Le polar du Lundi – Chapitre V

Un petit polar sans prétentions de mon cru pour remplacer le mot mystère de Lilou et les défis des crôqueurs de môts qui sont partis en vacances…

La nuit sur la métropole est un maillage de néons bleutés et de capteurs thermiques…

La fuite

Ils avaient brûlé leurs dernières cartouches, au propre comme au figuré.
Dans les tunnels inondés où ils venaient d’échouer, l’écho de l’explosion s’éteignit lentement, remplacé par la certitude glaciale qu’ils étaient désormais seuls au monde.

 

Plus de plan de repli. Plus d’alliés sur qui compter. Juste l’obscurité, le froid, et ce tic-tac invisible qui continuait d’égrainer leur temps de sursis.
Julien essuya rageusement son visage trempé de sueur et d’eau trouble, refusant de céder à la panique qui menaçait de le submerger. Dans l’ombre, à côté de lui, la respiration saccadée de Camille lui rappela qu’ils étaient encore vivants. Pour l’instant… 
Le clapotis de l’eau contre les parois suintantes amplifiait chaque respiration. Les anciens réseaux de drainage du port offraient un labyrinthe de béton pourri et de briques séculaires, un dédale oublié des cartes officielles où l’odeur du fioul se mêlait à celle de la vase.
– « Il faut qu’on bouge, » murmura Camille d’une voix rauque en s’adossant à un pilier vermoulu. « Ils ne vont pas lâcher. Pas après ce qu’on a détruit là-haut. »
Julien acquiesça dans l’obscurité. Sa main serra le boîtier étanche accroché à sa ceinture.
À l’intérieur, la petite balise GPS et la clef USB contenant l’intégralité des transactions financières du réseau mafieux étaient intactes. C’était leur seule arme avec le codex récupéré par Camille pour démasquer cette organisation et voir ces criminels croupir derrière les barreaux. Mais encore fallait-il en réchapper pour transmettre ces preuves.
Le faisceau lumineux balaya la surface de l’eau un peu plus loin, en traçant ainsi des arabesques menaçantes sur le béton poisseux.

 

Julien agrippa le bras de Camille et l’entraîna sans bruit dans l’ombre d’une alcôve latérale, là où un étroit conduit d’évacuation secondaire s’enfonçait dans les entrailles de la jetée. Ils s’y glissèrent à plat ventre, rampant dans la fange et l’eau glacée, retenant le moindre soupir pour ne pas trahir leur position.
Derrière eux, les bruits de pas lourds et l’écho des bottes dans l’eau résonnèrent, étouffés mais implacables.
 Les Veilleurs étaient entrés dans le réseau par l’accès principal du port. S’ils fouillaient méthodiquement chaque galerie, ce n’était plus qu’une question de minutes avant qu’ils ne découvrent leur trace.
Mais à mesure que l’angoisse étreignait sa poitrine, une clarté glaciale s’imposa à l’esprit de Julien. Ils n’avaient plus le droit à l’erreur, et surtout, ils ne pouvaient plus faire confiance à personne.
– « Écoute-moi, » chuchota Julien, le visage collé contre l’épaule de Camille alors qu’ils faisaient une halte brève dans l’étroitesse du conduit. « D’après ce que tu m’as révélé et si on s’en sort, on ne prévient personne au 36. »
Dans la pénombre, Camille acquiesça, confirmant cet état de fait, dans l’incompréhension lisible sur ses traits à travers l’obscurité.
– « Je sais, Julien. Le 36, c’est notre seule juridiction, c’est la Crim ! Comment tu veux… »
– Ton patron est à la tête de cette organisation, » coupa Julien d’une voix ferme, sans appel. « C’est lui qui couvrait le réseau depuis le début. Si on envoie quoi que ce soit là-bas, on signe notre arrêt de mort et on détruit la seule preuve qui leur restera.
Le silence qui suivit fut lourd de menaces, traversé seulement par le bourdonnement lointain de la ville au-dessus d’eux et le ressac de la Seine contre les fondations du port.

