. Merci Zaza pour ce superbe article sur le barrage de la Rance, tu as bien fait de nous en reparler . Un impact environnemental c’est certain , certaines espèces en profitant plus que d’autres .
    Bonne journée
    Bises

  9. Super cet article Zaza! Mais tu avais déjà parlé de la Rance et son barrage il me semble, et de cette croisière ?..
    En tout cas c’est très intéressant, merci.
    Bonne journée, gros bisous

  10. Bonjour Zaza,
    c’est un article intéressant, très détaillé et qui laisse perplexe sur le bilan écologique de ce barrage, un ouvrage impressionnant par ailleurs.
    Bises et bonne soirée à toi,
    Mo

  11. très interessantes ces explications sur le barrage sur la Rance et ses consequences, pas tres bonnes pour les pecheurs, et l’environnement, des changements lourds de consequences, esperons qu’un nouvel equilibre s’etablira , article tres interessant merci Zaza bonne soiree bises

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