Le troisième œil – 2/8 … !!!

J’avais peut-être ré-abordé le sujet trop tôt. Peg semblait partagée entre la colère et l’envie qu’elle avait d’être enfin libérée de ce fardeau.

Pendant deux interminables secondes, j’ai cru qu’elle allait me réduire en bouillie entre ses deux énormes paluches. Puis, elle se mit à parler, lentement, calmement, comme si elle revivait les faits au fur et à mesure de son récit.
– « C’était un mardi soir, la nuit du dix-huit au dix-neuf novembre, il y a deux ans … »

Je me calais confortablement au fond de mon siège, fixant le tableau de bord du truck, prêt à boire toutes ses paroles.

J’allais, enfin, peut-être, connaître la raison de ce rêve que je faisais systématiquement, chaque fois que je fermais les yeux, depuis plusieurs nuits déjà…
La femme qui apparaissait dans mon rêve, était là, devant moi !
Ahurissante situation ! Je me pinçais discrètement le bras pour être certain que je n’étais pas une fois de plus embarqué dans ce rêve insensé !

Je n’avais encore jamais imaginé que les rêves pouvaient se réaliser… Rêve prémonitoire ? Étais-je l’élu d’une mission divine particulière ?

Tout cela me dépassait ! Aurais-je hérité du don de ma grand-mère ? Elle faisait des rêves prémonitoires qui
se réalisaient toujours, mais ces rêves concernaient uniquement son entourage ! Pour moi, cette femme-là, je ne l’avais jamais vu de ma vie ! Je ne voyais pas en quoi son histoire pouvait me concerner … d’autant plus que ce qu’elle allait me raconter, c’était passé deux ans auparavant !
Je n’étais pas du F.B.I.
et n’avait nullement envie de me retrouver témoin d’une histoire sordide qui mobilisait, à priori, tous les agents secrets des States !

J’allais bientôt en savoir plus que le F.B.I. !
Et en admettant que cette femme me raconte une sale histoire de crime ou de je ne sais quoi, devrais-je garder ça sur la conscience, sans moufter ?

Je me voyais déjà embarqué comme indic du F.B.I., bloqué aux U.S.A. jusqu’à ce que l’enquête se termine ! Adieu jolies vacances, adieu la découverte de l’Amérique, adieu la mythique Route 66
que je ne découvrirais jamais ! Finalement, je commençais à regretter d’avoir incité cette femme à des confidences que je craignais bientôt regretter. Mais Peg était lancée ! Je n’avais plus qu’à ouvrir grandes mes oreilles !

– « Il était environ 23h, l’heure à laquelle j’arrivais tous les soirs pour la relève de mon collègue. Il travaillait de jour, j’assurais les nuits. Il devait toujours y avoir quelqu’un à l’accueil, pour recevoir les éventuels clients qui avaient réservé une chambre et pour tous les autres qui, voyant l’enseigne lumineuse, étaient tentés de s’arrêter pour la nuit.

Tout de suite en entrant, j’ai vu que quelque chose clochait ! Mon collègue n’était pas à son poste comme d’habitude, pour me passer le relai et les dernières recommandations. J’ai trouvé ça bizarre, mais je ne me suis pas plus inquiétée que ça. Il devait être pressé ce soir-là, il avait dû me laisser un mot. Mais non, pas plus de mot que de collègue ! Tout avait l’air calme dans le motel.
Je me suis servie un café
et m’apprêtais à ouvrir un bouquin pour me tenir éveillée, quand j’ai entendu des murmures venant du dehors. Je me suis donc avancée vers l’entrée et là, j’ai aperçu une silhouette qui filait sur le parking.

Au premier étage du motel, un bébé s’est mis à pleurer ! »

Plus elle avançait dans son récit, plus cette forte femme avait la voix qui s’adoucissait. Bien calée sur son siège, elle transpirait. Ce n’était pas lié à la chaleur, il faisait à peine 20° dans la cabine du camion. Ce n’était pas non plus provoqué par un éventuel effort physique, elle ne bougeait que les lèvres.
En plongeant mon regard dans le fond de ses yeux, je ressentis un frisson me parcourant tout le corps, en me filant la chair de poule !

Soudain, je me rendis compte, qu’aujourd’hui encore, soit deux ans plus tard, elle transpirait de terreur en me racontant son histoire. Et cette peur, je la ressentais dans ses paroles. Elle continua à vider les parties sombres de sa mémoire.

– « L’enfant pleurait fort, mais sur le coup, je n’y ai pas vraiment prêté attention. J’étais plutôt en pétard en pensant que mon collègue s’était tiré sans m’attendre. Je suis rentrée dans la réception et pour me calmer j’ai commencé à feuilleter l’un des trois magazines que j’avais amené pour m’aider à passer la nuit.»
– « L’enfant pleurait-il toujours ? » Osai-je lui demander.