 

Camille le savait, la structure s’effondrait : ceux censés les protéger étaient les prédateurs. Mais la panique laissa rapidement place à une rage froide.
À l’intérieur de sa poche étanche, Julien sentit le contact de la clef USB. C’était leur épée de Damoclès, mais aussi leur bouclier avec le codex que détenait Camille.
– « Alors on contourne la hiérarchie, » murmura Camille, la mâchoire serrée. « On monte plus haut. On contacte l’IGPN directement, ou l’anti sécurité financière nationale… quelqu’un qui a les mains propres. »
– « Exactement, » approuva Julien en reprenant sa reptation dans le conduit. « Mais d’abord, il faut qu’on sorte de ce -labyrinthe. »
Le boyau de béton finit par s’élargir, se redressant peu à peu pour déboucher sur une vieille grille à demi descellée, ouvrant directement sur les estacades isolées de l’avant-port, loin des projecteurs et des rondes des Veilleurs.
En poussant la grille de toutes leurs forces, Julien et Camille rampèrent hors de l’étouffante puanteur des égouts pour s’effondrer sur le ciment rugueux des quais, balayés par des embruns glacés.

 

Au-dessus d’eux, les grues monumentales du port se découpaient comme des squelettes d’acier sur un ciel d’encre.
Ils venaient d’échapper de justesse à la battue !!!
Dans la poche de Julien, la clef USB et la balise GPS, miraculeusement préservées, brûlaient contre sa cuisse comme une promesse de justice.
Tandis que les sirènes lointaines de la ville déchiraient la nuit, Julien aida Camille à se relever.
L’épreuve qu’ils venaient de traverser avait forgé entre eux un lien indéfectible ; désormais unis comme les doigts de la main, le doute n’avait plus sa place.
À l’abri des grues, dans le silence de l’aube naissante, leurs regards se croisèrent et un plan commença à prendre forme.

 

Pas un plan de survie, mais une stratégie minutieuse pour court-circuiter la police des polices, court-circuiter le 36, t livrer les preuves directement à une section fédérale incorruptible.
La partie ne faisait que commencer, et cette fois, le piège allait se refermer sur les prédateurs.

Le Grand Nettoyage

 

Pour le monde extérieur, Camille était une détective portée disparue, une employée modèle dont le bureau avait été vidé en silence par les services internes.
Julien, quant à lui, n’était plus qu’une légende urbaine, une ombre qui ne hantait plus les toits, mais les serveurs sécurisés des grandes institutions.
Dans une planque anonyme, située à la lisière de la zone industrielle, l’atmosphère était studieuse.
Ce n’était plus la tension fébrile de l’entrepôt, mais la concentration froide de deux architectes bâtissant un plan de démolition.

 

Le Codex, désormais entièrement numérisé et annoté, servait de feuille de route. Chaque nom, chaque transaction, chaque « accident » de parcours y était répertorié.
– « Le directeur de la police judiciaire signe personnellement les ordres de mission des unités privées, » murmura Camille, le regard fixé sur un hologramme de réseaux financiers. « Ce n’est pas un complot, Julien, c’est une structure administrative. Ils ont légalisé la corruption. »
Julien tenait fermement dans sa main le boîtier étanche.
À ses côtés, Camille avançait d’un pas décidé, l’œil alerte, le corps encore meurtri de sa fuite dans les souterrains, mais habité par une détermination sans faille.
Ils venaient de passer les dernières heures à structurer leurs dossiers, codex et carte mémoire de Julien, sécurisant ainsi toutes les données de ce dossier à charge, tout en conservant l’exemplaire original destiné aux enquêteurs fédéraux.
C’est ensuite qu’ils décidèrent de se rendre aux services de l’anti sécurité financière nationale.

 

– « Vos identités ? Demanda le planton derrière son comptoir blindé, jetant un regard suspicieux sur leur allure dépenaillée.
– « Dites au commissaire divisionnaire Vance que ce sont les agents du 36 qu’il attendait sur le dossier des Veilleurs, » répondit Julien d’une voix calme, sans trembler. « Et dites-lui de regarder le contenu de ce dossier numérisé avant de nous faire entrer. »
Dix minutes plus tard, ils étaient assis dans le bureau feutré de Vance.

