Le polar du Lundi – Chapitre IV

Un petit polar sans prétentions de mon cru pour remplacer le mot mystère de Lilou et les défis des crôqueurs de môts qui sont partis en vacances…

La nuit sur la métropole est un maillage de néons bleutés et de capteurs thermiques…

L’Alliance des Naufragés

Le vieux port, à cette heure, n’était qu’un enchevêtrement de grues rouillées et de conteneurs empilés comme des tombeaux de métal. L’entrepôt 12, une carcasse de béton léchée par les embruns, se dressait à l’écart.

 

Julien s’approcha en restant dans l’angle mort des rares projecteurs de sécurité. Il vérifia son équipement.
Il n’était pas là pour négocier, mais pour obtenir des réponses.
Il entra par une lucarne haute, glissant le long d’un câble d’acier avant de se laisser tomber en silence dans la pénombre du hangar.
Camille était là. Seule, au centre d’une immense travée vide. Elle ne portait plus son uniforme, mais une veste sombre, fonctionnelle, qui soulignait sa posture de combat.

 

Elle ne s’était pas retournée à son arrivée. Elle savait qu’il était là.
– « Tu es en retard, L’Ombre. » Entonne-t-elle sans hausser le ton.
Julien surgit des ombres… Il garda une distance de sécurité, son regard scrutant chaque recoin.
– « Tu as piégé mon interface. Tu as failli faire de moi une cible pour les unités d’élite. Pourquoi je ne devrais pas faire en sorte que ton nom soit le prochain à être effacé des registres ? »
Camille se tourna alors. Ses yeux, d’ordinaire si froids, trahissaient une fatigue immense.
Elle sortit le Codex de son sac et le posa sur une caisse en bois, sous la lumière blafarde d’une ampoule suspendue.
– « Parce que tu es le seul ici qui ne sait pas encore lire entre les lignes », répondit-elle. « J’ai piégé ton interface pour te sauver, pas pour t’arrêter. Si tu avais réussi ton intrusion chez Aethelgard comme tu l’avais prévu, tu aurais déclenché une alarme silencieuse qui t’aurait mené droit dans un guet-apens. Pas celui de la police, celui des Veilleurs. »

 

Julien marqua un temps d’arrêt. Le nom de cette organisation occulte, murmuré dans les milieux interlopes, lui fit l’effet d’un électrochoc.
– « Le Codex n’est pas un manuel de preuves, » continua-t-elle en ouvrant le livre sur une page couverte de noms barrés à l’encre rouge. « C’est une liste d’élimination. Valmont n’était que le paravent.
Le système qui gère cette ville a besoin de disparitions pour maintenir son équilibre financier.
Et ce soir, en fouillant les serveurs, j’ai trouvé mon propre matricule sous la rubrique ²** Camille – Matricule 20646 – Personnel à reclasser***.»

 

Elle fit un pas vers lui, les mains ouvertes, un geste de reddition autant qu’une invitation.
– « Ils savent que j’ai pris le Codex. Ils savent que tu es l’élément perturbateur. On ne peut plus jouer au chat et à la souris, Julien. Soit on tombe ensemble, soit on utilise ce que nous avons pour démanteler le réseau avant qu’ils ne nous retrouvent. »
Julien observa le Codex, puis Camille.
L’arrogance du cambrioleur s’était évaporée, remplacée par une lucidité glaciale. Il comprit que, dans cette pièce, les rôles de prédateur et de proie n’avaient plus aucun sens : ils étaient deux condamnés à mort qui venaient de trouver une raison de se battre ensemble.
– « Si on fait ça, » dit-il en désactivant son masque, il n’y aura plus de retour en arrière possible. Tu perdras ton badge, et je perdrai mon anonymat. »
– « Je suis déjà une morte en sursis, Julien, » répliqua-t-elle avec un sourire amer. « Autant que ce soit en faisant trembler les fondations de cette ville. »

Les choses se gâtent

Julien allait répondre, mais le silence du hangar fut brisé par un son sec et rythmé : le claquement métallique d’un verrou extérieur qui se referme. Puis, le sifflement aigu de drones de reconnaissance se fit entendre, déchirant le calme des lieux. Des faisceaux de lumière froide commencèrent à balayer les parois du bâtiment par les lucarnes.

 

– « Ils sont là, » souffla Camille, son instinct d’enquêtrice reprenant le dessus… « Comment ont-ils pu nous tracer aussi vite ? »
Julien inspecta son propre matériel : une lueur rouge clignotait sur son Rossignol numérique. Une balise…

 

– « Ils ne te traçaient pas toi, » dit-il, le visage livide. « Ils suivaient le signal de mon appareil. J’ai été trop confiant. »
Des bruits de pas lourds résonnèrent contre le métal des portes principales. Des voix froides, dénuées d’émotion, ordonnèrent le bouclage du périmètre. Le temps des négociations était révolu.
– « Par ici ! » Lança Julien en saisissant le poignet de Camille.
Il la guida vers une trappe dissimulée sous des bâches en plastique, un accès aux anciens réseaux de drainage du port. Ils s’y engouffrèrent juste au moment où la porte principale volait en éclats sous l’impact d’une charge explosive.

 

La poursuite commença dans l’obscurité totale des galeries souterraines, où l’eau croupie montait jusqu’aux chevilles. Leurs lampes de poche créaient des reflets fantomatiques sur les murs suintants. Derrière eux, les échos des bottes de leurs assaillants résonnaient comme le compte à rebours d’une exécution.
– « Ils ne sont pas des policiers ! » Cria Camille au-dessus du bruit de l’eau. « Ce sont des unités tactiques privées. Des mercenaires à la solde des Veilleurs. »

 

Julien ne répondit pas. Il courait, analysant mentalement les plans du sous-sol qu’il avait consultés des années auparavant. Chaque virage était une impasse potentielle, chaque tuyau une menace d’étouffement.
Un sifflement déchira l’air, une balle ricocha contre la paroi de béton, juste au-dessus de la tête de Camille. Ils se jetèrent derrière un pilier de soutènement. Dans la pénombre, le souffle court, les regards se croisèrent. La méfiance avait laissé place à une urgence brutale.
– « S’ils nous coincent ici, nous sommes finis… » Haleta Camille en dégainant son arme de service.
– « Alors ne restons pas coincés, » répondit Julien en sortant une petite capsule explosive de sa ceinture. « Si je fais sauter la vanne principale, l’inondation forcera le niveau inférieur. On aura une chance de sortir par l’égout collecteur, mais on devra nager dans le noir total. »
Camille observa Julien, puis le tunnel  et derrière les privés armés se rapprochaient, impitoyables qui se rapprochaient. Elle branla du chef, un éclat de défi brillant dans ses yeux.
– « Fais-le. »
Julien fixa la charge.

 

Le jeu du chat et de la souris venait de se transformer en une lutte désespérée pour la survie. Alors que la première silhouette armée émergeait de l’obscurité, il pressa le détonateur.
Le fracas de l’explosion, amplifié par la résonance des galeries, fut le signal d’un nouveau départ.
Dans le chaos de l’eau et de la poussière, ils plongèrent ensemble dans l’inconnu, laissant derrière eux une ville qui ne leur laissait plus aucun refuge.

À suivre lundi prochain….

Rappel des chapitres précédents :
CHAPITRE III  – 
CHAPITRE II  –  CHAPITRE I 

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

Une réflexion sur « Le polar du Lundi – Chapitre IV »

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