– « Sans discontinuer, cela dura un bon quart d’heure. Ses hurlements commençaient sérieusement à me taper sur le système. »

J’imaginais cette femme imposante, poussée à l’énervement extrême. Cela devait déménager ! Je chassai immédiatement cette image de mon esprit, histoire de ne rien perdre de son aventure.

– « N’y tenant plus, je me suis décidée à monter à l’étage pour demander aux parents de calmer leur moutard. Je me dirigeais à l’oreille, et compte tenu des cris du gamin, ce n’était pas très difficile. Les hurlements venaient du numéro 13.
C’était la dernière porte au bout du balcon. Arrivé à quinze pas de la porte, je me suis aperçue que celle-ci était entrouverte, un filet de lumière s’en échappait pour venir déchirer l’obscurité du parking en contrebas. »

– « Excusez-moi de vous interrompre mais… il n’y avait personne sur le parking ? »

– « Non, j’étais seule. Pourtant, pense bien que quelques minutes plus tard, j’aurais préféré qu’il y ait quelqu’un à mes côtés. J’ai frappé à la porte sans regarder à l’intérieur tout en appelant les occupants. Les pleurs de l’enfant restaient la seule réponse. Je frappai de nouveau, un peu plus fort cette fois…. Idem ! Je poussais donc la porte, et aussi, un hurlement de frayeur en découvrant le spectacle dans la chambre. Une jeune femme d’une vingtaine d’années baignait dans son sang, le corps lacéré d’une multitude de coups de couteaux. Elle était entièrement nue et gisait au pied du lit.

Je portais des chaussures lacées, blanches, et il y avait tellement de sang que celui-ci me collait aux semelles. L’une de mes chaussures fut même tâchée sur le dessus ! »

Des larmes coulaient lentement le long de ses joues. Elle n’interrompit pas pour autant son flot de paroles.

– « Marchant dans la mare visqueuse et rougeâtre je m’approchais lentement du lit. L’enfant qui pleurait toujours était allongé sur le ventre. Il était nu aussi, et ce qui me frappa, c’est qu’il était violet de la tête au pied, entièrement violet. Ce n’était pourtant pas un nouveau-né, il devait bien avoir dans les trois/quatre mois. Une image m’est revenue alors ! Quand j’étais enfant, j’avais une copine qui était l’attraction de la classe ! Elle avait une énorme tâche de vin qui lui couvrait une partie du visage. »

 « Et bien c’était pareil, la même couleur de la figure de Melly, sauf que là, il n’y avait aucune parcelle de la peau de l’enfant qui avait été épargnée. Je pris l’enfant dans mes bras et me suis mise à le bercer machinalement tout en sortant de la chambre. Ce n’est qu’une fois sur le pas de la porte que j’ai remarqué son front. »
– « Son front ? »

– « Il y avait une marque, une marque qui avait cicatrisé, une marque ancienne, une marque de brûlure, comme si quelqu’un l’avait faite au fer rouge. Cette marque représentait un ovale horizontal dans un rond. C’était comme si … comme si on avait voulu lui dessiner un troisième œil. »

– « Et qu’avez-vous fait ? »
– « Je suis descendue avec l’enfant à la réception. Dans mes bras, il s’était calmé et endormi. Je l’ai allongé sur mon divan et j’ai appelé le sheriff Adam Custer.
C’est un ami d’enfance, il est venu sans insister au téléphone. Je suis restée près de l’enfant. Moins de dix minutes plus tard, sa voiture auréolée de lumières bleues et rouges s’arrêta sur le parking.
Il était accompagné de son adjoint. Je suis sortie sur le parking à leur rencontre. Nous sommes montés directement à la chambre NR 13. C’est là que tout a vacillé. Non seulement le corps avait disparu, mais en plus, la chambre était propre ! Et quand je dis propre, c’était même plus propre que propre ! Le lit avait été refait, il n’y avait plus aucune trace de sang.

Le sheriff, bien qu’étant un ami, me regarda d’un drôle air. J’avais beau lui expliquer que je n’avais pas rêvé, que ce n’était pas une blague, je voyais bien qu’il avait du mal à me croire. »
– « Heureusement qu’il vous restait l’enfant. »

– « C’est ce que je me suis dit. Nous sommes redescendus à l’accueil. Mais l’enfant aussi avait disparu. Je croyais devenir folle. Adam arriva presque à me persuader que je n’avais fait qu’un mauvais rêve. Mais en repartant vers son véhicule, il trébucha sur un objet invisible dans l’obscurité. Il le ramassa. C’était un couteau bien rangé dans son étui en cuir.