 

L’homme, réputé pour son intégrité inflexible et son immunité totale face aux pressions politiques, parcourait les pièces à conviction d’un œil de lynx. Sur son écran d’ordinateur défilaient les extraits de transactions financières, les enregistrements compromettants et la cartographie complète du réseau tentaculaire qui rongeait les institutions de l’intérieur.
Le silence qui s’installa dans la pièce fut lourd, presque palpable. Vance releva lentement la tête, fixant Julien et Camille tour à tour.
– «  Vous mettez le feu à toute la maison, » murmura-t-il, un sourire grave aux coins des lèvres. « Le patron du 36 est cité à plusieurs reprises dans ces notes bancaires. C’est un séisme que vous provoquez là. »
– «  Ce n’est qu’un nettoyage de printemps, » rétorqua Camille. « Nous en sommes conscients. Quant aux arrestations de tous les membres de cette organisation mafieuse,  vous pourrez les lancer, dès que nous vous aurons fait parvenir les originaux constituant le dossier que vous avez en main.  
Il nous reste une dernière mission à accomplir… »

À suivre lundi prochain….

Rappel des chapitres précédents : 
CHAPITRE IV –
  CHAPITRE III  –  CHAPITRE II  –  CHAPITRE I 

Auteur/autrice : ZAZA-RAMBETTE

Une bête à corne née un 13 AVRIL 1952 Maman et Mère-Grand...! Vous trouverez ici : humour de bon matin, sagas historiques sur ma Bretagne, des contes et légendes, des nouvelles et poèmes, de très belles photographies de paysages et d’animaux, de la musique (une petite préférence pour la musique celte), des articles culturels, et de temps en temps quelques coups de gueules...! Tous droits réservés ©

18 réflexions sur « Le polar du Lundi – Chapitre V »

  1. Bonjour Zaza !
    Au gnouf les ripoux !
    Épicétout !
    Bon lundi et sors armée, on ne sais jamais ! 👍👍👍
    Pierre

  2. Bonjour Zaza, j’ai retenu mon souffle jusqu’à ce qu’ils sortent des entrailles de la ville, j’espère qu’ils vont être en sécurité ainsi que les documents mais… tu n’a pas mis le mot fin , à suivre as-tu écrit, je pense que d’autres aventures les attendent. C’est super , je me régale, tellement bien écrit que je m’en fais un film . Merci Zaza bisous MTH

  3. Oui un vrai film comme l’écrit si bien Marie…
    Bon, Julien et Camille sont sortis de la ville … Quelle nuit !!
    Quel périple ! Et puis il y a ces documents à mettre en sécurité…
    A suivre, donc ! Pour d’autres aventures…
    Captivant ton polar…
    Bisous du lundi ma Zaza

  4. Quelle montée en puissance dans ce chapitre !
    Entre l’évasion par la grille des quais et ce « séisme » déclenché chez le commissaire Vance, tu nous offres du grand art.

    Tu gères le suspense à la perfection chère Zaza, vivement le prochain rendez-vous de Lundi !
    Pensées amicales, Marie Sylvie

  5. Je viens de tout relire car je n’aimerais pas louper un indice qui ferait que je passerais à côté d’un moment important.
    J’espère que Vance est vraiment intègre. Avec ce que tu nous sors, on ne sait jamais.
    Il va falloir que lui aussi soit prêt à faire du grand ménage. Jusqu’où ? …
    Bises Zaza

  6. Bonjour Zaza,
    Il y a de l’action et du suspense. Ils sont alliés à présent mais la hiérarchie de Camille, corrompue, leur est hostile. Comment vont-ils se sortir de là? Et les Veilleurs ne doivent pas désarmer. Tu vas nous mitonner une suite aux petits oignons, j’en suis convaincue!
    A lundi prochain.
    Bises,
    Mo
    PS: Je sens que moi aussi je vais relire les chapitres précédents.

  7. Ils ont réussi à sortir indemnes de ce labyrinthe sous terrain, j’espère pour eux que le seisme espéré aura bien lieu.
    Bon lundi Zaza
    Bises

  8. Zaza tu as un pseudonyme quand tu écrit des thriller ?
    tu es trop forte et ton imagination me laisse baba d’admiration !
    je ne commente pas toujours en vacances (il me faut être à la maison pour ça) et ça va durer car je repars cette semaine
    gros bisous

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