Il sortit la lame de son fourreau, elle était encore maculée de sang… »

Là, j’ai commencé à gamberger sec.
Elle était tellement dans son histoire, bien lancée que je ne devais pas l’arrêter. Il fallait que je dise quelque chose, que je l’aide à vider son sac, à épancher ce trop-plein de sang et d’émotions.

– « Le couteau, avec lequel, quelqu’un avait lacéré la fille ? »

– « C’est ce que j’ai pensé tout de suite. L’arme du crime. Sauf que comme j’étais la seule sur les lieux. Il n’y avait plus, ni victime, ni enfant, que je n’y comprenais rien ! Adam ne comprenait pas plus. Nous étions bien avancés.

Adam m’a demandé de rentrer à l’accueil, il m’a fait m’asseoir et raconter tout de nouveau, depuis le début. Il a pris des notes, sur une feuille qu’il a piquée dans le bloc du motel, avec le crayon qu’il a dû mâchonner nerveusement un bon nombre de fois.
A la fin, il m’a demandé de lui donner mes chaussures, pour analyser le sang sous les semelles et la tâche souillant ma chaussure droite.
Il m’a dit que ça allait s’arranger, forcément, puisque j’étais quelqu’un de bien. Il a embarqué le couteau, mes chaussures, pour des analyses. Voilà ! Après il m’a ramené chez moi et j’ai attendu 3 jours, sans réussir à dormir, sans réussir à manger, avant d’avoir des nouvelles. J’étais comme un zombi… »

À SUIVRE

Auteur : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

31 réflexions sur « Le troisième œil – 2/8 … !!! »

  1. Une histoire sacrément passionnante et terrifique!!!
    J’imagine de surcroît les « paluches de Peg »!!!
    Ce troisième oeil nous ouvre des voies bien mystérieuses et on en redemande, assurément!
    Hâte de lire la suite ma Zaza
    Toujours des galères de réseau et ma messagerie dans les choux avec des tempêtes à répétition et Orange qui bosse…
    Pas évident… mais j’ai réussi à publier un billet, je ne te dis pas comment, images qui apparaissaient, disparaissaient… police de caractères qui changeait… Bref, une histoire spectrale aussi, lol…
    Encore bravo pour ton récit et de gros bisous en attendant les prochaines aventures…
    Cendrine

  2. Bonjour Zaza.
    Une petite visite en ce Mardi matin pour te souhaiter une bonne journée.
    J’espère que tout va bien et qu’il fait beau chez toi.
    Bisous de nous deux.

  3. Bon je me dis « Tu n’es plus dans l’histoire de » l’Entre-deux » tu es sur la route 66 … et là je tremble est-ce la « Nuit des morts-vivants »
    Zaza dis-nous !
    Bisous

  4. Ouh la la, il y a de quoi être déstabilisée et ne pas fermer l’œil en effet .
    Tu sais nous tenir éveillés et impatients de connaitre la suite
    Bonne journée
    Bisous

  5. c’est étrange cette histoire mais j’aime ces histoires,mais bon c’est un peu terrifiant , triste journée il pleut et le temps est gris,moi qui voulait faire des photos,je te souhaite un très bon Mardi,bises

  6. Bonjour Zaza, étrange histoire, comme c’est étrange, j’aime beaucoup , c’est très bien écrit. Bisous MTH

  7. Oui, aujourd’hui j’ai pris mon temps à feuilleter les pages de ton blog… (je te l’ai je pense déjà dit : un blog agréable à voir et où j’ai pu lire un bon texte…comme ce jour. Inutile de te dire que j’attends la suite.) … Passe une bonne journée … Cordiales amitiés & à +

  8. Je viens de lire sur le blog de Jill Bill que tu avais les lettres de ton grand-père écrite en 1915 quand il était au front. Je te signale pour archiver et faire connaître ces lettres (et « documents »!) que l’Association pour l’Autobiographie et le Patrimoine autobiographie:
    autobiographie.sitapa.org
    Les activités de l’APA donnent lieu à diverses publications : La Faute à Rousseau, revue de l’autobiographie et revue de l’association ; les Garde-mémoire …
    J’en fait partie de 1992 et si ma fille « Ariane Grimm » (décédée en 1985 et qui a beaucoup écrit) vit et que l’on parle encore d’elle, c’est grâce à cette association.
    Je n’ai pas lu ton article, pardonne-moi . Je reviendrai. Gisèle (sa mère) de « autobiographie ».

  9. Zaza tu tiens absolument a nous empêcher de dormir? non d’une pipe du sang qui disparait un enfant marqué et bien abimé et le tout qui disparaît….c’est glauque tous ça….Et le pire on peux même pas s’arrêter de lire histoire de sortir du cauchemar avant que tu aie décider..pffff
    si je dors pas je te botte le derrière »

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